De 100 à 300 000 poulets pour les Maltais
Les frères Maltais sont passés de la basse-cour à la cour des grands avec leur production avicole en contexte nordique.
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Les frères Maltais sont passés de 100 poulets produits par année à 300 000. Entre les deux, beaucoup de sueurs (froides) et de décisions (stratégiques).
Pendant trois décennies, dans une ancienne étable, la famille Maltais a produit pour sa consommation domestique le maximum permis par la loi de 100 poulets par année. Et puis, plus loin sur le rang Sainte-Famille à Saguenay, secteur Chicoutimi, on trouvait une véritable étable peuplée de vaches laitières qui appartenait, avant d’être encantée, au grand-père maternel et à l’oncle des frères Sébastien et Guillaume Maltais.
Si le premier est devenu comptable, le second a misé sur la production laitière en s’inscrivant en agriculture au Collège d’Alma pour ensuite devenir inséminateur comme son grand-père paternel. Ce projet de relève laitière avorté n’a pas entamé le désir de Guillaume de vivre de l’agriculture, il a donc poursuivi son chemin en devenant expert-conseil avicole chez Nutrinor, où il supervise les pondoirs et les parquets d’élevage de la coopérative. Parallèlement, les frères ont aussi acheté un petit commerce en 2013, le Couvoir de Chicoutimi, devenant distributeur au Saguenay–Lac-Saint-Jean de poussins, de poules et de dindonneaux pour les particuliers.
La plume flottait donc dans l’air chez les Maltais, qui étaient prêts à devenir producteurs, mais comment?
Maltais 1, mise de fonds 0
Coup du destin : en 2014, un bloc de 69 hectares de terre arrive sur le marché. Guillaume prévient son frère et ses parents : il faut saisir l’occasion. L’actif, en dix ans, triplera de valeur. Puis, en 2018, le trio construit un triplex sur un lot adjacent à la terre. Sans trop le savoir, ces deux actifs constitueront un placement à l’effet de levier important – les Maltais n’avaient pas vraiment de mise de fonds sonnante et trébuchante.
Car le but avoué est d’acheter du quota! Après plusieurs scénarios de montages financiers créatifs où la confiance de la banquière en les frères Maltais a été mise dans la balance, le projet de la Ferme avicole Maltais prend vie. Le poulailler de deux étages mesurera 1300 m2 par étage. Poulailler, équipements et ce précieux quota, le projet totalise cinq millions de dollars, un montage serré. « On n’avait pas de budget de contingence pour les imprévus », lance Guillaume.
Un premier lot de poussins est donc entré dès le 27 janvier. Les performances sont (impérativement) au rendez-vous avec 33 jours d’élevage pour des poulettes d’un poids cible de 2,1 kg. « Si ça ne fait pas, on redonnera les clés! » lance Guillaume, fonceur et frondeur.
Frondeur? Un peu, car il fallait cogner à bien des portes et parfois en défoncer quelques-unes.
On a commencé à bâtir sans plan, sans permis, sans entrée électrique! Nos fournisseurs et sous-traitants nous ont fait confiance, car le premier déboursé n’est arrivé que le 24 décembre!
— Guillaume Maltais, producteur avicole à la Ferme avicole Maltais
Évidemment, les frères se sont ultérieurement conformés à toutes les exigences bureaucratiques, mais la machine n’allait pas assez vite avant le premier coup de pelle, le 14 octobre 2025.
Les Maltais avaient auparavant obtenu la réponse espérée de l’encan de quota le 1er août. Ils mettaient alors la main sur 2000 m2 d’une valeur de 1500 $/m2. « Il nous fallait offrir un prix le plus près du prix du vendeur et on l’a eu, s’émeut Guillaume. Ç’a été tout un rodéo! »
Le vent dans les plumes
Hormis les 15 poulaillers des fermes corporatives de Nutrinor gérés par quatre forfaitaires, on ne trouvait qu’un seul producteur avicole indépendant au Lac-Saint-Jean et aucun au Saguenay. Pendant six ans, Nutrinor Coopérative et sa vice-présidente domaine agriculture, Chantale Bélanger, ont donc milité pour des modifications réglementaires auprès des Éleveurs de volailles du Québec et de la Régie des marchés agricoles et alimentaires du Québec, appuyées par la fédération régionale de l’Union des producteurs agricoles.
Le but : faire en sorte que la région joigne celle de l’Est du Québec pour profiter d’une plus grande mise en commun de quota, car le Saguenay–Lac-Saint-Jean et la Côte-Nord formaient alors une zone de production, une situation que s’expliquait mal le secteur agricole régional.
Les nouvelles règles font aujourd’hui entrevoir la mise en place d’une véritable filière avicole au Saguenay–Lac-Saint-Jean, selon l’agronome Chantale Bélanger. Guillaume Maltais, à la fois responsable des élevages avicoles chez Nutrinor et maintenant producteur indépendant, détient une expertise avicole technique et économique en contexte nordique, car il a mené quatre projets de reconstruction de poulaillers pour Nutrinor, en plus du sien.
La meunerie de Nutrinor, la seule dans la région, utilisée à 50 %, pourrait donc bénéficier de nouveaux contingents avicoles. Pour aider les Maltais à produire plus de poulet et à mieux rentabiliser leur poulailler, Nutrinor a aussi alloué du quota aux deux frères qui ont bâti un poulailler plus grand. Ainsi, si les frères ont eu à établir un montage financier, ils ont aussi eu à faire un « montage de droit de produire » et leur coop a été d’une grande aide à ce chapitre, reconnaissent Guillaume et Sébastien.
Vivre de l’aviculture
Les paiements en capital et en intérêts seront élevés pour bien des années, mais Guillaume et Sébastien bâtissent un actif qui pourra les faire vivre à moyen et à long terme. Ils s’étonnent encore, malgré la profitabilité du poulet, que des établissements et des organismes financiers agricoles, sauf leur banque, leur aient fermé leurs portes.
« On avait une vision et on n’a pas cessé de croire en notre projet pour convaincre tout le monde », conclut Guillaume, qui a revendiqué, en mars dernier, le poste de relève vacant au conseil d’administration des Éleveurs de volailles du Québec pour la zone de l’Est, question de continuer à développer l’aviculture en milieu nordique en étant à la table des grands. Et peut-être aussi pour faire valoir son anti-mode d’emploi pour devenir producteur!
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Cet article est paru dans le Coopérateur de mai-juin 2026.