La quête des meilleurs légumes pour Norseco
Derrière plusieurs de vos oignons, carottes, courges, tomates et brocolis québécois se cache un fournisseur et chercheur méconnu : Norseco.
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Le volet consommateur de l’entreprise est mieux connu sous le nom de W. H. Perron, qui vend ses sachets de semences un peu partout à travers la province notamment grâce à son catalogue en ligne, mais aussi dans plusieurs succursales BMR et Agrizone du réseau coopératif. Mais cette notoriété ne rend pas compte de tout le volet commercial, c’est-à-dire l’ensemble des semences qu’adoptent de nombreux petits et grands producteurs maraîchers du Québec. Qui, donc, est Norseco?
Fondée en 1928, l’entreprise a été reprise en 2014 par deux employés de l’organisation, Christine Ruckstuhl, responsable de la recherche et des achats et Christian Chartrand, directeur général, ainsi qu’Uniag Coopérative.
Norseco n’a cessé de prendre de l’expansion depuis. Son catalogue de semences compte aujourd’hui plus de 4000 variétés de fruits, de légumes, de fines herbes et de plantes ornementales. L'entreprise produit et distribue également plusieurs plantes tropicales et d’intérieur.
De nouvelles variétés internationales destinées au Canada
Le coeur de métier de Norseco demeure toutefois les semences de production maraîchère, laquelle n’est pas toujours une sinécure à travers le Canada. La faible proportion d’hectares que l’on dédie aux fruits et légumes n’encourage malheureusement pas les grands hybrideurs mondiaux à faire des recherches pour trouver les semences idéales à notre climat.
« Ils hybrident rarement pour le territoire canadien, souligne Christine, sauf pour les carottes, les oignons et les poivrons, pour lesquels nous faisons une sélection préliminaire pour les conditions d'ici. Ce sont des cultures importantes. Pour les autres cultures, chez Norseco, nous essayons de trouver, parmi ce qui se fait ailleurs, ce qui est le mieux pour ici. »
« La beauté de notre position, c’est qu’on a accès à toute la génétique à travers le monde », ajoute la découvreuse de semences, qui précise faire affaire avec près de 80 fournisseurs mondiaux.
Sélectionner des variétés de fruits et légumes
Le processus complet commence donc chez l’hybrideur, qui conçoit de nouveaux croisements. Vient ensuite la sélection préliminaire, pendant lequel l’hybrideur pousse ses variétés plus loin en les testant dans différents climats.
Norseco prend par la suite le relais, pour évaluer les variétés retenues et les tester spécifiquement pour le climat canadien.
Critères d'évaluation
- Rendement
- Couleur
- Texture
- Taille et forme
- Résistance aux maladies et aux insectes
- Constance
- Maturité
- Esthétisme
- Exigences du marché
Une citrouille à la queue trop pâle ou un poivron trop longiligne pourraient être rejetés! C'est le marché qui dicte les préférences des clients, et pas seulement le rendement.
Les types de sols, aussi, ont un impact. Sable, terre noire, au Québec, en Ontario... Plus d’une vingtaine de précieux agriculteurs-collaborateurs accueillent donc les quelque 800 variétés testées annuellement par Norseco à travers 40 à 50 parcelles.
La coordination avec les producteurs est cruciale. Ce sont les yeux de Norseco sur le terrain au jour le jour. Les laitues sont prêtes? Un appel et c’est le temps d’une visite pour évaluation, idéalement avant la récolte. Et il faut faire vite : les laitues sont de grandes impatientes!
Les variétés qui se démarquent passent ensuite à la précommercialisation pour d’ultimes tests à plus grande échelle, chez un plus grand nombre de clients. S’ils sont concluants, la variété pourrait alors s’ajouter au catalogue. (Lisez « Comment sélectionner des variétés de fruits et de légumes » pour en savoir encore plus sur le processus de sélection.)
Du plus petit au plus grand producteur maraîcher
Norseco est une grande entreprise de semences au Québec. Alors qu’elle pourrait se concentrer sur les grands producteurs maraîchers, ses propriétaires ont à cœur d’offrir aussi de petits formats destinés aux plus modestes producteurs.
Pour un producteur qui veut acheter des semences, il n'y a pas 1000 options au Québec, explique Christine. On a une responsabilité d'avoir une offre intéressante pour tout le monde, donc pour les petits et pour les grands.
