Le dollar alimentaire : où va vraiment l'argent qu'on dépense pour manger?

Alors que les impressions dominent, Pascal Thériault souligne que les données sur le dollar alimentaire sont absentes au Québec.

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Chronique Champ libre
Agroalimentaire
Une personne compte son argent après avoir acheter de la nourriture

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Pascal Thériault

Agronome et directeur du programme de gestion et technologies d’entreprise agricole au Campus MacDonald de l’Université McGill

Pascal signe la chronique Champ libre dans le Coopérateur.

Vous le savez mieux que quiconque : le prix à l'épicerie grimpe, les manchettes parlent d'inflation alimentaire record et, pourtant, votre chèque de lait ou votre prix à la tonne, lui, ne suit pas la même courbe. Vous n'imaginez rien. Ce n'est pas une impression. C'est un fait qu'on peut mesurer… ailleurs, du moins.

Le concept s'appelle le « dollar alimentaire » : pour chaque dollar dépensé en alimentation, quel montant retourne réellement à la ferme et comment est-il réparti entre la transformation, le transport, la distribution et la restauration?

Aux États-Unis, le département de l’agriculture (USDA) vient de publier, en mars 2026, une version révisée de cet outil. Il faut dire qu’ils utilisaient le même modèle depuis 2011, mais qu’une mise à jour de celui-ci était maintenant nécessaire. Les chiffres confirment ce que vous soupçonniez : la part de la ferme grimpe à près de 19 cents par dollar dépensé à l'épicerie, mais elle tombe sous les 7 cents dès qu'on parle de restauration. Autrement dit, plus la nourriture passe de mains en mains avant d'arriver dans l'assiette, moins il en reste pour celui qui l'a produite.

Ça, c'est aux États-Unis. Chez nous, malheureusement, on n'a même pas cette photo, car croyez-le ou non, le Canada n'a aucune série officielle qui mesure, année après année, comment se partage la valeur entre la ferme et le reste de la chaîne. Alors que nous vivions les premiers instants de cette inflation alimentaire en 2023, un comité de la Chambre des communes a réclamé un modèle similaire au modèle américain, mais la réponse du gouvernement est restée vague.

C'est précisément ça, le problème, pour vous. Sans données fiables et suivies, votre sentiment que la valeur se perd ailleurs dans la chaîne reste un sentiment. Difficile de négocier votre juste part face à un transformateur ou un détaillant quand personne ne peut pointer un chiffre officiel et dire : « Voici où va chaque dollar. » Le rapport de force se joue alors sur les perceptions, et devinez qui a le gros bout du bâton dans ce jeu-là?

Dans les faits, les coûts de production des producteurs, nous les connaissons. Les marges des détaillants en alimentation, nous les connaissons aussi. C’est entre les deux que nous sommes dans le brouillard!

Il y a pourtant moyen de corriger le tir. Statistique Canada a déjà les données brutes, les fameux tableaux entrées-sorties, pouvant servir à bâtir un outil équivalent à celui des Américains. Il ne manque qu'une décision et un investissement politique pour en faire une série officielle et récurrente, comme il en existe une pour à peu près tout le reste de l'économie.

Le ministère de l'Agriculture, des Pêcheries et de l'Alimentation (MAPAQ) pourrait aller plus loin et développer un volet propre à nos filières - laitière, bovine, horticole, soit celles qui vous concernent directement. Et surtout, on gagnerait à distinguer les circuits liés à l’épicerie par rapport à ceux de la restauration, comme le font maintenant les Américains pour voir noir sur blanc où la valeur créée à la ferme finit par se diluer.

On dit que maîtriser le dossier, c’est maîtriser l’accord. Quand on est producteur, on comprend qu’il y aura de la valeur ajoutée à notre production, que ce soit la transformation, le transport ou encore la distribution et que la dépense du consommateur pour notre produit va être partagée entre les différents maillons de la chaîne. Mais mieux comprendre la structure des coûts du marché permettrait sans doute de mieux travailler avec celui-ci.

Les propos exprimés dans cette chronique n’engagent que son auteur.
Cette chronique est parue dans le Coopérateur de septembre 2026.

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