Bâtir un monde meilleur

par Colette Lebel

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En 2007, une mission pour SOCODEVI m’amenait en Bolivie. C’était un an et demi après l’élection d’Evo Morales à la tête du gouvernement. La Bolivie était alors en pleine effervescence. Les mouvements indigènes, fortement mobilisés, s’étaient organisés en une formation politique crédible et avaient réussi à faire élire un des leurs à la présidence du pays.

De passage à La Paz, j’étais allée voir le film Cocalero. On y racontait l’histoire de Morales, ce cultivateur aymara qui avait promis de changer le modèle néolibéral et qui voulait reconnaître, dans une nouvelle Constitution, les droits des autochtones, tout comme ceux de plusieurs groupes militant pour un monde plus égalitaire, notamment des coalitions féministes et des syndicats.

À mon retour au Québec, la vie reprenant son cours normal, mon intérêt pour l’actualité bolivienne s’est estompé peu à peu… jusqu’à ce que je reçoive le numéro de juin 2017 de la revue Relations. Le politologue Denis Langlois, professeur à l’Université d’Ottawa, y fait le point sur l’inspirante révolution qu’a connue la Bolivie depuis l’élection de Morales.

Tout d’abord, la nouvelle Constitution, promulguée en 2009, consacre la plurinationalité de l’État bolivien et fait la promotion d’un monde plus juste. Quelques nationalisations, notamment dans le secteur des hydrocarbures, apportent de nouveaux revenus à l’État, lui permettant d’offrir à tous les Boliviens des programmes en matière de sécurité sociale, d’éducation et de santé.

Mais la nouvelle Constitution va beaucoup plus loin. Elle reconnaît une notion chère à de nombreux peuples autochtones partout dans le monde : le bien-vivre (vivir bien).

Par opposition au vivre-mieux, qui sous-entend vivre avec toujours plus, donc en extrayant davantage de ressources, le bien-vivre s’incarne dans une relation respectueuse avec la terre. Il met en interdépendance et en réciprocité tous les êtres vivants et toutes les composantes de la nature, ce qui suggère un certain lien de responsabilité mutuelle.

On a donc inclus dans cette nouvelle Constitution des clauses permettant d’assurer la préservation des écosystèmes. Ainsi, on a établi que le respect de la nature doit avoir préséance sur les gains économiques qu’il est possible d’en tirer. L’État se donne d’ailleurs une responsabilité de fiduciaire (et non de propriétaire) sur les ressources naturelles. Par exemple, la nouvelle Constitution stipule que la terre doit remplir une fonction sociale et économique et qu’il est interdit d’en faire un objet de spéculation. De plus, on limite à 5000 ha la superficie qu’une personne peut désormais s’approprier.

Le bien-vivre s’appuie par ailleurs sur une vision du temps qui ne serait pas linéaire, comme nous le concevons habituellement, mais plutôt cyclique. On a donc prévu, dans la Constitution, des clauses sur la reconnaissance et la prise en compte des cycles écosystémiques. Par respect pour la nature et par souci pour sa pérennité.

Manifestement, le modèle bolivien est en rupture avec notre mode de pensée à l’occidentale.

Loin de moi l’idée de faire de Morales une icône de la perfection, et de la Bolivie un paradis. Qu’il me soit seulement permis de souligner la grande sagesse à la base des nouvelles règles de l’État bolivien. Dans le Nord, chacun s’affaire à réaliser un certain nombre d’actions touchant l’un ou l’autre des aspects du développement durable, et on s’en félicite. Mais il ne s’agit bien souvent que de cataplasmes. L’approche bolivienne a le mérite de clarifier, en amont, une vision universelle forte, engageante et partagée, qui donne du sens et de la cohérence aux décisions.

Saluons donc les avancées des pays en développement qui cherchent à créer plus d’inclusion, plus de solidarité entre les peuples et plus de respect pour notre planète. Car finalement, leur visée, c’est de bâtir un monde meilleur. Et justement, si l’on en croit le thème du dernier Sommet international des coopératives, « Bâtir un monde meilleur » est aussi notre ambition à nous, qui faisons partie du monde coopératif. Voilà qui devrait justifier que l’on s’intéresse à ce qui se passe en Bolivie.

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Portrait de Colette Lebel

QUI EST COLETTE LEBEL
Colette est agronome et directrice des Affaires coopératives à La Coop fédérée. À ce titre, elle est responsable de la formation coopérative et de l'animation de la vie associative au sein du réseau. Colette est aussi membre du conseil d'orientation de l'institut de recherche pour les coopératives et mutuelles de l'Université de Sherbrooke (IRECUS) de même que membre du conseil d'administration du Réseau en éthique organisationnelle du Québec (REOQ).

colette.lebel@lacoop.coop

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