Coup de déprime? Joignez-vous à une CUMA!

par Colette Lebel

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En France, où les coopératives d’utilisation de matériel agricole (CUMA) sont nombreuses, on commence à s’intéresser au rôle préventif que ces petites coopératives peuvent jouer dans le maintien d’une bonne santé mentale.

Pour les besoins de sa thèse sur les risques psychosociaux en agriculture, Nicolas Deffontaines, doctorant à l’Institut national de recherche agronomique (INRA) de Dijon, a réalisé une série d’entretiens avec des membres de CUMA françaises. Son analyse l’amène à croire que les CUMA sont un des rares réseaux sociaux structurés offrant aux agriculteurs un cadre d’entraide basé sur des liens de solidarité, et qu’à ce titre elles s’avèrent déterminantes dans la lutte contre l’épuisement professionnel, la violence, voire le suicide.

Au Québec, les CUMA sont peu nombreuses : une soixantaine, à peu près. Contre 12 500 en France. Il est vrai que notre réalité géographique est tout autre. Ici, les distances sont plus grandes et le nombre d’exploitations moins élevé. Mais n’empêche... L’idée de partager – une machine, un outil ou de la main-d’œuvre – pourrait être davantage exploitée, compte tenu des nombreux bénéfices qu’on peut en tirer.

Tout d’abord, et c’est souvent la première raison pour se joindre à une CUMA, il y a l’argument économique. En effet, la charge financière liée aux achats de machinerie pèse lourd dans le bilan d’une exploitation agricole. Pourquoi donc assumer seul le coût d’une machine qui dort 80 % du temps? La partager avec quelques voisins permet d’alléger son taux d’endettement, ou encore d’investir dans un actif plus productif.

Si l’on partage aussi de la main-d’œuvre, le bénéfice est d’un autre ordre : il s’agit de se permettre enfin un peu de répit, un peu de vacances, sans avoir à assumer le coût d’un employé à temps plein. C’est une façon d’améliorer sa qualité de vie, à coût raisonnable. Bon pour le portefeuille, bon pour la santé.

Mais il y a encore plus, semble-t-il. Il est un bénéfice dont on ne parle jamais, mais qui représente une contribution importante au sentiment de bien-être. C’est que la CUMA permet de sortir de l’isolement. Car il faut bien le reconnaître : aux commandes d’exploitations de plus en plus grandes, les agriculteurs se trouvent de plus en plus isolés. Il y a bien Facebook, mais on conviendra qu’il s’agit surtout d’une vitrine.

Un message virtuel ne remplacera jamais la vigoureuse poignée de main, le regard amical qui réconforte, l’éclat de rire qui résonne dans la cour.

Voilà pourquoi, sur le plan psychologique, la CUMA fait partie de la boîte à outils des agriculteurs. Au-delà de la mise en commun de biens et de services, la CUMA favorise le soutien mutuel et peut rapidement devenir un lieu où on échange des conseils, des expériences et des points de vue, qui s’avèrent, finalement, très précieux. Deffontaines relate l’exemple de ces agriculteurs en voie de transition vers la production biologique et pour qui la CUMA est devenue une plateforme de ressourcement et d’entraide. Moins d’isolement, moins de stress. Et du coup, meilleure capacité de rebondir face à l’adversité.

Mais attention : il n’y a pas de magie là-dedans. Il faut s’assurer que sa CUMA fonctionne bien. Ce qui suppose qu’on a bien choisi ses partenaires. Que les membres se sont dotés, ensemble, d’une gouvernance efficace. Qu’ils prennent tous leurs responsabilités au sein du groupe. Et qu’ils ont compris que l’individualisme, in fine, mène à l’isolement et à l’exclusion. « À la base, j’ai adhéré pour répondre à un besoin égoïste en matériel », témoignait l’hiver dernier Baptiste Konne, un jeune Français de la relève, lors de l’assemblée générale de sa CUMA. « Maintenant, j’apprécie surtout le réseau. »

L’évolution des sciences permet désormais des regards croisés sur les avantages du comportement coopératif. On dit que l’âge d’or de la coopération est devant nous, car la stratégie de compétition s’avère trop coûteuse, à terme, tant sur le plan économique que sur le plan social. Il est temps de regarder à nouveau la CUMA et de voir comment nous, au Québec, pourrions profiter davantage d’une formule semblable.

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Portrait de Colette Lebel

QUI EST COLETTE LEBEL
Colette est agronome et directrice des Affaires coopératives à La Coop fédérée. À ce titre, elle est responsable de la formation coopérative et de l'animation de la vie associative au sein du réseau. Colette siège au conseil d’administration du Réseau en éthique organisationnelle du Québec, à l’Institut de recherche et d’éducation pour les coopératives et mutuelles de l’Université de Sherbrooke (IRECUS) ainsi qu’au Centre interdisciplinaire de recherche et d’information sur les entreprises collectives (CIRIEC-Canada).

colette.lebel@lacoop.coop

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