Le pâturage intensif : durable et payant

Il est bénéfique pour le portefeuille et pour l’environnement : voilà deux bonnes raisons d’adopter le pâturage intensif et de s’équiper pour le faire efficacement!

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Article technique
Agroenvironnement
Cheptel de bovins

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Nancy Malenfant

Collaboratrice

Nancy est détentrice d’une maîtrise en gestion et gouvernance des coopératives de l’Université de Sherbrooke ainsi que d’un diplôme d’agriculture. Elle travaille chez Viridis Environnement.

Bien gérer ses pâturages afin d’en tirer tous les bénéfices est un art. Il ne suffit pas de changer les animaux de champ de temps à autre sans autre considération agronomique. Il existe plusieurs méthodes de gestion de pâturage, mais pour des résultats optimaux, la régie de pâturage intensive a fait ses preuves.

L’approche de gestion intensive des pâturages se caractérise par une rotation rapide des animaux sur des parcelles plus petites. Elle convient particulièrement aux éleveurs vaches-veaux, mais peut s’appliquer dans n’importe quelle entreprise qui utilise les pâturages.

Les avantages de cette technique sont nombreux, affirme l’agronome Elizabeth Lepage, experte-conseil en production bovine chez Sollio Agriculture. « En pâturage intensif, on peut atteindre une augmentation significative du rendement fourrager et doubler la durée de la saison de paissance tout en améliorant la qualité des plantes que les animaux consomment. »

Cette pratique se répercute directement dans le portefeuille du producteur en générant d’importantes économies sur le coût d’alimentation. Par exemple, on parle d’un coût de production deux fois plus élevé pour une tonne de matière sèche de fourrage récoltée mécaniquement (ensilage de balles rondes) par rapport à la même quantité récoltée directement par les animaux sous pâturage intensif.

Pour bénéficier des avantages de la régie intensive, on doit laisser un couvert végétal suffisant en changeant les animaux de parcelles beaucoup plus fréquemment qu’en pâturage extensif ou en rotation. La végétation protège le sol des variations de température importantes et l’aide à conserver un bon taux d’humidité. Ceci favorisera une densité racinaire accrue et une amélioration de l’activité biologique. En bonus, les parcelles sous régie intensive séquestrent davantage de carbone et offrent un meilleur contrôle des pertes d’azote par lessivage et volatilisation.

Quelques principes

Comment savoir quand changer les animaux de parcelle? « Idéalement, on veut retirer les animaux des parcelles lorsqu’il reste 15 centimètres (6 pouces) d’herbe, explique Elizabeth Lepage. On doit ajuster la fréquence de rotation des parcelles en fonction de la vitesse de croissance des plantes. Plus elles poussent vite, plus on déplacera les animaux rapidement. L’important est de ne pas leur laisser accès à la nouvelle repousse et de laisser un temps de repos suffisant aux plantes pour maximiser la reprise. »

En réduisant la taille des parcelles, on obtient un broutage plus uniforme et une meilleure distribution de la fertilisation organique (fumier et urine) sur toute la surface. Bien gérés, les pâturages peuvent persister plus d’une décennie sans travaux de sol important ni réensemencement mécanique. On parle alors d’agriculture régénératrice.

Aide financière et technique

Elizabeth Lepage fait partie de la première cohorte de mentors formés au Québec grâce à la phase initiale du projet pancanadien de Gestion intensive des pâturages. Ce projet est financé par le Fonds d’action à la ferme pour le climat qui aide les agriculteurs à adopter des pratiques de gestion bénéfiques et durables visant à stocker le carbone et à réduire les émissions de gaz à effet de serre.

« Dans la deuxième phase du projet, les producteurs agricoles ont eu accès à de l’argent pour acheter la quincaillerie et supporter les coûts associés à l’implantation d’un système de pâturage intensif, précise Elizabeth Lepage. Une partie des fonds alloués sert aussi à payer la conception d’un plan de paissance réalisé par un agronome préalablement formé dans le cadre du programme. »

Au moment d’écrire cet article (publié en avril 2023 dans le magazine papier), la reconduite du financement gouvernemental relié à l’achat d’équipement n’avait toujours pas été annoncée. Néanmoins, l’enveloppe budgétaire pour obtenir des conseils et un suivi agronomiques demeure disponible. En plus de la conception des plans de paissance, cette enveloppe servira également à organiser des activités sur la technique de pâturage intensif, dont des formations, des démonstrations au champ et la création de clubs de pâtureurs. Pour plus d’informations sur les subventions offertes aux agriculteurs, vous pouvez consulter le site du Conseil québécois des plantes fourragères.

Bien s’équiper

L’accès à l’eau constitue un des facteurs limitant l’implantation d’une régie de pâturage efficace et pérenne. S’il y a un nombre insuffisant de points d’abreuvement, les animaux reviennent souvent au même endroit pour boire, piétinant les plantes et affectant leur reprise.

Ainsi, on doit souvent allonger et ramifier les conduites d’eau existantes pour ajouter des abreuvoirs. Leur nombre et leur capacité sont déterminés en fonction de la taille du troupeau et de la disposition des parcelles.

Pour mettre en place un système d’abreuvement avec une pression et un débit d’eau suffisants, on devra se doter d’une pompe performante et de conduites d’eau principales d’un diamètre minimal de 2,5 cm (1 pouce). Puisque le programme subventionne seulement les systèmes utilisant une source d’énergie renouvelable, il faut prévoir l’acquisition d’un panneau solaire ou d’un système éolien d’une capacité correspondant aux besoins énergétiques de la pompe choisie si l’eau ne provient pas de la municipalité.

Les valves de couplage rapide (Quick Connect) facilitent le branchement et le débranchement des tuyaux et des abreuvoirs lors des changements de parcelles. « Il faut aussi choisir des flottes de bonne qualité pour contrôler l’ouverture des valves afin que le niveau de l’eau dans les abreuvoirs demeure adéquat », soutient Elizabeth Lepage.

Pour les clôtures électriques, on privilégie l’utilisation d’une broche de calibre 12 pour atteindre et maintenir un courant suffisant. On doit prévoir assez de points de mises à la terre en fonction de l’électrificateur choisi. « C’est une erreur courante qui cause des pertes d’énergie dans le réseau de clôtures, confie l’agronome Elizabeth Lepage. On doit calculer une mise à la terre pour chaque deux joules d’énergie. »

L’experte-conseil insiste aussi sur l’importance de la qualité des isolateurs utilisés pour fixer le fil aux piquets de clôture. « Si le plastique recouvrant l’isolateur se détériore avec l’exposition aux rayons UV, le fil électrique entre en contact avec le clou de l’isolateur, ce qui crée un court-circuit. »

Vous pouvez trouver chez votre marchand BMR/Agrizone un large éventail d’équipements qui facilitent la vie du producteur en régie de pâturage intensive, tels électrificateurs, fils et broches, bacs de pâturage et bien plus. L’équipe Agrizone, en collaboration avec Sollio, se fera un plaisir de vous conseiller sur les produits adaptés à vos besoins. Consultez le guide sur les équipements de prairie, dans lequel vous trouverez tous les produits nécessaires pour votre gestion de pâturage.

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