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Jean-François Roy, libre arbitre et producteur de porc indépendant

VIVACO groupe coopératif

Photo : Jean-François Roy

 

Abandonner l’élevage porcin n’était pas une option. Ce n’est pas la nouvelle norme d’élevage de truies gestantes en parc qui a freiné Ferme Marjobert, située à Saint-Praxède. Son propriétaire persiste et signe : il a converti sa gestation, avant l’échéancier.

Non, la conversion ne s’est pas faite sans heurt. Oui, la transition demande patience et observation. Lors de la visite du Coopérateur, une truie s’étant battue semblait avoir une patte cassée. Même encore cochette, elle a dû être euthanasiée. Les bagarres sont parfois violentes pour établir la hiérarchie dans le groupe et elles peuvent s’éterniser sur des jours. « Meilleurs pour le bien-être animal, les parcs? », s’interroge l’éleveur. « La littérature scientifique n’est pas claire à ce sujet, répond l’agronome Sébastien Turcotte, responsable en bâtiments et régie d’élevage au Centre de développement du porc du Québec. Chaque système comporte des avantages et des inconvénients. La mise aux normes crée une pression sur les petites maternités familiales situées en zone de forte densité porcine. Certaines préfèrent cesser leurs activités. »

Voilà des considérations qui échappent aux acheteurs et aux consommateurs, qui n’ont pas conscience de la réalité et des impacts de l’élevage collectif, avance Jean-François. Comment soupeser les systèmes d’élevage? Comment valoriser la liberté de mouvement tout en composant avec le stress des interactions parfois agressives entre congénères? Le Code de pratiques pour le soin et la manipulation des porcs mentionne que les truies peuvent rester en cages individuelles 35 jours après la dernière saillie, ce qui permet de surveiller les retours en chaleur et de confirmer les gestations d’un diagnostic fiable. Ce même code souligne que l’exercice durant la gestation peut améliorer la performance de mise bas des truies.

Quoi qu’il en soit, Jean-François a inauguré sa nouvelle gestation l’automne dernier, sans attendre l’échéance du 1er juillet 2024 pour les naisseurs québécois (2022 dans le cas des porcs abattus par Olymel). Malgré des ajustements nombreux depuis la mise en fonction de la section gestation en parcs, il ne reviendrait pas en arrière. « L’ancienne gestation tenait avec de la broche et des pinces barrantes, justifie l’entrepreneur. Si t’arrêtes d’évoluer, tu régresses, alors je n’avais pas le choix. J’ai maintenant un bâtiment conçu pour durer. »

La première entrée des nouvelles cochettes a eu lieu le 23 novembre dernier, saillies le 25 décembre après une synchronisation hormonale. Un nouveau cheptel sous le sapin!

 

Transition technique

La lumière. C’est ce qui impressionne quand on pénètre dans l’enceinte des truies gestantes. De larges fenêtres irriguent de clarté animaux et éleveur, qui profitent de la vue sur les Appalaches. Ces ouvertures se sont payées d’elles-mêmes, prenant la place de nombreux mètres carrés de murs bétonnés de 15 cm de largeur (formes en PVC à armature métallique interne).

La nouvelle gestation comprend une section de 60 truies et une seconde section de 120. Les truies sont alimentées via des distributeurs de moulées, qui par la lecture du tag électronique, distribuent la quantité de moulée dont chacune d’entre elles a besoin. Environ 90 % des truies se présentent une seule fois pour avaler leur ration quotidienne, à commencer par les truies dominantes. Dans l’enclos à plancher latté sur 50 %, chaque animal dispose de 3 m2 (32 pieds carrés), bien plus que les 1,8 m2 du Code de pratiques.

Lors de l’entrée des cochettes et avant leur insémination, Jean-François a passé beaucoup de temps dans la gestation pour les acclimater à ce système d’alimentation avec distributeur automatisé. De plus, Jean-François a fait le choix de s’équiper de caméras de surveillance haute définition accessibles à distance. Ce qui lui permet de surveiller ce qui se passe avec les truies et aussi de s’assurer du bon fonctionnement du système d’alimentation lorsqu’il n’est pas présent à la ferme). Les femelles bénéficient de musique dans leur espace de vie. « OK, Google, joue de la musique », ordonne Jean-François, les yeux rivés au bidule électronique Google Home fixé au plafond de la gestation! Autre particularité : les avortements sont détectables au moyen de deux parcs à verrats. En se présentant le groin dans l’ouverture du panneau, les truies, figées à renifler les hormones mâles, sont identifiées et peuvent ainsi être réinséminées.

