Portrait de Pascale Maltais, présidente du CA de Nutrinor
Nouvellement élue en 2026 présidente de Nutrinor coopérative, Pascale Maltais tient sa coop en haute estime pour l’incroyable vitalité régionale qu’elle favorise.
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Forte en mathématiques et en physique, elle aurait pu choisir l’ingénierie, mais Pascale Maltais a opté pour l’agroéconomie sans savoir si elle ferait carrière un jour rang Saint-Pierre, à Hébertville, à la ferme familiale. Après trois ans comme conseillère en agroéconomie, cette trentenaire et mère de trois garçons a décidé de revenir exploiter la Ferme Maltais avec son frère Olivier, leur père Camil et leur oncle Léon. « Désherber la folle avoine dans nos champs de céréales de semence n’est pas un fardeau, lance la blonde aux yeux bleus. J’ai toujours aimé travailler au soleil, au grand air, proche de la terre. »
Un moment clé survient en 2016 quand elle est à l’emploi du Groupe multiconseil agricole Saguenay–Lac-Saint-Jean. Dans un événement de la Chambre de commerce et d’industrie du Lac-Saint-Jean-Est, Pascale n’entend parler que de bois et d’aluminium… « Après une heure et demie, je me suis levée devant des représentants médusés de Rio Tinto ou de Domtar pour demander à quel moment on parlerait d’agriculture, qui fait aussi vivre notre région nordique », se remémore-t-elle.
Trois ans plus tard, elle fonce en devenant administratrice chez Nutrinor.
Douée et fonceuse
La Jeannoise est surdouée. Pendant cinq ans, Pascale s’est astreinte au violon. Trois ans durant, elle a participé aux activités d’un corps de cadets militaires. Et puis, en agroéconomie, elle s’est impliquée dans son association étudiante, avant de poursuivre comme administratrice, secrétaire et trésorière au Centre régional des jeunes agriculteurs, syndicat affilié à la Fédération de la relève agricole du Québec.
En s’inscrivant à des cours d’été, elle a réussi à obtenir son diplôme universitaire en trois ans plutôt que quatre, économisant une année de vie à Québec. À la fin de ses études, elle a relevé le défi d’un trimestre à l’École d’Ingénieurs de PURPAN à Toulouse, une expérience fondatrice pour elle. « À l’université, je trouvais que c’était souvent trop théorique », déplore-t-elle. En Europe, elle reçoit des enseignements sur le terrain : des fermes et des fromageries du nord de la France, des fermes porcines et caprines espagnoles et le marché public de Barcelone, en Catalogne, le Mercat de la Boqueria.
Ses cours se déroulent en anglais, car sa cohorte est composée d’étudiants internationaux. Appellations d’origine contrôlée, politiques agricoles, approche filière, développement durable, elle s’imprègne de nombreux sujets et complète son séjour par du travail non rémunéré dans des fermes laitières en Suisse et au Luxembourg. « C’est aussi de me retrouver toute seule, d’apprendre à me débrouiller, de m’ouvrir aux autres et aux différences culturelles qui a été formateur », révèle l’agroéconomiste. Son désir de contribuer à Nutrinor procède de ce même goût pour l’aventure qui la replonge dans l’ambiance de ce stage international.
Pas que régionale
Nutrinor a beau cantonner son membrariat à une seule région, ses produits – et sa réputation – débordent de son territoire, une source de fierté pour sa présidente. « Des amies de ma sœur achètent du lait Nutrinor à Verdun », illustre-t-elle. Mais la productrice laitière cite aussi le Pacte agricole durable Nutrinor, un outil aux allures de planification stratégique, exercice incontournable pour les fermes en 2026, selon Pascale. « Le plan propre à chaque ferme permet d’imaginer les cinq prochaines années de l’entreprise. On y fait des constats et on liste des actions qui influencent positivement aussi bien l’environnement, les finances de l’entreprise que la personne dans son milieu. »
La jeune présidente, qui s’adjoint un jeune directeur général, Evans Fillion, aussi entré en poste dans la dernière année, n’est pas peu fière des résultats de sa coop, gérée de manière serrée avec plan d’investissement, budgets et comités. Le chiffre d’affaires de 770 millions $ et le bénéfice net de 10,8 millions, en hausse de 26 % par rapport à l’exercice précédent, la font rêver grand pour l’entreprise qui se place parmi les 300 plus grandes du Québec selon le classement du journal Les Affaires. Propriété de plus de 995 fermes membres du Saguenay−Lac-Saint-Jean, Nutrinor compte près de 1000 employés.
Pour gérer une organisation d’une telle ampleur, Pascale alloue au moins 50 jours par année à la coopérative. « Je suis capable de moduler mon travail à la ferme, mais ce sont les urgences que je ne peux plus toujours gérer. » Ses journées commencent à 5 h à l’étable et se poursuivent à 6 h 30 avec le déjeuner des enfants. L’épicerie en ligne lui fait gagner des minutes précieuses. Il n’est pas rare que les soupers du lendemain soient imaginés et conçus la veille, un menu simplifié qui regroupe toujours les quatre groupes alimentaires! « J’ai appris le lâcher-prise sur les peccadilles », conclut la productrice, mère et présidente.
Cet article est paru dans le Coopérateur de juillet-août 2026.