Mauvaises herbes : elles ne sont qu’au mauvais endroit au mauvais moment

Les mauvaises herbes, que certains qualifient plus justement de « flore spontanée », peuvent se propager vite fait, mal fait… Comment réduire leur invasion et ne pas leur laisser le champ libre?

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Article technique
Protection des cultures
Plantes
En malherbologie, rien n’est statique, tout est dynamique : adaptabilité génétique, résistance aux herbicides, expansion géographique galopante.

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Étienne Gosselin

Agronome et rédacteur

Étienne est détenteur d’une maîtrise en économie rurale et œuvre comme pigiste en communications. Il cultive commercialement le raisin de table à Stanbridge East dans les Cantons-de-l’Est.

Vergerette du Canada, grande herbe à poux, moutarde des oiseaux, abutilon, ériochloé velue et nombre de sortes d’amarantes, ces grandes coriaces. David Bilyea, assistant de recherche en malherbologie à l’Université de Guelph, aime les histoires… d’horreur. Quand il évoque la physiologie de ces plantes, leurs façons de se propager, leur adaptabilité génétique extrême et leur migration géographique parfois impressionnante de la Floride au Nunavik, cela donne froid dans le dos! « En 40 ans d’agronomie, j’ai vu bien des changements se produire », évoque cet Ontarien. Par exemple, le séneçon vulgaire, qui ne nécessite plus que six semaines pour passer de la germination à la floraison, peut produire deux ou trois générations dans une année, sans période de dormance de ses graines, qui sont tolérantes au froid canadien… et à l’herbicide linuron.

Travail minimal du sol et semis direct, monoculture et rotation binaire maïs-soya, résistance aux herbicides et même changements climatiques (inondations, grands vents, sècheresse, vagues de chaleur) : tout concourt à faciliter la vie des mauvaises herbes et à compliquer celle des agriculteurs. La lutte contre les adventices, pire que jamais? « Je préfère dire que les défis sont croissants! » déclare David Bilyea, qui ajoute que les agriculteurs du Canada n’ont pas accès au même arsenal chimique que ceux des États-Unis.

Heureusement, il existe d’autres stratégies que le tout chimique. David Bilyea suggère en premier lieu le bon vieux dépistage, notamment des terres louées depuis peu, dont on ne connaît pas l’historique en matière d’adventices. En cas de doute sur une nouvelle espèce ou sur un spécimen ayant survécu à un herbicide, il incite les producteurs à mettre à profit leurs conseillers en production végétale. L’agronome François Labrie, de Sollio Agriculture, rappelle que le Laboratoire d’expertise et de diagnostic en phytoprotection, du MAPAQ, offre depuis 2018 un test de détection moléculaire des plantes résistantes aux herbicides, lequel s’ajoute au test classique (récolte de graines matures, germination, croissance et aspersion d’herbicides pour un diagnostic de résistance).

Par ailleurs, pour faciliter l’identification des végétaux, François Labrie recommande l’application iNaturalist, qu’il a lui-même testée en prenant en photo des plantes, que l’outil reconnaît et géoréférence. Le site iriisphytoprotection.qc.ca, du CRAAQ, est tout aussi utile. Enfin, autre stratégie : acheter des semences certifiées, qui comportent des seuils maximaux de contamination par les graines de mauvaises herbes.

Comme des cas documentés l’attestent, les transactions de foin, de paille ou de sous-ingrédients alimentaires peuvent parfois mener à la propagation d’adventices. Par ailleurs, David Bilyea évoque des bandes fleuries semées dans des zones états-uniennes de conservation de la nature avec des semences contaminées par des espèces envahissantes. Encore aux États-Unis, des coques de coton données en ration à des bouvillons étaient infestées de graines d’amarante de Palmer, qui, passé les intestins bovins, avaient beau jeu d’être épandues dans les champs.

Le recours à des entreprises de travaux à forfait ou l’achat de machinerie d’occasion sont aussi à considérer dans les facteurs de risque, surtout quand les machines ne sont pas bien nettoyées. « De l’amarante rugueuse trouvée en Montérégie en 2017 provenait d’un équipement agricole américain », indique François Labrie. Les semences ou les morceaux de rhizomes sont parfois si petits que même un nettoyage minutieux n’est pas toujours 100 % efficace, prévient David Bilyea. Le vent est également un agent de dissémination important. Certaines graines sont si légères qu’elles peuvent se répandre à des kilomètres à la ronde!

Bien que les connaissances scientifiques soient fragmentaires, les premiers résultats de recherches menées à l’Université du Missouri en 2017 montrent que les oiseaux migrateurs, qui n’arrêtent pas aux frontières pour déclarer leur contenu digestif, peuvent être des disséminateurs. Les graines ingérées, qui peuvent survivre au passage dans le tractus digestif, sont déféquées et prêtes à s’implanter dans un milieu… bien fertilisé!

Lire l’article complet dans l’édition de septembre 2019 du Coopérateur.

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