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Les Élevages Réveaulution : Une révolution dans l’élevage

Photo : Mathieu Bisson, un des six propriétaires des Élevages Réveaulution. « Notre but est d’élever des animaux qui maximisent la production de lait. »

Le rang de la Petite-Montagne, à Saint-Anges, en Beauce, est le théâtre d’une petite révolution dans l’élevage. Depuis un peu plus d’un an, Les Élevages Réveaulution, propriété de six producteurs laitiers actionnaires, y ont mis sur pied une pouponnière à génisses laitières.

Ensemble, ces producteurs laitiers de la relève, âgés de 30 à 43 ans, possèdent plusieurs centaines de kg de quota. Il s’agit de Sylvain et Jocelyn Giguère (160 kg), Jean-François Giguère (100 kg), Patrick Allen (100 kg), Christian Bilodeau (80 kg) et Mathieu Bisson (130 kg), leur porte-parole pour ce reportage. Médias sociaux, analyses technicoéconomiques, gestion des élevages et des bâtiments : les forces de chacun sont exploitées au mieux. Tous connaissent leur rôle et le jouent avec brio. C’est la clé du succès de cette jeune entreprise, qui a vu le jour il y a à peine plus d’un an.

En plus de leurs propres animaux, Les Élevages Réveaulution élèvent des génisses et des taures à forfait pour une vingtaine de producteurs laitiers de la région. Au total, 580 sujets laitiers de multiples races logent dans sa pouponnière.

L’étincelle

Janvier 2017. Le contexte politicoéconomique force la réflexion. Les allocations de quota sont en hausse. La production de lait suit la tendance. Les prix amorcent une dégringolade. Pour couronner le tout, les relations canado-américaines s’enveniment.

Sylvain et Jocelyn Giguère se questionnent alors sur comment mieux faire dans leur entreprise. Comment mieux produire. Comment augmenter leur marge bénéficiaire. L’idée germe dans leur esprit de se donner toutes les chances d’exploiter le plein potentiel de leurs génisses, en les élevant, à l’extérieur de leur ferme, dans un environnement minutieusement contrôlé. Car on sait pertinemment qu’un bon départ est bien souvent garant de productivité et de longévité. 

Le concept séduit. Dix-huit producteurs se rassemblent pour en discuter. Les six acteurs mentionnés plus haut lui donneront vie. « On est devenus des spécialistes de la production de lait dans chacune de nos entreprises », lance Mathieu Bisson, diplômé en agronomie de l’Université Laval.

Octobre 2019. Le bâtiment d’élevage, composé de deux sections distinctes, est construit. Les premières génisses y font leur entrée, âgées de 4 à 11 jours. La première section comprend des chambres, où elles sont logées d’abord individuellement pendant 10 jours, puis en groupe de 10 jusqu’à 75 jours d’âge. La deuxième section les accueille ensuite en stabulation libre, jusqu’à leur retour dans leurs entreprises respectives.

Le modèle d’affaires

Mais n’entre pas qui veut dans ce bâtiment. Un protocole rigoureux doit être suivi à la lettre par les producteurs qui y font garder la relève de leur troupeau. Vaccination des vaches (Bovi-Shield et Bovilis Guardian), double désinfection du nombril, administration du colostrum, vaccination intranasale des veaux contre les maladies respiratoires, prise de sang, prise de température au départ de la ferme. 

Une fois admises, les génisses se retrouvent entre les mains expertes de Gabrielle Corriveau, Stéphanie Parent et Carol-Ann Bélanger, toutes trois employées de l’entreprise, qui mettent à exécution un cahier des charges à la fois strict et exhaustif en ce qui a trait à l’alimentation et à la gestion de tous les paramètres du bâtiment. Deux experts-conseils de la coopérative Avantis, Jonathan Lehoux et Jean-Nicolas Guérard, appuient propriétaires et employées pour la bonne marche des élevages. « Les actionnaires des Élevages Réveaulution sont des jeunes passionnés en constant désir de voir leur entreprise et ses performances progresser », commente Jonathan Lehoux, expert-conseil en ruminants et productions végétales.

Comme dans l’industrie du voyage et de l’hébergement, Les Élevages Réveaulution offrent des forfaits tout inclus : 0-3 mois, 0-6 mois, 0 mois-gestation, 0-60 jours avant le vêlage. Transport, alimentation, saillie (effectuée par le CIAQ – la semence est aux frais du producteur), implant d’embryons, diagnostic des salmonelloses par prise de sang (tous les quatre mois). « Si on perd un animal, on le remplace ou on rembourse les frais d’élevage, au choix de l’éleveur », précise Mathieu.

Mais ce tout inclus a un prix. « Le nerf de la guerre, c’est le coût de l’alimentation, et particulièrement du foin, indique Mathieu. Dans le coût de production d’une génisse, le foin compte pour 35 % et la moulée pour 13 %. C’est près de 50 %. Si tu contrôles ton coût d’alimentation, tu contrôles ton coût de génisses. »

Le modèle d’affaires des six entrepreneurs fait des adeptes, mais essuie aussi son lot de critiques. On dit qu’il est cher, qu’il favorise la propagation des maladies, qu’il nuit aux performances des génisses. Après plus d’un an d’existence de l’entreprise, l’argument du prix élevé ne tient pas la route. Les Élevages Réveaulution se comparent très avantageusement aux éleveurs figurant dans la tranche des 10 % supérieurs. Les maladies y sont à peu près inexistantes, et les performances dépassent les exigences de la clientèle.

« L’âge des taures au vêlage est une donnée importante, mais c’est leur taille et leur poids qui comptent avant tout, souligne Mathieu. On n’insémine pas sous la barre des 52 po et des 380 kg. Notre clientèle s’attend à un vêlage entre 22,5 et 23 mois. »

Tous membres de la relève directe ou non apparentée d’une ferme familiale, les six jeunes éleveurs copropriétaires se rencontrent toutes les deux semaines. Les discussions sont animées. Résultats, projets, objectifs à atteindre. « Tout y passe, dit Mathieu. On peut toujours s’améliorer. » Comme tout acteur qui pratique son art et peaufine ses rôles!

Patrick Dupuis

QUI EST PATRICK DUPUIS
Patrick est rédacteur en chef adjoint au magazine Coopérateur. Agronome diplômé de l’Université McGill, il possède également une formation en publicité et en développement durable. Il travaille au Coopérateur depuis plus de vingt ans.

patrick.dupuis@lacoop.coop

patrick.dupuis@lacoop.coop

QUI EST PATRICK DUPUIS
Patrick est rédacteur en chef adjoint au magazine Coopérateur. Agronome diplômé de l’Université McGill, il possède également une formation en publicité et en développement durable. Il travaille au Coopérateur depuis plus de vingt ans.

patrick.dupuis@lacoop.coop