Nathan Dupuis : producteur laitier et influenceur

Portrait d'un producteur laitier qui est sorti du placard et qui démythifie son métier à la télé et sur les réseaux sociaux.

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Reportage de ferme
Diversité
Nathan Dupuis

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Patrick Dupuis

Directeur et rédacteur en chef au magazine Coopérateur

Agronome diplômé de l’Université McGill, Patrick travaille au Coopérateur depuis une trentaine d’années.

Nathan Dupuis est devenu une vedette des réseaux sociaux par pur hasard. Pour tuer le temps pendant la pandémie, et sachant que les gens passaient beaucoup plus d’heures sur leur cellulaire, il décide de montrer sur TikTok comment on trait une vache dans une ferme laitière d’aujourd’hui, au Québec.

La vidéo, qui sera vue de nombreuses fois, mettra le feu aux poudres, ce qui l’encouragera à continuer à publier des contenus. « J’en ai profité pour bâtir ma communauté », dit-il.

L’une de ses vaches, Fidji, devient même une véritable ambassadrice de la ferme.

Sa façon d’expliquer son quotidien de producteur agricole à L’Isle-Verte, dans le Bas-Saint-Laurent, démythifie des croyances bien ancrées. Il ne cherche pas à faire la morale, loin de là. Nathan aime ses vaches, il aime en prendre soin et il le montre bien. Bref, on aime l’amour qu’il leur porte!

« Quand on explique pourquoi on fait les choses, les gens comprennent et en redemandent », dit-il. À un point tel qu’il manque de temps pour répondre à toutes les questions qui affluent sur ses réseaux sociaux.

Nathan a depuis quelque peu délaissé TikTok pour jeter son dévolu sur Instagram. Au moment d’écrire ces lignes, près de 32 000 personnes le suivent sur son compte NathFarmer14.

Sa participation à la 14e saison de l’émission L’amour est dans le pré y est bien sûr pour quelque chose, mais pas seulement. Nathan est facile à aimer. Beau, confiant, sans prétention, déterminé, il attire le regard et suscite de l’intérêt pour ce qu’il fait.

Sortie du placard

En mai 2024, avant d’aller trop loin dans des projets de vie commune, Nathan met fin à sa relation de quatre ans avec une femme. « Je me questionnais depuis un moment sur mon orientation sexuelle, dit-il. Je me demandais alors si j’étais bi. »

Celui qui déteste faire de la peine aux autres n’aurait pas voulu s’aventurer trop loin dans une relation avec une femme, pour finalement s’en séparer avec enfants, maison et autres obligations.

Sa réflexion chemine. Il se met à fréquenter un garçon et décide d’en parler à ses parents, non sans une bonne dose d’hésitation et de remise en question. « Ça leur est quand même rentré dedans, confie Nathan. C’est normal, il fallait leur laisser le temps de digérer ça. » Une fois la surprise passée, ses parents l’ont accueilli avec une grande bienveillance, comme tous ses proches et amis de toujours.

Quand tu sais que t’es rendu là dans ta vie, et que tu sais où tu t’en vas, les gens ne te jugeront pas et n’auront pas d’opinions négatives. Tu es la même personne.

— Nathan Dupuis

Révéler son orientation sexuelle, différente de l’hétéronormativité traditionnelle, à sa famille, à ses proches et à ses amis, en fait hésiter plus d’un. « On craint le jugement, le rejet, la perte d’amitiés de longue date, résume Nathan, mais personne ne m’a renié et je n’ai reçu aucun commentaire négatif sur les réseaux sociaux. Au contraire, j’ai reçu beaucoup de beaux messages. »

L’amour est dans le pré

Au terme de sa relation, en février 2025, Nathan s’inscrit à L’amour est dans le pré, une expérience qu’il l’a enchanté et qu’il recommande. Trouver l’âme sœur était l’objectif du jeune producteur gai, alors âgé de 24 ans. Cette saison de la populaire émission a attiré de nombreux prétendants. En effet, de nombreux hommes s’y sont inscrits, d’aussi loin que de la France, pour le rencontrer. Et pour certains d’entre eux, ce fut aussi l’occasion de révéler leur propre orientation sexuelle à leur famille.

