Néomercantilisme : comprendre l’erreur derrière la stratégie américaine

Pascal Thériault présente dans sa chronique Champ libre l’erreur des tarifs douaniers américains et la hausse des coûts attendue au Canada.

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Chronique Champ libre
International
Cargo de marchandise passant sous un pont

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Pascal Thériault

Agronome et directeur du programme de gestion et technologies d’entreprise agricole au Campus MacDonald de l’Université McGill

Pascal signe la chronique Champ libre dans le Coopérateur.

Au début de la mésentente commerciale avec les États-Unis, j’avais évoqué les effets pervers des tarifs. Je demeure convaincu qu’ils sont une mauvaise idée, même si je ne prétends pas être plus brillant que les conseillers du 47e président américain. On peut toutefois se demander ce qui les motive.

Les principes de base du président Trump et de son principal conseiller économique, Peter Navarro, sont que les importations massives nuisent aux industries américaines, que la protection des producteurs nationaux renforce l’économie et que la réduction du déficit commercial est positive pour la souveraineté économique.

C’est là qu’entrent en jeu les grandes théories économiques :

  1. Le mercantilisme considère que la richesse d’une nation est liée à son excédent commercial… et les États-Unis importent plus qu’ils n’exportent;
  2. Le protectionnisme considère que les tarifs peuvent protéger les industries locales contre la concurrence déloyale et préserver les emplois en plus de renforcer la sécurité économique.

Sur la base de ces deux courants économiques, imposer des tarifs a du sens. En fait, c’est le gros bon sens! Le seul problème est que ces courants étaient dominants surtout entre le 16e et le 18e siècle… soit il y a très longtemps!

Si on veut se rapprocher un peu du présent, il faut regarder du côté du néomercantilisme, un courant où l’État encourage les exportations tout en réduisant les importations et en protégeant les industries locales. C’est de toute évidence plus près de ce que les États-Unis tentent de faire, mais c’est aussi ce qui a précipité la crise de 1929.

En 2026, plusieurs pays protègent des secteurs stratégiques. Notre gestion de l’offre en est un exemple, mais elle reste ciblée et viable socialement. Aux États-Unis, les tarifs touchent un vaste éventail de produits, ce qui est difficilement justifiable. Selon une étude de la Réserve fédérale de New York, le taux moyen des tarifs est passé de 2,6 % à 13 % en un an. Malgré les promesses présidentielles, ce sont les entreprises et les consommateurs américains qui absorbent environ 90 % du coût des tarifs, soit près de 200 milliards de dollars , ce qui fait augmenter les prix et l’inflation et diminuer le pouvoir d’achat.

Et les producteurs agricoles là-dedans? Ils en paient la note eux aussi. D’ailleurs, le gouvernement américain a mis en place 12 milliards de dollars d’aide aux producteurs pour compenser les tarifs, la hausse des coûts de production et les pertes de marchés liés à l’exportation.

Et savez-vous ce qui va se produire? Une hausse des coûts de production, c’est une hausse du coût des aliments, non seulement pour les consommateurs américains, mais pour nous aussi dont les marchés sont liés aux marchés américains pour les intrants agricoles et les aliments.

Alors que la recherche de nouveaux partenaires commerciaux se poursuit partout sur la planète, ce n’est pas demain que nous retrouverons une stabilité des prix sur les marchés.

Les propos exprimés dans cette chronique n’engagent que son auteur.
Cette chronique est parue dans le Coopérateur d'avril 2026.

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