Et si le Canada partait dans le sud?

Une entente entre le Canada et le marché commun du Sud (Mercosur) serait-elle l’occasion à saisir? Pascal Thériault nous en parle dans sa chronique.

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Chronique Champ libre
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Plage tropicale avec des cocotiers

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Pascal Thériault

Agronome et directeur du programme de gestion et technologies d’entreprise agricole au Campus MacDonald de l’Université McGill

Pascal est signe la chronique Champ libre dans le Coopérateur.

Le Canada est une puissance non négligeable tant agricole que commerciale à l’échelle mondiale. La présence de notre voisin du sud comme partenaire commercial y est certes pour quelque chose, mais il n’en demeure pas moins que les exportations canadiennes de biens et de services ont atteint 997 milliards de dollars en 2024, alors que nos importations ont dépassé le billion (mille milliards) de dollars.

L’ampleur de ces échanges est en grande partie possible grâce aux accords commerciaux que le Canada a signés avec plusieurs partenaires à travers les années. Sans faire de politique, disons que la théorie des avantages comparatifs1 fait en sorte que le commerce international avec un minimum de barrières est bénéfique pour les pays!

Le Canada joue donc sur plusieurs fronts en termes de commerce international. Oui, le Canada est membre de l’Organisation mondiale du commerce (OMC), l’Accord Canada–États-Unis–Mexique (ACEUM), l’Accord économique et commercial global (AECG), l’Accord de partenariat transpacifique global et progressiste (PTPGP) et l’Association européenne de libre-échange (AELE), mais il a aussi des accords bilatéraux actifs avec 39 autres nations. Nous tirons notre force de nos partenaires commerciaux à travers des ententes qui varient d’un pays à l’autre et qui sont construites pour avantager les différents partenaires commerciaux.

Un accord Canada-Mercosur?

Le Canada est présentement en accord exploratoire avec le marché commun du Sud, plus communément appelé Mercosur. Vous n’en avez pas entendu parler? C’est fort possible. Nous n’avons pas l’habitude de penser à ce bloc économique qui est pourtant l’un des plus importants en termes de population et de superficie avec un PIB combiné de 3000 milliards de dollars américains!

Originalement fondé par l’Argentine, le Brésil, le Paraguay et l’Uruguay, Mercosur a depuis été rejoint par d’autres pays en tant que membres ou membres associés dans le but de créer cette organisation visant à réduire les barrières tarifaires entre les pays et de mieux coordonner les politiques économiques.

Pourquoi est-ce important pour nous?

Nous sommes déjà partenaires commerciaux avec ces pays. En 2024, nos exportations vers le Mercosur étaient de 3,1 milliards de dollars alors que nous importions pour 12,8 milliards de dollars.

Si les pays du Mercosur collaborent, ils deviennent une force économique non négligeable et peuvent faciliter l’exportation de produits agricoles sud-américains vers l’Europe ou l’Asie et donc venir compétitionner les producteurs canadiens.

Le Brésil étant un grand exportateur de soya, de sucre et de viande bovine, et l’Argentine exportant du blé, du maïs et des produits laitiers sur les marchés mondiaux, toute augmentation de leur production et tout accès aux marchés mondiaux viendra augmenter l’offre et faire baisser les prix, ce qui aurait des impacts pour nos producteurs.

Il ne faut pas négliger les impacts positifs que cette entente pourrait avoir avec nous. Faire affaire avec l’hémisphère sud, c’est avoir une production agroalimentaire décalée : notre hiver, c’est leur été! Cela offre une possibilité de stabiliser les chaînes d’approvisionnement, voire les prix. Aussi, le premier ministre Mark Carney a parlé de son désir de diversifier nos marchés, tant pour nos denrées agricoles que les services. Faire affaire avec ces pays pourrait renforcer notre résilience commerciale, pour nos denrées agricoles, notre technologie et aussi nos produits transformés.

Est-ce que s’engager auprès du Mercosur est risqué? Évidemment que oui. Leurs pratiques en agroenvironnement et leurs normes ne sont pas au même niveau qu’ici, ce qui peut les avantager. Pourtant, c’est aussi une occasion de développer des partenariats et de partager nos bonnes pratiques tant en agroenvironnement qu’en adaptation aux changements climatiques. S’adapter sera beaucoup plus facile pour tous si nous travaillons ensemble à développer des synergies innovantes tant pour la production agricole que pour la recherche.

Si le Canada veut rester un acteur influent du commerce agroalimentaire mondial, il devra non seulement protéger ses intérêts, mais aussi saisir les occasions de bâtir des ponts avec des partenaires stratégiques comme le Mercosur.

Référence

1 « La théorie associée à l’avantage comparatif explique que, dans un contexte de libre-échange, chaque pays a intérêt à se spécialiser dans la production pour laquelle il dispose de l'écart de productivité (ou du coût) le plus fort en sa faveur, ou le plus faible en sa défaveur, comparativement à ses partenaires. Cette production est celle pour laquelle il détient un "avantage comparatif”. » Wikipédia

Les propos exprimés dans cette chronique n’engagent que son auteur. Cette chronique est parue dans le Coopérateur de novembre-décembre 2025.

Merci de votre participation!

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