Est-ce que la Ferme J.S. Lamonde a eu la chance des débutants?

Rien n’est laissé au hasard à la Ferme J.S. Lamonde, exploitée par des gens qui n’avaient jamais trait de vaches de leur vie et qui ont tout appris… sans mauvais pli!

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Reportage de ferme
Gestion
Sébastien Lamonde et Johanne Potvin travaillent avec le sourire, épaulés par leurs vaillantes filles Anne-Marie, Maélie, Annaëlle et Raphaëlle.
Sébastien Lamonde et Johanne Potvin travaillent avec le sourire, épaulés par leurs vaillantes filles Anne-Marie, Maélie, Annaëlle et Raphaëlle.

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Étienne Gosselin

Agronome et rédacteur

Étienne est détenteur d’une maîtrise en économie rurale et œuvre comme pigiste en communications. Il cultive commercialement le raisin de table à Stanbridge East dans les Cantons-de-l’Est.

Seulement deux traites quotidiennes. Des vaches en préparation au vêlage et au tarissement attachées. Des terres limitées qui ont occasionné, pendant six semaines, une pénurie de foin pour les vaches. Malgré ces limitations et ces aléas, Johanne Potvin, Sébastien Lamonde et leurs filles ont produit en 2025 un étonnant total quotidien de 3,13 kg de gras-protéine par vache. Mieux encore, leur progression est constante depuis cinq ans.

« Y’a pas de mauvais plis ici, s’exclame le technologue et directeur des ventes chez Avantis Coopérative, Stéphane Dionne, qui conseille la Ferme J.S. Lamonde. Quand il faut enlever les refus à la mangeoire parce qu’ils manquent d’appétence, ils le font. S’il faut 3,2 kilos de supplément, ce ne sera pas 2,8. »

En 2020, quand ils ont quitté leurs terres à bois et leur élevage bovin du Témiscouata pour une nouvelle vie dans le Kamouraska, le couple a décidé de conserver les mêmes conseillers que l’ancien propriétaire de la ferme laitière pour assurer une continuité. Un transfert non apparenté était envisagé en 2019 dans leur vallée natale, mais le projet a échoué après un an. À Sainte-Hélène-de-Kamouraska, le Jell-O a pris grâce à l’organisme entremetteur L’Arterre.

« C’est un démarrage ou un transfert non apparenté, donc ils ont une certaine obligation de performance, juge Stéphane Dionne. Ici, il n’y a pas de ‟vieux gagné” et l’endettement par kilo de gras est élevé. On ne vise pas à économiser, mais à dépenser pour rentabiliser l’investissement. Quand on regarde à long terme, le coût des intrants et les frais d’exploitation ont augmenté plus vite que le prix du lait. C’est là qu’une ferme qui améliore constamment sa productivité par vache s’en sort mieux qu’une ferme dont les performances stagnent. »

Les trois premières années du transfert ont été jalonnées de questionnements, de remises en question. Johanne venait d’une ferme laitière à Pohénégamook, mais n’avait jamais vraiment pris part aux activités agricoles, encore moins aux décisions. Prendre soin de 60 bovins Simmental a développé le sens de l’élevage de Johanne et de Sébastien. N’eût été les mots d’encouragement écrits sur les murs et les portes de la laiterie, gracieuseté d’Annaëlle, de Maélie, d’Anne-Marie et de Raphaëlle, les filles de Johanne et Sébastien, qui sait si le rédacteur de ce texte aurait eu à se lever en pleine nuit pour visiter leur ferme!

Traite plus que matinale

Trois heures du matin! Oui, la première des deux traites commence quand les bars de Rivière-du-Loup ferment leurs portes! C’est que Johanne et Sébastien, ex-forestiers, ont conservé l’habitude du travail quand la chaleur est moins intense. La famille connaît donc l’expression bûcher, aux sens propre et figuré! Ils ont inculqué la valeur du travail à leurs filles, travaillantes au possible.

Raphaëlle vient de terminer son programme collégial en agriculture – profil laitier. Elle fait la traite pour libérer un matin sur deux un de ses parents, qui peut alors dormir jusqu’à six heures, le luxe! Anne-Marie, encore aux études en agriculture, travaillait l’été dernier chez Avantis Coopérative en appui aux experts-conseils – on dit « auxiliaire technique ». Maélie et Annaëlle accomplissent différentes besognes – toujours dans la douceur. Aller chercher les vaches ou les reconduire, faire la traite ou chauler les logettes, c’est une infime partie de leur apport.

La famille tire fierté de se trouver au sommet des classements pour ses performances laitières, mais elle trouve aussi méritoire de figurer au top 30 des fermes québécoises pour la qualité du lait. On comprend pourquoi : les stalles sont nettoyées, chaulées et garnies de copeaux tous les matins. Le compte de cellules somatiques est faible (60 000 par millilitre).

On ne trouvera pas de mégadonnées compliquées chez Lamonde. Ici, on se limite à des éléments clés comme le profit par animal ou la marge alimentaire par vache (9700 $/année), soit la marge après déductions et alimentation, sur une base de 365 jours.

Les colliers d’activité sont utiles. On surveille la santé et les chaleurs avec leur concours, mais les membres de la famille savent reconnaître les signes de leurs vaches, soit le pis à la hauteur des yeux lors de la traite. La ferme applique la méthode ROUGE dans ses activités : Routine et rigueur, Observation, Urgence, Gestion (financière, matérielle, humaine) et Évaluation.

À la mangeoire

Limitée à 101 hectares cultivés, la ferme doit produire des fourrages de qualité, en grande quantité – grand défi! Maïs fourrager, fléole, brome, luzerne, une ration riche en plantes fourragères est servie à la mangeoire à 4 h, à 8 h et à 14 h. Une fois par année, on nettoie les lignes d’eau avec un mélange air-eau pour dégager le manganèse accumulé.

Les poudres magiques? On utilise des produits qui ont fait leurs preuves. Par exemple, on dilue dans 45 litres (10 gallons) d’eau tiède un supplément de vitamines et de minéraux pour revigorer les vaches après le vêlage. « Ça hydrate, ça remplit le rumen et ça diminue les déplacements de la caillette », jure Sébastien. Autre exemple : dans le contexte de la valorisation économique de la protéine laitière, on utilise des acides aminés (lysine et méthionine), une dépense quotidienne de 0,55 $ par vache qui rapporte 0,2 % plus de protéine par rapport à l’année dernière.

Comme l’ancien proprio n’élevait plus assez de vaches pour renouveler le troupeau, on a acheté pour 100 000 $ de vaches aux États-Unis et au Québec. Depuis quatre ans, on sélectionne le génotype des animaux, et le schéma reproductif n’autorise que 20 % de taureaux Holstein pour l’insémination, une stratégie dynamique.

Les investissements récents ont été concentrés là où ça rapporte : système de traitement d’eau, luminaires, ventilateurs périphériques et centraux, matelas d’eau, silo neuf. Dotée de 73 logettes, l’étable à stabulation libre loge 62 vaches en lactation – avec une équipe qui serait capable d’en gérer le triple! De 80 kg de quota, la ferme en compte aujourd’hui 115. Ainsi, grâce aux améliorations qui visent la performance, place à la croissance, deux mots qui riment… en crime!

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