 

Transition économique

Entre la sortie des derniers porcelets (octobre 2018) et la première vente de tout-petits prévue 11 mois plus tard, Jean-François a fait un lot à contrat avec le Regroupement porcin des Deux Rives (RP2R) pour combler ses 1400 places en engraissement. Naisseur-finisseur, il engraisse la moitié des porcelets qu’il produit. Le reste est vendu au prix du marché, à un poids moyen de 25 kg. L’éleveur s’en remet à la page Porcelets en surplus sur Facebook, qui compte 2700 membres et dont la mission est de « libéraliser l'offre et la demande de porcelets, porcs et truies au Québec ».

Pour économiser, il a réalisé lui-même la démolition de l’ancienne gestation, a érigé les murs et les fermes de toit. Sa décision de réformer tout le troupeau pour miser sur une génétique AlphaGene à jour se repayera en deux ans, calcule-t-il, en comptant la productivité supplémentaire et la pression de maladies plus faible (médicaments et réforme). Financièrement, il fallait des reins solides. Le projet totalisait un demi-million de dollars, dont 100 000 provenaient d’un programme de subvention. « J’aurai des remboursements annuels de 45 000 dollars pour pas vraiment plus de revenus », analyse piteusement l’homme.

Le modèle pour une ferme naisseur-finisseur suggère 135 truies par travailleur (UTP). Avec 280 femelles à lui seul, Jean-François doit parfois veiller tard. Depuis qu’il a repris l’entreprise de ses parents Claudette et Robert en 2001, il n’a compté sur un employé que pendant l’équivalent de quatre années. Pour compiler les données, l’éleveur reçoit l’aide de sa douce, Audrey Martel, experte-conseil en production avicole pour La Coop. Le fils de Jean-François, Jeffrey, 17 ans, pense s’inscrire en agriculture l’automne prochain. Même si, à 43 ans, Jean-François est encore jeune, l’intérêt de fiston a été déterminant pour la conversion de la gestation aux nouvelles normes.

Le producteur fait preuve de leadership non seulement pour sa ferme, mais également pour son milieu. Conseiller municipal depuis 14 ans et président du Club-conseil Agro-Champs depuis 2011, Jean-François cumule aussi des fonctions d’administrateur de la Filière porcine coopérative, de vice-président d’Agri-Conseils Chaudière-Appalaches et d’administrateur sur le comité marketing et valorisation du produit au sein des Éleveurs de porcs du Québec. Il vient aussi d’être élu administrateur chez VIVACO groupe coopératif.

 

Redéfinir l’élevage

Le billet de février dans le Coopérateur du directeur Production porcine est du Canada chez Olymel, Étienne Hardy, appelle à « l’élevage collaboratif », sans privilégier de modèles définis. Fusions d’entreprises, création de coentreprises, contrat d’approvisionnement, maternités collectives des Fermes boréales, Filière porcine coopérative et porc Coop, tous les agencements sont valables pour rester concurrentiel sur les marchés internationaux, soutient l’agronome.

Et Ferme Marjobert dans tout ça? L’entreprise est plus indépendante que jamais. Elle produit du porc selon les spécifications présentes et futures d’Olymel, mais en restant libre de ses choix. Par exemple, elle poursuit la fabrication de ses aliments pour animaux, sous les conseils du technologue Gérald Paquin. « Jean-François est un travailleur acharné et un gestionnaire hors pair. Il a confiance en la production porcine, un secteur qui le passionne encore aujourd’hui. Il est proactif et il sait s’entourer afin d’aller chercher la moindre amélioration dans ses performances. C’est un exemple à suivre pour ceux qui aspirent à la pérennité de leur entreprise », conclut l’expert-conseil de La Coop.

Étienne Gosselin

QUI EST ÉTIENNE GOSSELIN
Étienne collabore au Coopérateur depuis 2007. Agronome et détenteur d’une maîtrise en économie rurale, il œuvre comme pigiste en communication et dans la presse écrite et électronique. Il habite Stanbridge East, dans les Cantons-de-l’Est, où il cultive le raisin de table commercialement.

etiennegosselin@hotmail.com

QUI EST ÉTIENNE GOSSELIN
Étienne collabore au Coopérateur depuis 2007. Agronome et détenteur d’une maîtrise en économie rurale, il œuvre comme pigiste en communication et dans la presse écrite et électronique. Il habite Stanbridge East, dans les Cantons-de-l’Est, où il cultive le raisin de table commercialement.