— Christine Ruckstuhl, responsable de la recherche et des achats
« Il y a quelques années, ajoute-t-elle, on a par exemple tenté notre chance avec un catalogue de semences biologiques. Dans le bio, on retrouve un grand nombre de producteurs, mais avec de plus petites surfaces. Ils ont besoin de soutien eux aussi! »
Préparation et enrobage des semences
L’automne est une période occupée, tant pour l’évaluation des variétés que pour la préparation de l’année suivante. « La logistique de livraison est cruciale, surtout pour les primeurs. Plus on se prend d’avance avec les fournisseurs, plus on s’assure de livrer dans les délais prévus. »
Une quinzaine de traitements de semences (prégermination, enrobage ou encroutage) sont également offerts. Or, tout se fait directement aux États-Unis, donc la logistique doit être rodée au quart de tour pour assurer la livraison des semences traitées à temps chez le client pour la saison des semis.
Les tarifs douaniers auront-ils un impact? « Oui. Il y aura des hausses », dit Christine en ajoutant que le vrai enjeu n’est pas vraiment causé par les tarifs entre le Canada et les États-Unis, mais plutôt par ceux appliqués par les Américains aux autres pays. Les semences, comme on le disait plus haut, viennent de partout dans le monde, mais ils transitent en grande partie par les États-Unis. C’est à ce moment que certaines subissent des tarifs alors que d’autres, non, selon leur provenance. C’est ça qui aura un impact, au grand déplaisir de Christine qui aurait assurément préféré éviter les conséquences des politiques états-uniennes.
Choisir les meilleures variétés, un art qui se développe
Si elle est devenue une experte dans la sélection de différentes cultures, Christine n’a pas toujours eu l’oeil aussi affuté pour les nombreuses catégories proposées par Norseco. « Les brocolis, c’est plus facile à évaluer. C’est beau ou c’est laid! L’oignon, je l’ai apprivoisé. Je vois mieux les détails maintenant d’un oignon à l’autre, alors qu’au début, tous les oignons se ressemblaient pour moi. »Ruckstuhl, responsable de la recherche et des achats
Les brocolis, c’est plus facile à évaluer. C’est beau ou c’est laid! L’oignon, je l’ai apprivoisé. Je vois mieux les détails maintenant d’un oignon à l’autre, alors qu’au début, tous les oignons se ressemblaient pour moi.
— Christine Ruckstuhl, responsable de la recherche et des achats chez Norseco
Les choux sont encore aujourd’hui complexes à évaluer, parce qu’un peu comme les oignons, leur aspect est souvent très similaire. Les laitues sont quant à elles des cultures exigeantes au Québec et les résultats sont souvent insatisfaisants. « Notre climat n’est pas propice à la laitue », ajoute-t-elle en précisant qu’il faut en plus être rapide pour l’évaluation puisqu’une laitue prête au champ reste belle peu de temps avant la montaison.
Enfin, caché dans le sol se dissimule l’un des trésors de Christine : les carottes. « J'aime les carottes parce qu’on ne les voit pas pousser. On ne voit que le feuillage toute l'année, et si on l'arrache, c'est fini. Il faut vraiment attendre. On n’a aucune idée de l'état de la racine! Pour toutes les autres plantes, on voit ce qui s'en vient, alors que pour la carotte, c’est une surprise. » Et parfois, c’est une nouvelle variété croquante qui s’ajoute inopinément au catalogue en fin de saison!
Norseco
Fondé sous le nom initial de W.H. Perron & Co. Ltd, Norseco, bien ancrée au Québec, est aujourd’hui un des plus importants distributeurs de semences et de jeunes plants de légumes et de fleurs au Canada. Norseco commercialise plusieurs variétés adaptées aux conditions locales, en production biologique et conventionnelle, pour les producteurs et aussi les jardiniers professionnels et amateurs. Une offre horticole s’est ajoutée officiellement chez Norseco en 2023 avec Déco-Style. Depuis 2014, Uniag Coopérative est l’actionnaire majoritaire. En 2019, on crée une société en commandite, afin de centraliser toute la force de ventes de semences maraîchères. Norseco s.e.c. est ainsi aussi détenue en partie par d’autres coopératives du réseau, soit Agiska Coopérative, Novago Coopérative et Avantis Coopérative. |
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Cet article est paru dans le Coopérateur de janvier-février 2026.