L’anxiété en temps de pandémie
Cette situation de pandémie est anxiogène pour la plupart des gens. Et c’est normal, assure Pierrette Desrosiers, psychologue du travail. Mais pour certains, notamment les plus vulnérables, cette anxiété peut devenir excessive. Comment s’en prémunir?
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Quelle est la différence entre une anxiété normale et une anxiété excessive?
Une anxiété est normale parce qu’elle sert à passer aux actes sur quelque chose d’utile. Par exemple, une mère qui a un enfant de deux ans sera préoccupée pour sa sécurité. Elle réagira rapidement si elle le voit se diriger vers un endroit dangereux. En revanche, si son anxiété est excessive, la mère criera de façon hystérique pour que son enfant s’arrête. Sa réaction ne sera pas très constructive et ne fera que stresser l’enfant.
Comment définit-on les personnes plus vulnérables?
Les plus vulnérables sont des gens qui ont déjà un trouble de santé mental, soit une dépendance comportementale ou à une substance, une phobie ou une tendance à la dépression, etc. Une personne peut aussi être vulnérable en raison d’un problème contextuel : un couple en difficulté, un producteur qui a perdu un employé ou dont l’entreprise ne va pas bien.
Que pouvons-nous faire, face à cette crise liée à la COVID-19, pour contrôler notre anxiété lorsqu’elle est excessive?
La recette de base pour affronter toute situation déstabilisante est d’avoir une bonne hygiène de vie : bien dormir; s’alimenter de façon équilibrée; être actif physiquement; adopter des méthodes de détente : respirations profondes ou méditation; entretenir ses relations sociales et, en temps de crise, ce sera à l’aide des outils technologiques, tels que Skype, Facetime, Messenger.
Vous, les psychologues, utilisez un outil, appelé CINÉ, pour mesurer le stress d’une personne. Comment fonctionne cet outil?
CINÉ est un sigle qui représente quatre éléments producteurs de stress : Contrôle, Imprévisibilité, Nouveauté, menace de l’Égo. Dans le cas de la COVID-19, au moins trois des quatre éléments sont touchés. En effet, nous n’avons pas de contrôle sur l’arrivée de ce virus, c’est une situation nouvelle et imprévisible. Toutefois, nous avons le contrôle sur les stratégies que nous appliquons chez nous pour nous protéger. C’est ainsi que nous canalisons notre anxiété en agissant là où nous avons du contrôle. Agir, c’est rassurant et ça calme l’anxiété.
Donnez-nous des exemples d’actions que nous pouvons prendre à la ferme pour calmer notre anxiété?
Nous pouvons nous assurer de faire respecter les protocoles grâce à quelques petits gestes : installer des affiches, dans les lieux appropriés, sur lesquelles apparaissent toutes les précautions à prendre pour éviter la contamination : distance de deux mètres entre le gens, lavage des mains, nettoyage des surfaces de travail, visiteurs extérieurs essentiels seulement, etc.
Une autre action efficace pour diminuer l’anxiété est d’organiser une rencontre quotidienne avec les employés et les membres de la famille qui travaillent dans la ferme. Durant cette rencontre, nous vérifions si tout le monde se sent en sécurité. Sinon, nous leur demandons quels sont les moyens à mettre en place pour renforcer leur sentiment de sécurité. Nous ne voulons surtout pas perdre de travailleurs durant cette période critique.
Quels sont les conseils à donner aux individus qui, silencieusement, souffrent des effets de cette crise?
D’abord, si cet événement nous affecte trop, nous pouvons contrôler le temps que nous attribuons à lire ou à écouter les nouvelles. Il est même parfois préférable de ne pas les écouter du tout, et de demander à quelqu’un de nous transmettre seulement l’information qui est essentielle de connaître.
La gratitude est un des meilleurs médicaments pour contrer l’anxiété et la dépression. Sachons être reconnaissants envers ce que nous avons. Plusieurs producteurs m’ont écrit récemment pour me dire qu’ils sont heureux de vivre en campagne, en cette période de confinement, plutôt que dans un appartement en ville. D’autres constatent avec joie que le rôle des producteurs est davantage reconnu depuis le début de cette pandémie. La population prend conscience que les besoins essentiels, comme celui de manger tous les jours, pourraient ne pas être comblés.
Pour les familles qui, avec la présence quotidienne des enfants à la maison, vivent le chaos, il est bon d’établir une routine : heure fixe pour le coucher, le lever, les repas en famille, les marches en famille, etc. Il est bien aussi d’attribuer des tâches à chacun en précisant le moment idéal pour les exécuter. Que ce soit pour les jeunes enfants ou les ados, la routine est très efficace pour rassurer les plus anxieux.
Enfin, pour nous aider à mieux agir ou réagir, demandons-nous, en nous levant le matin, quel genre de leader nous voulons être pour nos employés, nos collègues, nos enfants. En nous posant cette question, nous n’aurons pas envie de sortir de la maison en chialant. C’est le moment d’être fort, courageux et porteur d’espoir.
Modèle CINÉ
C Pas de Contrôle sur une situation
I Imprévisibilité
N Nouveauté
É Menace l’Égo
Propos recueillis par Guylaine Gagnon