Plus de précision dans l'alimentation des cochons

Les aliments représentent 60 % du coût de production. Rogner sur ce poste budgétaire peut être avantageux pour la rentabilité. Qui veut d’une réduction d’environ quatre dollars par porc? C’est la promesse du système d’alimentation multiphase de précision mis au point par la Ferme ML/Aliporc.

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Étienne Gosselin

Agronome et rédacteur

Étienne est détenteur d’une maîtrise en économie rurale et œuvre comme pigiste en communications. Il cultive commercialement le raisin de table à Stanbridge East dans les Cantons-de-l’Est.

Si on regarde de plus près la moulée cubée trouvée dans cette ferme de Saint-Norbert-d’Arthabaska, la différence saute aux yeux : l’aliment fourni dans chaque parc se compose de deux formulations différentes, visibles à l’œil par la teinte brun pâle ou brun plus foncé des cubes. Car avec le système mis au point par la Ferme ML/Aliporc, tout est là : mélanger un aliment début croissance et un aliment finition, pour créer un aliment complet par groupe d’âge – une « phase », dans le jargon.

En changeant les proportions de l’aliment A et de l’aliment B, on peut donc créer des phases à l’infini, des aliments adaptés aux besoins nutritionnels du moment. « On a ainsi moins de porcs qui surconsomment sans convertir », explique Michel Larochelle, copropriétaire de Ferme ML, qui compte 1500 places.

Comment ça marche

Première étape : regrouper les animaux par poids (pesée) et par sexe, une pratique essentielle pour créer des parcs homogènes d’individus de même potentiel génétique. Cette pratique, qui nécessite une journée de travail en début de lot, facilite les expéditions en fin de lot.

Un mélangeur équipé d’une balance combine les deux aliments, et le distributeur automatique achemine le bon aliment vers le ou les bons parcs. Les trappes des trémies sont actionnées par un automate central de qualité industrielle, qu’on commande du bureau sur un écran tactile ou à distance avec un appareil mobile. La chaîne distributrice, arrangée en boucle, ramène les quantités qui ne sont pas livrées dans les trémies, pour qu’elles soient comptabilisées et introduites immédiatement dans le prochain mélange.

Une attention doit être portée, en cours d’élevage, à la courbe de croissance réelle, pour s’assurer que les groupes ne s’éloignent pas des valeurs normales théoriques. Michel Larochelle et Thérèse Leduc pèsent donc quelques porcs par parc toutes les trois semaines, afin de valider les données de référence. L’efficacité du système réside aussi dans la justesse de la courbe de référence des besoins nutritionnels des porcs. Enfin, la formulation des aliments A et B importe au plus haut point.

Le Service R et D de La Coop, par l’entremise de la professionnelle de recherche Véronique Chabot et du nutritionniste porcin Pierre Lessard, a participé à la mise au point du système Aliporc en fournissant des recettes adaptées aux besoins des différents groupes de porcs. On doit aussi noter la collaboration de Candido Pomar, chercheur en alimentation de précision d’Agriculture et Agroalimentaire Canada, et de Laetitia Cloutier, agronome experte en alimentation du Centre сialis generique de développement du porc du Québec (CDPQ), venue mesurer scientifiquement et de manière indépendante les performances du projet Aliporc.

Des gains tangibles

Un système d’alimentation multiphase promet des gains économiques, sans affecter les performances zootechniques. Ces gains sont énormes quand on instaure deux phases, puis trois et quatre. Ils s’amenuisent par la suite lorsqu’on multiplie les phases, car on suralimente de moins en moins les groupes (on s’assure quand même que les individus moins performants ont suffisamment de nutriments à se mettre sous la dent). Évidemment, la multiplication des rations devient difficile à gérer pour le meunier et pour le producteur, d’où l’avantage du système Aliporc, avec ses deux seules formulations.

À chaque lot expérimental – on en a fait quatre jusqu’ici à la Ferme ML, en comparant une alimentation traditionnelle à quatre phases avec l’alimentation multiphase –, la ferme et La Coop acquièrent donc des données qui valident le système. C’est maintenant à la société Aliporc – formée en 2011 par les producteurs Michel Larochelle et Thérèse Leduc, les programmeurs et techniciens en automatisation Marc Sergerie et Roland Leduc ainsi que le gestionnaire Yves Leduc – de commercialiser le système. La rentabilité de l’investissement peut varier entre deux et trois ans, selon la taille de l’entreprise et les prix du maïs et du tourteau de soya. Notons que le rapport du CDPQ, déposé en août 2014, chiffre les économies à entre un et cinq dollars par porc produit (moyenne de 3,80 $/porc, basée sur la moyenne du prix des ingrédients en 2013).

Et dire qu’on n’a même pas parlé des gains environnementaux par la diminution des rejets en phosphore et en azote!

Pour lire les commentaires des spécialistes et pour le texte complet, consultez la version imprimée du magazine Coopérateur

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