L’innovation en agriculture, contestée à l’heure des changements climatiques

« Pour développer une agriculture résiliente face aux changements climatiques, il faut absolument investir dans la recherche. Or le Département américain de l’agriculture (USDA) n’a utilisé que 330 M $US, la moitié de son budget autorisé sous l’administration Trump », déplore Dr Alison Van Eenennaam, experte en génomique et en biotechnologie animale à l’Université Davis, en Californie.

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Témoignage et entrevue
Agriculture durable
Scientifique réalisant une expérience sur des plantes.

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Nicolas Mesly

Journaliste, agr.

Nicolas est journaliste, agroéconomiste, auteur, conférencier et documentariste.

Dr Van Eenennaam participait à un panel de discussion sur l’innovation scientifique en agriculture, déterminante selon elle pour la lutter contre les changements climatiques lors des conférences du USDA, tenues à Washington en mode virtuel les 18 et 19 février dernier.

Or la technologie en agriculture, comme l’utilisation des plantes génétiquement modifiées (GM) est devenue un débat « idéologique » qui polarise l’opinion publique. Que l’on songe à l’âpre discussion entre les tenants de l’agriculture biologique et ceux de l’agriculture conventionnelle.

 « C’est un faux paradigme. Si on veut vraiment lutter contre les changements climatiques, il faut puiser dans les deux courants de pensée. Le travail minimum du sol pratiqué en agriculture conventionnelle émet beaucoup moins de GES, et il y a des techniques inspirantes de luttes aux mauvaises herbes en agriculture biologique », dit Jon Entine, un ancien journaliste et fondateur de Genetic Literacy Project, une organisation à but non lucratif qui divulgue de l’information sur les risques et les avantages de l’utilisation des innovations en agriculture et en biomédecine (le site est visité par plus de 17 millions de personnes par année).

Selon Jon Entine, l’interdiction du glyphosate serait désastreuse pour l’environnement, parce qu’il faudrait cultiver plus de terres pour compenser « l’écart de 40 % » de pertes de rendements de l’agriculture biologique par rapport à l’agriculture conventionnelle.

Cette interdiction serait également désastreuse pour les producteurs, parce que ces derniers devront faire appel à des molécules plus dangereuses pour éradiquer les mauvaises herbes. « Plus de 18 organisations majeures ont conclu que le glyphosate n’est pas cancérigène. De plus, le taux de cancer chez les producteurs est plus bas que dans la population en général », a-t-il mentionné.

Du coup, l’ex-journaliste s’inquiète du « Nouveau pacte vert pour l’Europe » et de la stratégie de « La Ferme à la Fourchette » préconisés par la Commission européenne, un pacte pour une agriculture durable qui bannit le recours à la biotechnologie. « Il ne faut pas sous-estimer l’influence de l’Europe en Afrique et en Asie, ce qui peut nuire à l’innovation », a-t-il ajouté.

Une nouvelle technologie tout aussi polarisante

Si les plantes génétiquement modifiées polarisent l’opinion, une toute nouvelle technologie est déjà sous les feux de la controverse. Il s’agit de la technologie CRISPR, une sorte de ciseau génétique qui permet des réassembler le génome des plantes ou des animaux. Contrairement aux organismes génétiquement modifiés où l’on introduit un gène d’une autre espèce, l’opération se fait au sein de la même plante ou du même animal. « Grâce au CRISPR, on pourrait créer des porcs ou des vaches plus résistantes aux maladies et plus écologiques », affirme Dr Alison Van Eenennaam.

La technologie existante comme la génomique, combinée aux efforts des agriculteurs, a déjà porté ses fruits pour diminuer l’empreinte écologique des élevages. « Pour produire un gallon de lait, il faut 30 % moins d’eau, 21 % moins de terre et 21 % moins de nourriture aujourd’hui qu’en 2007 », a indiqué Tim Bettington, président des opérations américaines chez Zoetis. La multinationale, basée au New Jersey, est spécialisée dans la production de médicaments vétérinaires, dont des vaccins, et elle a un chiffre d’affaires de 6,7 G$US.

Le prochain défi de Zoetis, selon son patron, est de s’attaquer à la réduction des émissions des GES, possiblement grâce à l’utilisation de la technologie CRISPR.

Cette technologie est au cœur d’un débat entre le USDA et la FDA (Food and Drug Administration) pour savoir laquelle des deux agences va donner le feu vert aux animaux issus de cette nouvelle bio-ingénierie sur le marché.

Que ce soient des plantes ou des animaux, ces nouveaux organismes feront difficilement la preuve, aux yeux d’une opinion publique polarisée, qu’ils peuvent aider à lutter contre les changements climatiques.

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