Raoul Ruel, doyen des experts-conseils

Le parcours inspirant de l’expert-conseil qui cumule le plus d’années d’expérience chez Sollio Groupe Coopératif.

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Témoignage et entrevue
Sollio Agriculture
Raoul Ruel de Sollio Agriculture
Raoul Ruel est conseiller, support aux ventes chez Sollio Agriculture.

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Patrick Dupuis

Directeur et rédacteur en chef au magazine Coopérateur

Agronome diplômé de l’Université McGill, Patrick travaille au Coopérateur depuis une trentaine d’années.

Sourire en coin, Raoul se rappelle l’époque où il croyait que les gens qui approchaient la soixantaine étaient « assez vieux pour s’en aller chez eux » et « bons pour la retraite ». Le jeune expert-conseil d’alors avait à peine plus de 20 ans. Aujourd’hui, à 73 ans, avec plus de cinq décennies de carrière au compteur, le regard qu’il posait alors sur eux a bien changé.

Raoul est le doyen des experts-conseils du réseau de Sollio. Les qualificatifs pour décrire l’homme sont nombreux : soucieux de l’autre, patient, sage conseiller, bienveillant, enthousiaste, inspirant...

Raoul commence un stage à la coopérative de Saint-Charles-de-Bellechasse, maintenant intégrée à Avantis Coopérative, alors qu’il est étudiant en zootechnie à l’ITAQ de La Pocatière, en 1972. Il prend rapidement goût à son travail et apprend à connaître les producteurs agricoles. « À l’époque, très peu de productrices dirigeaient et possédaient des entreprises agricoles », fait-il remarquer.

« C’est important d’engager des étudiants pour des stages d’été, poursuit l’expert-conseil. C’est une expérience fantastique. Il faut l’offrir à d’autres. Si je n’avais pas eu l’occasion de faire un stage, je ne serais peut-être pas dans le réseau coopératif aujourd’hui. »

La coopérative lui offre de poursuivre son stage après la rentrée scolaire. Il y travaille tout l’automne, pendant les vacances des fêtes et de Pâques. À la fin de ses études, en 1973, Raoul se fait offrir un poste d’expert-conseil dans les secteurs laitier et végétal à la coopérative.

Donner au suivant

Il ne tardera pas, lui aussi, à engager des étudiants chaque été. « Un stage, ça permet de se former, mais aussi de mieux savoir dans quel domaine on veut se diriger, dit-il. Quand on termine nos études, on ne sait pas toujours ce qu’on veut faire dans la vie. J’ai d’anciens stagiaires qui ont choisi le contrôle laitier, d’autres l’agroéconomie. Et puis, financièrement, ça aide. On apprend aussi beaucoup des jeunes. Ils sont une source d’inspiration et ils ne se gênent pas pour nous dire comment on pourrait mieux faire les choses et améliorer le stage. »

L’intérêt de Raoul se développera davantage pour les productions végétales. Il met sur pied, en 1974 – une première dans le réseau – un service d’arrosage à forfait qui connaît un grand succès et qui se répandra dans d’autres coopératives. Sous l’impulsion de Raoul, un centre de fabrication d’engrais voit aussi le jour la même année.

De petites révolutions agricoles

Entre 1973, année où Raoul obtient son diplôme, et 2025, les choses ont beaucoup changé en agriculture. « Eh oui! lance-t-il, mais, à l’époque, on ne pensait jamais que ça changerait! On faisait les formules d’engrais au crayon. Quand la mini-tablette est arrivée, ç’a été une révolution. On ne se doutait pas que l’informatique s’implanterait aussi vite que ça! Ni que les fermes grossiraient et se spécialiseraient autant. Au début, c’étaient des fermes à multiples vocations : laitier, végétal, un peu de poules, un peu de porcs... Le réseau a dû s’adapter. »

On n’offrait alors que des moulées complètes, mais les fermes, elles, commençaient de plus en plus à se doter de rouleuses à grains pour fabriquer leurs propres aliments. Ce qui a été une autre révolution, mentionne Raoul. Il a fallu développer des suppléments énergétiques et protéiques pour s’établir dans ce nouveau marché.

« Les exigences des producteurs aussi ont évolué et les sources d’information auxquelles ils ont accès se sont multipliées. À l’époque, les céréales ne faisaient pas l’objet de programmes de phytoprotection et la culture du maïs était rare, au Québec, se rappelle Raoul. On a commencé à formuler les programmes alimentaires des troupeaux laitiers à l’aide de l’informatique, une troisième révolution! On ne se contentait plus de faire des moulées à 16 % ou à 18 % de protéines! On apportait dans l’étable un ordinateur de la dimension d’une grosse télévision. Ça prenait des valises énormes pour trimballer ça! »

Se tenir à jour

Chaque fois qu’il en a l’occasion, Raoul se renseigne sur les dernières avancées, participe à des formations, échange avec ses collègues et apprend des jeunes experts-conseils qu’il côtoie. Demeurer à l’affût des innovations est essentiel pour mieux accompagner les producteurs et répondre à leurs nouveaux défis. « Il ne faut pas avoir peur de demander de l’aide, dit-il. On ne peut pas tout trouver tout seul ni avoir réponse à tout. On perdrait beaucoup de temps à vouloir tout faire soi-même. »

Les défis de l’expert-conseil d’aujourd’hui

Les défis sont inévitables et continueront d’exister. « L’engagement demeure la base, souligne Raoul. Le profil des experts-conseils évolue, leur provenance aussi. Quand j’ai terminé ma formation, les étudiants de l’ITAQ étaient uniquement issus du milieu agricole. On ne s’attendait pas à ce qu’autant de jeunes de milieux urbains s’intéressent à l’agriculture. Encore une autre petite révolution!

