Ferme Saguenayenne : établir la relève

par Étienne Gosselin

Normand Lapointe et Valérie Gobeil ont la cinquantaine à peine, une ferme et un fils qu’ils veulent établir. Comment tirer des revenus supplémentaires de la Ferme Saguenayenne pour faire vivre deux familles?

Cette exploitation du rang Saint-Damien, à Jonquière, est à la croisée des chemins. Quelle voie pour l’avenir?

Stage d’été à la réputée Ferme des Marcil (Normandin) pour en apprendre plus sur les robots de traite, inscription en 2e année au campus de Saint-Hyacinthe de l’Institut de technologie agroalimentaire, et une baby face qui rappelle celle de son père : le champ des possibles est vaste pour le charmant Maxime Lapointe.

Pourtant, rien n’est sûr pour la Ferme Saguenayenne, à Jonquière. La petitesse de son quota (43 kg/j) ne permet pas de dégager des revenus suffisants pour rémunérer un fiston qui cognera à la porte dans deux ans et un père encore trop jeune pour lui laisser entièrement le champ libre. Qui plus est, les terres à vendre sont inexistantes pour l’instant, la disponibilité du quota est anémique, et les inquiétudes sur la gestion de l’offre plus présentes que jamais.

Sombre avenir? Parlons franchement : il faudra augmenter les revenus de la ferme d’au moins 10 % pour consentir un salaire à Maxime. Heureusement, Normand Lapointe, qui qualifie son style de gestion de « conservateur et créatif », aime les défis, selon Maxime. « Mon père est sans aucun doute mon meilleur allié. Il m’appuie à 100 % dans mes projets. »

Normand et Valérie fondent beaucoup d’espoir en leur relève, qui aborde cette année les projets spéciaux et les études de cas à l’ITA. La ferme se prépare donc à un grand « virage gestion » pour diminuer le degré d’incertitude quant à l’avenir. Tout est sur la table. Même la vente du quota laitier? C’est une option peu probable, Normand Lapointe préférant le contraire : acheter plus de quota pour générer plus de revenus. N’empêche, vendre le contingent permettrait un excellent démarrage dans d’autres productions, comme le maraîchage, dont la ferme a tâté pendant une dizaine d’années avec la production de maïs sucré. Framboise? Gourgane? Rénovation de l’étable et ajout d’un robot de traite? « On est rendus à mettre par écrit des scénarios », expose Normand.

Production ou conformation?

Passionné de génétique, Normand Lapointe fut longtemps juge d’exposition pour Ayrshire Québec. Il a mené certaines de ses propres vaches jusqu’à des titres de grandes championnes à l’Expo-printemps et à Expo Québec. Mais aujourd’hui, il tend à s’éloigner des expositions. Il n’enverra plus qu’une ou deux bêtes à deux expos majeures chaque année, sans plus. « Le show, c’est bien beau, mais le lait, c’est plus payant », évalue l’éleveur, pour qui l’argument de la production prend aujourd’hui l’ascendant sur celui de la conformation dans la vente et l’achat de génétique.

Excellent gestionnaire de troupeau, Normand délaisse donc les concours et la quête de la vache parfaite pour un objectif plus réaliste (et rentable?) : l’élevage de vaches capables de faire du lait à moindre coût. Au milieu des années 1970, une Ayrshire de son troupeau avait été la première au Canada à franchir la barre psychologique des 10 000 kg produits par année. En 2015, une autre de ses vaches, Saguenayenne Blackaddar Sherlock Modaly (TB-85, MCR combinée de 1477), battra le record canadien de production pour une vache de troisième lactation et plus (vêlages à 22, 34 et 46 mois) avec 16 192 kg de lait produit ajusté à 305 jours.

La Ferme Saguenayenne résulte de la vision du père de Normand, Louis-Marie, aujourd’hui âgé de 79 ans, qui a démarré en 1962 avec 11 vaches : 1 Ayrshire et 10 Holstein. Aujourd’hui, le cheptel est inverse, avec 36 Ayrshire et 10 Holstein.

Malgré les grands questionnements et les grandes décisions à venir, l’éleveur reste-t-il serein? « Quand je ferme mes yeux le soir, je vois notre qualité de vie en premier lieu. Je vois ensuite mon fils qui s’apprête à prendre la relève, ma conjointe heureuse avec sa vie professionnelle et avec la vie à la campagne, et mon père qui s’amuse encore à la ferme », dévoile Normand.

Bref, une famille forte et unie... comme dirait un certain slogan syndical!

Vous pouvez lire le reportage complet dans l'édition d'octobre du Coopérateur ou encore, lire la version virtuelle (en page 20) ici

Portrait de Étienne Gosselin

QUI EST ÉTIENNE GOSSELIN
Étienne collabore au Coopérateur depuis 2007. Agronome et détenteur d’une maîtrise en économie rurale, il œuvre comme pigiste dans la presse écrite et électronique. Il habite Stanbridge East, dans les Cantons-de-l’Est.

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