L’art du détail : entretien avec Charles Grégoire-Béliveau
Charles Grégoire-Béliveau, nouveau chef de la direction de BMR, présente ses priorités pour l’organisation.
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Son parcours annonçait-il son poste actuel? Peut-être, mais Charles Grégoire-Béliveau vous dirait sans doute qu’il ne l’avait pas vu venir! Alors que BMR entre dans une nouvelle étape de son développement, on explore les priorités de son nouveau chef de la direction, tout en apprenant à le connaître davantage.
Le commerce de détail, ça le connaît – et Charles aime ça. « Quand je prends du recul et que je me demande ce qui m’a préparé à ce que je fais aujourd’hui, je réalise qu’un peu inconsciemment, j’ai travaillé toute ma vie dans le commerce de détail. »
Pourquoi? Parce que « c’est le fun! » affirme-t-il. « Il n’y a rien que je trouve plus excitant que de voir les résultats concrets et immédiats de nos actions. C’est un milieu où l’agilité est constante. Tous les jours, il y a de petites crises à gérer et des décisions à prendre. Dans le poste de chef de la direction, bien sûr, on est davantage dans la stratégie! Mais l’industrie elle-même est un commerce de détail où se réalisent des opérations au quotidien. »
Pendant ses études, il travaille en épicerie, y occupant notamment ses premiers emplois de gestionnaire. À l’université, il entame d’abord un certificat en administration, puis enchaîne avec deux autres certificats, en ressources humaines et en marketing, ce qui lui permet de développer une vision 360 du fonctionnement d’une entreprise.
Vient ensuite son entrée dans le monde de la quincaillerie. « J’ai postulé pour un emploi, sans vraiment comprendre la description de tâches, admet-il. C’est là que j’ai exploré la mise en marché et la commercialisation de produits en quincaillerie. »
En 2014, il retourne sur les bancs d’école et commence sa maîtrise en administration des affaires (MBA). Deux ans plus tard, alors que Rona passe aux mains d’investisseurs étrangers, il fait le saut vers une entreprise québécoise : BMR.
Il débute d’abord comme directeur de la commercialisation puis, en 2021, devient vice-président à la commercialisation et, enfin, chef de la direction en 2026.
Les défis et occasions à venir pour BMR
Alors qu’il semble croquer les aléas du monde des quincailleries avec plaisir, Charles a des projets pour BMR et est confiant face aux défis qui attendent l’organisation.
Inflation oblige, les clients changent.
Les produits de milieu de gamme, actuellement, suscitent moins d’intérêt. Les consommateurs cherchent soit un produit de grande qualité, soit un produit d’entrée de gamme. On a donc un virage à faire pour mieux ajuster nos gammes de produits pour offrir de la valeur, notamment par nos marques privées.
— Charles Grégoire-Béliveau
L’expérience client doit également évoluer. En cette ère d’Uber Eats et de livraisons express, BMR pourrait-elle par exemple offrir un service de livraison le jour même, à domicile ou sur le chantier? On y pense.
Aussi, peut-être l’ignoriez-vous, mais près d’une personne sur deux a une question lorsqu’elle entre en quincaillerie. Et ce sont rarement des problèmes simples! Alors que le personnel d’expérience se dirige de plus en plus vers la retraite, les jeunes employés, souvent des étudiants qui n’ont pas suivi un cours de plomberie 101, ont plus de difficulté à résoudre les pépins de tuyauterie d’une maison. « On a une occasion, avec l’IA, d’outiller les nouveaux employés et de pallier le fait qu’il est difficile de former les gens dans l’industrie de la quincaillerie, qui exige des connaissances diversifiées », croit Charles.
Enfin, la relève est également un enjeu chez certains marchands indépendants qui devront trouver preneurs pour leur commerce. Des programmes de reprise et de formation sont d’ailleurs en place pour accompagner les marchands dans cette transition importante.
De l’intégration et de l’expansion
Après quelques années mouvementées, BMR entame maintenant un nouveau chapitre davantage axé sur l’intégration et l’expansion. « On a fait une acquisition importante avec Lefebvre & Benoit il y a sept ans. Nous sommes maintenant dans la phase d’intégration de cette organisation, tout en nous assurant de garder l’identité qui lui est propre », précise Charles.
Les prochaines années seront quant à elles basées sur la croissance. « Nous investirons massivement dans nos infrastructures opérationnelles, explique Charles, nous dotant ainsi d’excellentes capacités de distribution, avec un meilleur service pour le réseau de marchands et coopératives. »
Autre projet d’envergure : la conquête du Canada. « J’espère être le premier chef de la direction de BMR à réussir à sortir du Québec de façon importante, ajoute-t-il. On le fait déjà à petite échelle depuis 10 ans, mais le souhait est de déborder à l’ouest du Québec, au-delà de l’Ontario. C’est aussi dans une optique de diversification. Souvent, les provinces n’évoluent pas au même rythme dans notre industrie, notamment pour les cycles de construction. Quand une province performe moins, les autres pourraient alors prendre le relais, ce qui soutiendrait BMR. »
La coopération – entre division et marchands
Le plus important, c'est de savoir qu'on travaille pour une coopérative. Savoir qu'on travaille pour une organisation qui a 104 ans, qui se donne les capacités d'avancer pour les 100 prochaines années, je pense que c'est ce qu'il y a de plus noble dans tout ce qu'on fait. Et il y a un volet quincaillerie. On remet une ristourne à nos marchands. C'est à nous, chez BMR, d'en faire la promotion et de faire connaître le modèle.
— Charles Grégoire-Béliveau
Enfin, au-delà des projets d’expansion pancanadienne, c’est surtout au sein même de BMR qu’une autre transformation pourrait bien prendre forme. « Mon plus grand souhait pour l’organisation est de développer la culture du plaisir de faire du commerce de détail. C’est facile, dans une grande organisation, de tomber dans les processus et opérations au quotidien. Mais j’espère que, quelle que soit l’équipe, aux finances, aux TI ou encore aux ressources humaines, les gens aiment ce qu’ils font. »
Conciliation travail et vie familialeOn le sait, le rôle de chef de la direction est demandant et exige généralement de consacrer de nombreuses heures par semaine à son emploi. Comment Charles Grégoire-Béliveau entrevoit-il la conciliation travail et vie familiale? « C’est sûr que je suis un passionné et c’est difficile. Pour moi, répondre à un courriel le samedi, ce n’est pas du travail. J’ai toujours été comme ça. Mais avoir du temps en famille, c’est essentiel. Quand je suis avec ma conjointe et mes filles, je suis 100 % présent. Et il ne faut pas accepter de manquer des moments importants. C’est non négociable. J’essaie également de faire attention à moi et de garder l’esprit en santé. Je fais de la course tous les jours, à 5 h 30 du matin. J’amène mes espadrilles partout dans mes déplacements. Demeurer en contrôle de son agenda, c’est un défi, mais c’est nécessaire. » |
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Cet article est paru dans le Coopérateur d'octobre 2026.