« Plusieurs m’ont écrit pour me remercier de leur avoir donné le courage de le dire à leurs proches », mentionne Nathan, qui ne se doutait aucunement qu’il allait créer un tel engouement.

Au terme de cette 14e saison, Nathan et Keveen, un des prétendants à l’émission, forment un couple. Keveen aura aussi profité de l’occasion pour révéler son orientation sexuelle à son entourage, ce qui lui vaudra une véritable déferlante d’amour.

Au printemps, Nathan publiera sur son compte Instagram que leur relation avait pris fin. « Nous avions tous les deux besoin de prendre du temps de notre côté », explique le jeune producteur, qui a souffert de cette rupture.

Confronter les médisances

C’est sûr qu’il y a un peu de placotage qui se fait dans ton dos, mais ça, comme je me dis toujours, ce sont des personnes qui ne sont pas assez occupées qui font ça!

— Nathan Dupuis

Lors d’une exposition agricole, une personne enivrée le traite de « suceux de queues ». Nathan l’ignore et continue son chemin. Plus tard en soirée, cette personne récidive à deux reprises, cette fois accompagnée d’une bonne demi-douzaine d’autres.

Seul et sans crainte, Nathan, qui en surpasse plusieurs du haut de son 1,85 m (6 pi 1 po), le confronte, ainsi que ses acolytes. Ces derniers, ébranlés, réalisent rapidement que leurs propos sont inacceptables et s’excusent auprès de lui. « Il ne faut pas avoir peur, dit-il. Souvent, ces personnes n’ont rien à dire, essaient de faire rire et de se rendre ″intéressantes″... »

Producteur agricole avant tout

Nathan ne se voit pas comme un militant pour la cause LGBTQ+. « Je veux traire mes vaches, je ne suis pas la Fierté, lance-t-il sans jugement. C’est que je manque de temps, aussi. Il faut rester soi-même, s’affirmer. On demeure la même personne, on ne change pas, mais il faut se parler. C’est le meilleur moyen pour moi de faire ma part pour la communauté. »

À maintenant 25 ans, Nathan travaille dans la ferme familiale de quatrième génération avec son frère Loucas, 30 ans, et leurs parents, Gilles et Cathie.Les décisions se prennent en groupe, bien que ce soit Gilles qui soit à la barre de l’entreprise et qui en donne les principales orientations.

Nathan ne possède pas encore de parts. Ça ne saurait tarder, même s’il n’est aucunement pressé. Il est déjà au cœur de toutes les décisions. Sa mère jongle avec les chiffres. Son père, son frère et lui gèrent le « physique ».

Le troupeau de 130 têtes, dont la moitié en lactation, est à 80 % composé de race Holstein et à 20 % de Jersey. « Pour apporter un peu plus de composantes, du gras et de la protéine », dit ce talentueux joueur de hockey et de soccer.

Pour mousser la popularité du troupeau, il fréquente les expositions avec les plus belles bêtes Jersey. Les résultats sont au rendez-vous. L’objectif : faire connaître la ferme, vendre la génétique de l’élevage et, ultimement – il se permet de rêver – placer un taureau au centre d’insémination.

Pendant ses absences, Loucas, en accord avec la démarche marketing de Nathan, gère l’entreprise. Les deux frères sont sur la même longueur d’onde et complémentaires dans leurs tâches.

Nathan et sa famille améliorent la ferme de l’intérieur, la rendent plus productive et plus rentable. On vise à faire plus de lait avec le même nombre de vaches, et à optimiser la gestion, en reproduisant les meilleurs sujets.

Stabulation libre, salon de traite? On évalue le pour et le contre et les coûts. Grossir? Sans doute un jour, dit Nathan, mais pour le moment, on améliore la génétique pour produire plus de lait.

Nathan continue à publier sur ses réseaux sociaux, pour partager son quotidien et informer la population de la réalité de l’agriculture d’ici. Il pourrait en faire plus, et échanger davantage, se dit-il, mais le temps lui manque, car il est producteur avant tout.

Ferme Dupuis Isle-Verte inc.

  • 130 têtes (80 % Holstein - 20 % Jersey)
  • 65 vaches en lactation
  • Quota de 80 kg
  • Classification :
    • 6 EX
    • 31 TB
    • 30 BP
    • 2 B

Ce reportage est paru dans le Coopérateur de juillet-août 2026.

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