Une maison de répit qui ne connaît aucun répit

par Francine Saint-Laurent

Maria Labrecque-Duchesneau était loin de s’imaginer qu’Au cœur des familles agricoles (ACFA) – une maison de bien-être qu’elle a mise sur pied pour traiter aux petits oignons les producteurs agricoles en détresse – allait piquer la curiosité de plusieurs chercheurs étrangers. Pour l’équipe de ce havre de paix unique composé de quatre chambres à coucher, ça fait un petit velours!

« Ils viennent ici pour voir comment ça marche », dit d’entrée de jeu la sympathique fondatrice de cette maison de bien-être, située à Saint-Hyacinthe. « Je trouve ça très motivant de voir la grande ouverture d’esprit dont font preuve ces chercheurs étrangers à l’égard de leurs propres agriculteurs qui ont le moral à zéro. Je leur explique en quoi consiste notre mission. Ils repartent contents. Après tout, il faut s’entraider partout sur la planète. »

C’est avec beaucoup de chaleur que Maria Labrecque-Duchesneau (maintenant retraitée) reçoit ses visiteurs. « Ce sont des rencontres conviviales. On discute autour d’un bon verre de vin ou d’un bon café chaud, et je réponds à toutes leurs questions. » L’instigatrice d’ACFA trouve ça très plaisant de voir des gens qui ont d’autres chats à fouetter se déplacer pour voir de près l’installation.

En effet, Maria Labrecque-Duchesneau a de quoi être fière. Depuis sa création d’ACFA, en 2003, la réputation de cette maison de répit n’est plus à faire, même à l’étranger.


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L’Europe tout comme l’Asie s’intéresse au modèle québécois

En mai 2010, l’équipe suisse et française du projet Conséquences sociopsychologiques des politiques agricoles, venue à Montréal pour participer à un séminaire de recherche, désirait profiter de son voyage pour rencontrer Maria, afin de connaître les services offerts par Au cœur des familles agricoles. Cette équipe était composée de quatre personnes : le Dr Jean-Jacques Laplante, médecin du travail agricole et directeur de la santé à la Mutualité Sociale Agricole de Franche-Comté (France); Valérie Miéville-Ott, ethnologue et chef de projet à la centrale de vulgarisation agricole Agridea (Suisse); un doctorant suisse; et une doctorante française.

En octobre 2014, c’était au tour d’Yvan Droz de venir rencontrer la petite équipe d’ACFA, à Saint-Hyacinthe. Venu au Canada pour participer à un colloque à l’Université d’Ottawa, il désirait visiter la maison de répit avant de retourner en Europe. Yvan Droz enseigne à l’Institut de hautes études internationales et du développement, à Genève, et est auteur de plusieurs ouvrages sur les agriculteurs suisses.

Cependant, il n’y a pas que les Européens qui s’intéressent au modèle québécois. En 2015, une délégation japonaise et des Haïtiens sont venus rencontrer l’équipe d’ACFA pour en connaître le fonctionnement.


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Le mal-être des agriculteurs ne connaît pas de frontières

La Québécoise Ginette Lafleur, doctorante en psychologie communautaire et membre du Centre de recherche et d’intervention sur le suicide et l’euthanasie, s’est par ailleurs intéressée à cette réalité très préoccupante qu’on retrouve ici comme en Europe. Elle a effectué une étude auprès de producteurs de lait de la Suisse romande, de la Franche-Comté (France) et du Québec.

Les données obtenues auprès de 600 répondants de chacun de ces endroits étaient loin d’être encourageantes.

Selon l’étude, qui remonte à environ six ans, 46 % des producteurs québécois, 42 % des producteurs français et 47 % des producteurs suisses se situaient à un niveau élevé sur l’échelle de détresse psychologique, comparativement à environ 18 % des hommes dans la population générale québécoise. Rien de moins!

Le bonheur n’est pas toujours dans le pré

« N’oublions pas que garder une agriculture en bonne santé, c’est garder l’agriculteur en bonne santé. »

- Maria Labrecque-Duchesneau.

« Ce mal du siècle chez nos agriculteurs s’explique en partie par le stress. Nos producteurs doivent être de plus en plus performants – sans oublier les normes environnementales de plus en plus élevées. Ils sont aussi à la merci des caprices de Dame Nature et de la volatilité des prix. Tout ça pour arriver à vivre de l’agriculture! » ajoute Mme Labrecque-Duchesneau.

Comment remédier à cet état de choses à court terme? Maria croit beaucoup à l’engagement des « travailleurs de rang », qui se déplacent pour rencontrer les producteurs en personne, prendre le pouls de leur situation et les écouter. « Il est aussi important que ceux-ci soient au courant de l’existence de la maison Au cœur des familles agricoles, un outil qui leur est accessible 24 heures sur 24. »

En effet, la maison de répit accueille les producteurs en détresse pendant quelques jours, le temps qu’ils puissent reprendre leur souffle.

Pour de plus amples renseignements

ACFA :  450 768-6995; www.acfareseaux.qc.ca

QUI EST FRANCINE SAINT-LAURENT
Francine est collaboratrice au magazine Coopérateur.

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