Endettement, partie 5 : Qu’est-ce qu’une bonne gestion de l’endettement?

« Ça commence par respecter la règle d’or en gestion financière : “La durée d’un emprunt ne doit jamais dépasser la durée de vie utile du bien financé” », a souligné Raymond Levallois, professeur retraité de sciences de l’agriculture et de l’alimentation à l’Université Laval, lors d’une conférence qu’il a prononcée à l’intention des producteurs laitiers du Bas-Saint-Laurent.

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Témoignage et entrevue
Gestion
Plantes poussant sur de la monnaie.

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Patrick Dupuis

Directeur et rédacteur en chef au magazine Coopérateur

Agronome diplômé de l’Université McGill, Patrick travaille au Coopérateur depuis une trentaine d’années.

« En clair, il faut éviter de dépasser cette durée et, si possible, essayer de réduire la durée des emprunts pour réduire les intérêts. En allongeant la durée d’un emprunt, l’annuité [montant annuel du remboursement du capital et des intérêts] diminue, mais les intérêts payés augmentent beaucoup. »

Exemple : emprunt de 500 000 $ à 3 % d’intérêt

Allonger de 20 à 25 ans la période de remboursement diminue l’annuité de 4 900 $ (33 600 $ moins 28 700 $), soit 408 $/mois, mais coûte en intérêts totaux 45 500 $ de plus (217 500 $ contre 172 000 $), c’est-à-dire 9 % de l’emprunt, indique le professeur.

Lorsqu’on compare les entreprises laitières du groupe de fin, du groupe moyen et du groupe de tête, on constate que la durée de remboursement des emprunts est respectivement de 22, 17 et 16 ans, note-t-il dans une étude réalisée en 2018 dans le Bas-Saint-Laurent (données des groupes conseils agricoles du Bas-Saint-Laurent).

« Si vous voulez vous donner une chance, allongez seulement de 1 à 2 ans vos emprunts à moyen terme, plutôt que de passer de 20 à 25 ans sur le long terme. Pour un même emprunt de 500 000 $, l’annuité diminuera de 8500 $ et ne coûtera que 15 000 $ de plus en intérêts. »

Le niveau d’autofinancement selon la performance économique des entreprises varie énormément. Toujours selon les données de Raymond Levallois, l’autofinancement, en pourcentage des investissements, atteint 16 % dans les entreprises du groupe de tête, contre – 28 % dans celles du groupe de fin. La moyenne se situe à 0 %. L’autofinancement est vraiment très faible (sauf pour le groupe de tête). Or cette pratique offre plusieurs avantages : diminution du risque par des annuités plus faibles, portion de l’investissement sur laquelle on ne paie pas d’intérêts, limite de la tendance (facile) aux achats impulsifs si on s’oblige à disposer d’un minimum de capital avant d’investir.

La marge de sécurité ne devrait jamais être inférieure à 5 %, et pour être confortable face aux risques éventuels, on visera 8 à 10 %, recommande le professeur. Rappelons que la marge de sécurité représente l’argent qui reste après qu’on a remboursé les annuités sur les emprunts et tenu compte du coût de vie de l’agriculteur. Le chiffre obtenu est calculé en pourcentage du total des revenus. Selon la performance économique des entreprises (groupe de tête, moyen ou de fin), cette marge se chiffre respectivement à 8 %, – 2,4 % et – 19 %. « Une bonne marge de manœuvre évite du stress et permet d’affronter les [inévitables] imprévus. »

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