Relève et médias sociaux : à la rencontre des gens et des communautés

Trois membres de la relève s’approprient les réseaux sociaux pour transformer leur métier, valoriser leur production et bâtir des communautés engagées.

Publié le
Nouvelle
Affaires
Les participants du pannel sur les médias sociaux

Auteurs de contenu

Icône du Coopérateur

La rédaction

L’équipe de rédaction du Coopérateur sélectionne du contenu pertinent à vos informations coopératives à l’échelle provinciale, nationale et internationale.

Les médias sociaux occupent une place de plus en plus centrale dans le quotidien des jeunes agriculteurs et agricultrices. C'est ce qui a été exploré à travers le panel Jeunes agriculteurs et les Médias Sociaux, organisé lors du Sommet FAC de la relève, le 17 décembre dernier, en partenariat avec la Fédération de la relève du Québec (FRAQ).

Anouk Caron, de la Ferme Rustik Bisons, Cynthia Grondin, de la Ferme Le Petit Chicot (production maraîchère et de poules pondeuses), et David Simard, de la Ferme Simard (production maraîchère et acéricole), ont partagé leurs expériences, motivations, défis et stratégies liés à l’utilisation des plateformes numériques.

Objectifs et motivations de l’utilisation des médias sociaux

Pour ces jeunes producteurs, les réseaux sociaux ne sont pas de simples outils de communication, mais de véritables leviers de transformation de leur activité. David Simard, par exemple, a découvert les médias sociaux par hasard et s’est rapidement rendu compte de leur potentiel pour transmettre le plaisir du métier et partager le quotidien agricole de façon authentique. « Je les considère aujourd’hui comme indispensables, notamment pour la vente directe aux consommateurs, qui permet un lien direct et personnalisé », dit-il.

Anouk Caron utilise les plateformes numériques pour faire connaître l’élevage de bisons, une activité peu commune et méconnue au Québec. Elle vise à rapprocher les citoyens de l’agriculture, à attirer les gens à la ferme et à expliquer comment nos aliments sont produits, en tout respect du bien-être animal. Sa démarche favorise selon elle la fidélisation de la clientèle, particulièrement dans des régions relativement éloignées comme Saint-Herménégilde, où la visibilité de son entreprise est limitée. « Je parle aussi de santé mentale en agriculture, dit-elle. Les réseaux sociaux ne servent pas qu’à vendre. »

Cynthia Grondin, dont l’entreprise est basée à Saint-Eustache, se sert aussi des réseaux sociaux pour valoriser ses produits, informer et inspirer sa communauté. « J’insiste sur le plaisir de produire tout en prônant l’authenticité dans mes publications, dit-elle. Les plateformes numériques sont essentielles pour la vente aux consommateurs, pour mettre en avant la réalité du métier et parler aussi d’autres entreprises de ma région. »

Valorisation de l'agriculture, vente et authenticité

La valorisation du métier et des produits passe par une présence authentique sur les réseaux sociaux. Les témoignages montrent que ce n’est pas seulement la qualité du produit qui attire les clients, mais aussi la personnalité et l’histoire du producteur. Cynthia affirme : « Tu ne vends pas ton produit. Une carotte, c’est une carotte. Les gens achètent parce que c’est toi. » Cette approche humaine favorise la création d’une communauté fidèle, prête à défendre le producteur face aux critiques et à s’engager dans la conversation.

Les publications qui fonctionnent le mieux sont souvent celles qui mettent en avant la vie quotidienne, les coulisses de la ferme ou des anecdotes originales. David mentionne par exemple la nouvelle peinture de son kiosque ou le vol d’un panier de fraises par drone jusqu’à une crémerie, des contenus qui suscitent l’engagement et la curiosité. « Les animaux, comme les bébés bisons, sont des facilitateurs de communication, assure Anouk, tout comme le fait de montrer les visages des producteurs, ce qui permet de créer un lien de confiance avec le public. Les gens veulent savoir de qui ils achètent. »

Interaction et gestion des commentaires

Les réseaux sociaux sont avant tout des espaces d’interaction et de conversation, s’accordent pour dire les participants du panel. Les producteurs répondent aux questions, impliquent les abonnés et n’hésitent pas à dialoguer avec leur communauté. Anouk insiste sur l’importance de répondre aux gens et d’impliquer le public. « Si on m’insulte et qu’on me manque de respect, je bloque, tout », commente Cynthia, tout en restant ouverte au dialogue. Pour David, il s’agit de bâtir son auditoire avec les personnes bienveillantes et de répondre de façon neutre aux questions sensibles, comme celles sur les pesticides ou la qualité des produits. « À la limite, on laisse les gens se caler », dit-il.

Les difficultés rencontrées sont principalement liées aux commentaires négatifs ou aux jugements sur les pratiques agricoles. Anouk partage avoir reçu à une occasion des insultes virulentes, mais note que les mauvais commentaires restent rares. Les producteurs rappellent que tout le monde ne peut pas être satisfait et que la communauté elle-même intervient souvent pour les défendre, indique Cynthia.

Stratégies de publication et choix des plateformes

Les stratégies de publication varient. Anouk privilégie une approche instinctive, sans planification excessive ni pression pour performer, publiant une à trois fois par semaine. Cynthia adopte une stratégie plus structurée, préparant ses contenus, alternant vidéos longues et courtes de son quotidien, et recyclant ses publications sur différents réseaux (Facebook, TikTok, Instagram).

David, quant à lui, a développé une stratégie bien ficelée, séparant son image personnelle de sa marque professionnelle, partageant des articles et du contenu objectif. Il distingue clairement ses opinions de la communication de sa marque, afin de préserver la crédibilité et l’engagement de sa communauté.

Le choix des plateformes dépend du public cible et des objectifs. Cynthia utilise TikTok pour un contenu plus personnel et Facebook/Instagram pour la valorisation et la vente. Anouk privilégie Facebook pour toucher une clientèle en quête d’expérience « foodie » et note que TikTok attire davantage les jeunes. Elle a suivi des formations en démarrage d’entreprise et en réseaux sociaux pour optimiser sa présence.

Conseils et apprentissages

Les producteurs s’accordent sur l’importance de rester soi-même et de savoir pourquoi on utilise les réseaux sociaux. Cynthia conseille d’observer ce que font les autres fermes et de travailler son image de marque, tandis que David encourage à publier par plaisir et pour le bien commun, tout en faisant appel à des professionnels si nécessaire. Anouk, qui n’est pas issue du milieu agricole, insiste quant à elle sur la nécessité de fermer le fossé entre les consommateurs et l’agriculture, en représentant fidèlement son image et ses valeurs.

Impact sur la communauté et l’agriculture de demain

L’usage des médias sociaux transforme la relation entre producteurs et consommateurs, favorisant la transparence, la valorisation des métiers de la terre et l’inspiration de la prochaine génération d’agriculteurs. Ces plateformes permettent de bâtir des communautés engagées, de partager des innovations et de rendre l’agriculture plus accessible et compréhensible pour le grand public.

Les médias sociaux s’imposent comme des outils incontournables pour la relève agricole québécoise. Leur usage, qu’il soit spontané ou stratégique, répond à des besoins variés : valorisation, vente, éducation, interaction et défense des intérêts du monde agricole. À travers leurs témoignages, Anouk, Cynthia et David montrent que l’authenticité, la créativité et l’ouverture sont les clés pour bâtir une agriculture connectée, durable et porteuse de sens, capable de relever les défis de demain et d’inspirer les générations futures.

Merci de votre participation!

Explorer davantage

Autres suggestions de lecture