Et si on se faisait confiance?

par Colette Lebel

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Un des plus beaux apprentissages que j’ai pu faire, depuis mes débuts en éducation coopérative, est lié à la confiance. Au fil des ans, j’ai pu constater la force et l’intelligence des groupes. Dans mon rôle d’animatrice de formations, par exemple, j’ai appris à diminuer mon temps de parole pour laisser de plus en plus de place aux participants. Cela demande, bien sûr, un certain lâcher-prise, qui génère parfois un peu d’anxiété.

Car on aime bien avoir et garder la maîtrise des choses. C’est tellement sécurisant. On se sent en pleine possession de la situation. Mais cette soif de contrôle prive tout le groupe d’une belle occasion d’enrichir son expérience. À cet égard, les notions de pédagogie coopérative m’ont été très utiles. En effet, la théorie nous enseigne qu’on peut et qu’on doit faire confiance au groupe, en lui attribuant les compétences dont on désire qu’il fasse preuve.

C’est ce qui m’est revenu en tête, le mois dernier, lorsque j’ai délégué à un groupe de collègues la présentation d’une conférence-midi sur l’éthique. Cette conférence devait servir à communiquer aux employés et dirigeants les travaux que nous avions faits, depuis un an, au sein d’une communauté d’apprentissage que j’avais moi-même mise en place. Je m’en sentais donc responsable, mais je leur avais laissé l’initiative de la conférence. J’avoue que je suis passée par quelques moments d’angoisse. Seraient-ils en mesure de bien vulgariser un sujet aussi complexe que l’éthique? Et comment allaient-ils présenter tout le travail que nous avions accompli pendant un an? Il s’agissait de notre reddition de compte, en quelque sorte… Je me répétais comme un mantra : « Fais confiance au groupe. »

La conférence a été un succès. Les exposés des collègues ont été clairs, riches et complémentaires les uns aux autres. Jamais je n’aurais pu atteindre un tel degré d’efficacité toute seule derrière un micro. Encore une fois, le groupe s’était avéré bien supérieur à la somme de ses parties.

La théorie nous enseigne qu’on peut et qu’on doit faire confiance au groupe, en lui attribuant les compétences dont on désire qu’il fasse preuve.

Quelques jours plus tard, j’ai écouté avec intérêt le témoignage de Colette Roy Laroche au Sommet international sur la confiance dans les organisations. Cette femme est, rappelons-le, l’ex-mairesse de Lac-Mégantic qui, en 2013, a été projetée à l’avant-scène lors du déraillement d’un convoi de wagons-citernes transportant du pétrole. Quarante-sept vies ont été fauchées et le centre-ville détruit. Reconnue pour sa stature devant la tragédie et son leadership inspirant, la dame nous a expliqué comment elle avait géré la crise au moyen d’une démarche de participation citoyenne.

Soixante-dix personnes de différents milieux ont d’abord planifié le processus de participation. Ensuite, 500 citoyens ont été mis à contribution pour réfléchir à l’avenir de la ville. Mais tenez-vous bien : on ne leur a pas présenté un projet déjà ficelé, non. La démarche a débuté avec une page blanche. Et une simple question : « Comment rêvez-vous votre ville, maintenant? » La mairesse estimait que cette crise devait permettre aux Méganticois de se renouveler et de reconstruire leur ville, en mieux. Pendant 15 mois de rencontres, où dessins, réflexions et recadrages ont été coconstruits, les citoyens ont rêvé et planifié la reconstruction de leur ville.

Disons-le clairement : faire confiance au groupe n’est pas toujours facile. Cela demande du courage, une bonne dose d’humilité et un certain sens du collectif. Henry Mintzberg, professeur de renommée internationale de l’Université McGill, déclarait récemment : « L’individualisme ne garantit nullement le succès, loin de là. La clé, c’est de prendre conscience que nous sommes des animaux sociaux. Comme disait Aristote : nous avons besoin des autres pour nous épanouir, et donc réussir. Bref, il nous faut renouer avec l’esprit de communauté. »

Je crois que chaque fois que j’ose faire confiance au groupe et que je lui reconnais une intelligence qui lui est propre, c’est cet esprit de communauté que je sollicite et qui se manifeste. Il se produit alors quelque chose de mystérieux et de lumineux. Quelque chose qui donne le goût de croire qu’ensemble tout est possible.

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Portrait de Colette Lebel

QUI EST COLETTE LEBEL
Colette est agronome et directrice des Affaires coopératives à La Coop fédérée. À ce titre, elle est responsable de la formation coopérative et de l'animation de la vie associative au sein du réseau. Colette siège au conseil d’administration du Réseau en éthique organisationnelle du Québec, à l’Institut de recherche et d’éducation pour les coopératives et mutuelles de l’Université de Sherbrooke (IRECUS) ainsi qu’au Centre interdisciplinaire de recherche et d’information sur les entreprises collectives (CIRIEC-Canada).

colette.lebel@lacoop.coop

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