Ferme Jalie : Un homme de cœur, une ferme sans tracteur

par Étienne Gosselin

Quelle est la part de folie chez celui qui décide de se lancer en production laitière? Toute petite seulement, selon Jacques Bérard, qui a relevé le défi de démarrer dans le lait… et dans la sueur. Une décision titanesque, qui marque l’amour incommensurable de l’homme pour ses animaux.

Quand Jacques Bérard parle de son établissement, les émotions sont à fleur de peau. La ferme, c’était son rêve, littéralement. Alors, quand son projet d’établissement sur l’exploitation de son grand-père et de son oncle a mal tourné, en 2008, le rêve qu’il échafaudait s’est écroulé.

Pendant deux ans, Jacques a repris du poil de la bête à la Ferme Kildare, de Jean-François Simard, à qui il achètera des vaches et des fourrages à crédit et de qui il obtiendra un soutien moral bénéfique. Puis, après avoir produit pendant quatre ans et demi sur un site, il a déménagé son troupeau, réussissant l’impossible : faire avaliser par la Commission de protection du territoire agricole du Québec (CPTAQ) la séparation d’une étable des terres sur laquelle elle se trouvait, terres convoitées par un producteur avicole qui ne comptait pas traire ses poules!

Son plan d’affaires, Jacques l’a peaufiné, 20 heures par semaine pendant six mois, avec l’aide de Pierre Lanoix, professeur au cégep régional de Lanaudière à Joliette. Malgré le rêve possible sur papier, Jacques n’a jamais perdu de vue la réalité des marges serrées, des jours qui s’étirent, d’une ferme de seulement deux hectares, sans tracteur et sans actifs pour inspirer confiance aux prêteurs, peu nombreux à se bousculer aux portes de l’étable pour offrir le demi-million de dollars nécessaire… avant que La Financière agricole ne garantisse les prêts. « Les institutions financières ont toutes eu une lecture différente de mon projet d’établissement », raconte l’homme, dont l’amertume est chose du passé.

Même s’il vogue constamment entre l’étable et son portable, pour assurer ses fonctions d’expert-conseil du réseau La Coop entre deux traites, Jacques a réussi à rénover sa maison, s’amuse avec ses enfants, prend du temps chaque semaine pour jouer au hockey-balle, seul ou avec Julie. Sa Julie, qui comprend et accepte son mode de vie. D’ailleurs, leur complicité est palpable, jusque dans le préfixe JALIE.

Jacques est conscient qu’il abuse de son corps avec ses deux vies professionnelles parallèles, mais il espère se donner les moyens d’amoindrir les efforts physiques par un robot de traite. « Tous les projets sont conçus pour gagner du temps », dit-il. Déjà, il n’utilise plus sa marge de crédit, n’achète plus de vaches, participe au contrôle laitier officiel, fait des analyses génomiques. Dans trois ans ou avant, il lui faudra agrandir l’étable ou vendre des sujets.

Démarrer complètement seul? Non, Jacques est redevable envers des personnes, notamment son père, Louis, qui lui permet de faucher du foin sur ses terres en échange du fumier de la Ferme Jalie. Si l’économie en achat de foin représente 15 000 $ par an, l’opération offre aussi à Jacques l’occasion de faire des fourrages à son goût, fauchés au stade idéal.

Pourquoi tous ces efforts? Pour vivre (un jour) de son entreprise et ne pas travailler devant un écran quand il fait beau. « Et pour constituer une entreprise rentable, revendable… ou transférable à un de mes enfants », évoque l’homme, des trémolos dans la voix.

Portrait de Étienne Gosselin

QUI EST ÉTIENNE GOSSELIN
Étienne collabore au Coopérateur depuis 2007. Agronome et détenteur d’une maîtrise en économie rurale, il œuvre comme pigiste dans la presse écrite et électronique. Il habite Stanbridge East, dans les Cantons-de-l’Est.

1 Commentaires

  1. Bravo à Jacques! J'aimerais préciser que Jacques à un DEC en GEEA option animal et non un DEC en Productions animales.