Le sprint ultime

Chronique de Renaud Péloquin sur l’équilibre et l’importance de prioriser ce qui compte vraiment dans la vie.

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Chronique Semer l'équilibre
Mieux vivre
Allée de bowling avec des chaussures et une boule

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Renaud Péloquin

Renaud Péloquin

Producteur et administrateur chez Agiska Coopérative

L’autre jour, j’ai appris que le fils de l’humoriste Jonathan Roberge venait de perdre son combat contre le cancer. Cette nouvelle m’a donné un coup de poing en pleine face. Elle m’a bouleversé, parce que c’était un garçon dans les âges de mes enfants au moment de son diagnostic.

Je suis chanceux. Mes deux enfants sont en santé. Mais j’ose imaginer à quel point c’est déconcertant quand une annonce comme celle-là prend toute la place. Le quotidien bascule, les priorités s’effacent, et ce qui semblait urgent hier devient soudainement insignifiant.

Cette réflexion m’est arrivée à un moment charnière : à la fin de mon rush des semis alors que celui du désherbage cognait déjà à la porte.

Mon gars est né le 15 mai. Oui, je sais, pour un producteur de grandes cultures, ce n’est pas le meilleur timing. Je suis même sorti de l’hôpital quelques heures, le lendemain de sa venue, pour aller montrer à ma sœur comment le planteur à maïs-grain fonctionnait. Donc, organiser sa fête chaque année, c’est un défi à part entière, surtout pour ma conjointe qui en est la principale organisatrice, pendant que je lui offre mon soutien. Cette année, la fête d’amis est tombée pile sur la fameuse dernière journée de semis, juste avant une semaine où on annonçait de la pluie tous les jours. Le genre de journée où tu commences au lever du soleil et où tu fais quasiment le tour au complet. Le sprint ultime.

Avant que je commence à travailler sur mon équilibre, j’aurais tout fait pour ne pas aller à cette fête-là. J’aurais trouvé mille raisons pour maximiser mes heures dans le champ. Comme j’ai fait à sa naissance! Mais cette fois-ci, j’y suis allé. Peut-être pas de bon cœur au départ, mais j’y suis allé sans broncher. J’ai pris quatre heures de cette journée tendue pour accompagner mon gars à la fête qu’il voulait plus que tout au monde, malgré le fait que l’ambiance était survoltée avec une gang d’enfants de sept ans dans un salon de quilles. Plus épuisant que de faire une journée entière au champ!

Et là, quelque chose d’étrange s’est passé. J’ai ressenti que j’étais à la bonne place. Même si les champs m’appelaient. C’était une drôle de sensation pour un agriculteur passionné, et je me suis surpris moi-même d’avoir pris cette décision-là dans une situation aussi stressante.

Le processus de guérison, ce n’est peut-être pas si compliqué à amorcer. Mais il y a du chemin à faire avant d’y arriver. Ça se prépare. On ne se lève pas transformé du jour au lendemain.

Je suis retourné au champ jusqu’aux petites heures, avec tout ce qu’il me restait à donner. En me disant que le lendemain, je dormirais. Finalement, comme plusieurs de mes collègues qui ont fait la même affaire ce soir-là, je me suis réveillé avec une surprise : nos météorologues s’étaient trompés, et une nouvelle fenêtre s’ouvrait devant nous.

Est-ce que c’était le karma qui me revenait? Seule ma chère Pauline (mon ange gardien) le sait!

J’ai réussi à terminer les travaux avant la pluie. Mais surtout, je suis reparti du salon de quilles avec le sentiment d’avoir été là pour mon gars, et lui, il était là pour moi sans même le savoir.

C’est peut-être ça, le vrai sprint ultime.

Ce Semer l'équilibre est paru dans le Coopérateur de septembre 2026.

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