« Je ne possède pas de statistiques, mais, selon moi, 50 % des étudiants proviennent aujourd’hui de milieux non agricoles. C’est un bon indicateur que l’agriculture est attirante et qu’elle offre de belles occasions de carrière. Ces experts ont rapidement excellé grâce à leur implication auprès des producteurs. Leur volonté d’apprendre, leur curiosité et leur utilisation efficace des ressources accessibles ont aussi joué un rôle déterminant.

« Autrefois, nous étions davantage en mode transmission du savoir. Maintenant, avec Internet et l’intelligence artificielle, la maîtrise de l’information est un défi majeur. Il faut se tenir informé pour répondre aux attentes de performance des fermes. Ne pas suivre le rythme, c’est risquer de prendre du retard. Ce défi est aussi une occasion privilégiée d’engager des discussions constructives et de favoriser la collaboration avec les producteurs. »

L’avenir du milieu agricole

« Les plus grands défis de l’agriculture d’aujourd’hui sont la performance et la rentabilité, estime le doyen des experts-conseils. Avec le prix des terres et des intrants, les prix de vente qui ne suivent pas toujours et le climat qui perturbe les saisons de culture, l’entreprise qui ne performe pas éprouvera des difficultés.

« Pour bien s’en sortir, il faut optimiser les rendements. Avec les rendements d’il y a quelques décennies et des sols non drainés, et sans tous les produits et services dont on dispose de nos jours – biostimulants, variétés améliorées, agriculture de précision – on ne ferait plus le poids. Du blé à une tonne à l’acre (2,47 t/ha), on ne pourrait plus vivre avec ça. Tout comme avec les performances laitières d’il y a 50 ans. Les milliers de kilogrammes de lait de plus changent tout. »

Des conseils aux nouveaux et nouvelles

« Il faut trouver son créneau et aimer ce qu’on fait, lance-t-il. C’est vaste, l’agriculture. On est chanceux d’être dans ce milieu. Il y a de multiples choix de carrières. Il faut foncer et s’engager à fond dans ce qu’on aime faire. Tu ne peux pas être chasseur puis te lever à 10 h et rester dans le salon chez vous à attendre qu’il fasse beau avant de partir. Il faut aller chercher tous les ingrédients pour s’aider à mieux faire son travail. Tout ça, ça te revient à un moment donné. Pour les gens qui aiment ce qu’ils font, le travail n’est pas lourd. Les gens qui réussissent en agriculture, ce ne sont pas des gens d’horloge qui comptent les heures. »

Raoul ne se lasse pas de travailler avec les jeunes. « Je les adore, dit-il. Ils sont ouverts aux discussions. J’aime échanger avec eux et apprendre. C’est ma plus grande récompense. C’est plus qu’un salaire. Je leur dis de ne pas se gêner, de consulter leurs collègues et de les appeler pour valider des informations. On fait partie d’une grande famille. J’ai toujours hâte d’aller les voir. Quand je ne suis pas auprès d’eux, ils me manquent. C’est l’fun de vivre ça. »

Changement de perspective

À sa sortie de l’école, Raoul s’était mis en tête qu’il ferait le boulot d’expert-conseil pendant 25 ans et qu’il se lancerait dans autre chose par la suite. La passion a eu le dessus. Et il l’a cultivée.

En quatrième secondaire, à l’école, il ignorait pourtant ce qu’il allait faire de sa vie. Son appartenance au milieu agricole n’avait pas nécessairement dicté son parcours. Il voyait la cinquième secondaire et le cégep approcher avec une certaine inquiétude. Il a alors rencontré l’orienteur de son école.

« Je me souviens de ses questions comme si c’était hier. “Tu es né dans une ferme, qu’est-ce que tu aimes faire?” Quand on va vendre des fraises avec mon père, de porte en porte, lui ai-je répondu. Nous étions six enfants, il fallait qu’il en reste à la ferme pour la cueillette. Je préférais de loin la vente. Puis, l’orienteur m’a demandé ce que j’aimais le moins faire. Rentrer du bois, ramasser de la roche, tout ce qui est manuel. C’est à ce moment-là qu’il m’a proposé d’aller étudier en agriculture à La Pocatière. »

Des experts-conseils de Sollio Groupe Coopératif l’ont aussi profondément marqué. « Sans eux, dit-il, je ne serais sans doute plus dans le réseau. À une époque, certaines mésententes m’avaient amené à reconsidérer mes fonctions. Je songeais à quitter mon emploi. Ce sont des experts de Sollio qui m’ont convaincu de rester et suggéré de me concentrer sur mon travail avec les producteurs, de retrouver le bonheur dans ce que je faisais. Aujourd’hui, je rends la pareille à de jeunes experts-conseils. »

De quoi son futur sera-t-il fait? « Je ne sais pas, mais chaque matin, je me lève et je commence ma journée comme lorsque j’avais 20 ans. »

Ça continue? « Oui, tant que le plaisir sera là! » lance-t-il sans hésitation!

Cet article est paru dans le Coopérateur de janvier-février 2026.

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