L'économie 2.0

par Colette Lebel

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Depuis la crise de 2008, on attend le retour d’une économie vigoureuse. Viendra? Viendra pas? On commence à douter. Il faudra « apprendre à aimer la stagnation », lisait-on dans un article de Foreign Affairs le printemps dernier.

Même son de cloche chez Thomas Piketty, auteur du best-seller Le capital au XXIe siècle, qui nous prévenait, de son côté, que la croissance pourrait rester lente… jusqu’à la fin de ce siècle. À la Réserve fédérale américaine aussi, on s’est résigné. Il est fini, le temps des boums économiques.

Cela semble évident, désormais : notre économie est en profonde mutation. Et le problème pourrait être structurel. C’est en tout cas l’avis de Bernard Perret, de l’Institut national de la statistique et des études économiques de France, qui évoque l’épuisement du « cœur du réacteur » de l’économie capitaliste. Ce qui alimente cette économie-là, explique-t-il, c’est la transformation des besoins en marchandises; or, ce mécanisme s’assèche progressivement.

Perret note que les biens qui répondent aux véritables besoins des gens sont de moins en moins des articles produits par l’homme et vendus sur les marchés, mais de plus en plus des biens fournis gratuitement. Souvent, ce sont des biens naturels : de l’eau potable, un coin de verdure, de l’air pur. Des biens qui se raréfient. Et qui, soit dit en passant, devront tôt ou tard être gérés collectivement. Perret se demande même – attention, agriculteurs, vous serez choqués! – si le sol pourra rester un bien privé. Déjà, remarque-t-il, le droit de propriété est soumis à des règles et à des limitations de plus en plus sévères. Et la raréfaction des biens naturels conduira inévitablement à de nouvelles restrictions.

Bon. On pourrait argumenter sur les différents scénarios possibles, mais il demeure que les temps changent et qu’il faut adapter nos outils. La prise en compte des services rendus par la nature, notamment, ne peut plus être évacuée de l’équation. Dans une étude menée en 2014, l’économiste Robert Costanza évaluait ces services écologiques à quelque 125 000 milliards $ par année, soit deux fois la somme de tous les PIB nationaux. Même si Costanza s’était trompé, disons, de plusieurs milliards de dollars, il reste que la science économique traditionnelle accuse d’évidentes faiblesses au regard du calcul de la richesse des nations – si l’on convient que la nature en soi constitue une richesse.

Par ailleurs, outre les biens fournis gratuitement par la nature, de nouveaux types de biens façonnent aussi la nouvelle économie. Prenons par exemple l’information, que la révolution technologique a rapidement promue au rang de richesse. À l’évidence, l’information n’est pas un bien comme les autres : lorsque vous partagez une information, vous ne la perdez pas, contrairement à ce qui a cours normalement sur les marchés, où, lorsque vous cédez un bien, vous le perdez. Voilà pourquoi on parle de plus en plus d’économie de partage, d’économie collaborative. En somme, c’est l’accès au bien qui importe, et non sa possession exclusive.

Il est intéressant de noter que bien des économistes s’éloignent maintenant de la théorie classique et explorent d’autres pistes. La vision libérale de l’économie, promulguée par l’École de Chicago (par référence ici au Département d’économie de l’Université de Chicago), perd peu à peu ses adeptes.

Une nouvelle économie est en train de se dessiner, prenant assise sur d’autres paradigmes, qui mettent à l’avant-scène l’importance de l’écologie ainsi que la puissance et la pertinence des modes d’échanges coopératifs.

C’est ainsi qu’on redécouvre l’intérêt du distributisme, un système politique imaginé au début du XXe siècle, qu’Olivier Schmouker évoquait récemment dans le journal Les Affaires. Cette approche, précise-t-il, permettrait de répondre pleinement aux besoins des êtres humains, en évitant les écueils des deux extrêmes que sont le capitalisme et le communisme. Et devinez quoi? L’un des fondements du distributisme, c’est précisément le développement du mouvement coopératif.

J’en suis plus convaincue que jamais : l’ère de la coopération est devant nous. Partenaires du réseau La Coop, soyons-en fiers. Nous sommes au bon endroit!

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Portrait de Colette Lebel

QUI EST COLETTE LEBEL
Colette est agronome et directrice des Affaires coopératives à La Coop fédérée. À ce titre, elle est responsable de la formation coopérative et de l'animation de la vie associative au sein du réseau. Colette siège au conseil d’administration du Réseau en éthique organisationnelle du Québec, à l’Institut de recherche et d’éducation pour les coopératives et mutuelles de l’Université de Sherbrooke (IRECUS) ainsi qu’au Centre interdisciplinaire de recherche et d’information sur les entreprises collectives (CIRIEC-Canada).

colette.lebel@lacoop.coop

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