Pour finir, il faut d’abord commencer

par Bruno Langlois

Lire tous les « Effet boeuf »

Avez-vous déjà observé ces deux genres d’attitudes face à la réalisation de petits ou de grands projets? La première est : il faut avoir fini avant de commencer. C’est l’attitude des personnes un tantinet impatientes, qui se voient déjà à la fin, alors qu’elles n’ont pas encore débuté. Pour ces personnes, il faut un résultat rapide et concret. Ça, c’est le portrait tout craché de ma mère. Juste pour vous dire : elle a besoin d’une horloge spéciale pour la ralentir, sinon elle serait probablement déjà en 2020!

La seconde est : si on veut finir, il faut commencer. Cette attitude est nécessaire pour les projets qui doivent s’étaler sur une longue période. Elle est synonyme de détermination – et pourrait passer, à la limite, pour de l’entêtement. En plein le style de mon défunt père. Pour lui, il ne servait à rien d’imaginer un projet si on ne le commençait pas un jour. Et on n’y mettait fin que lorsqu’il était terminé!

Si je vous parle de ça, c’est parce que la lecture de l’article « Le secret danois des 40 porcelets sevrés par truie » (La Terre de chez nous, février 2017) m’a drôlement fait réfléchir à la non-compétitivité actuelle de la production bovine face aux autres productions animales. Pensez-y. Le secret danois n’étant plus un secret, une production annuelle de 5000 kg (poids vif) de porcs par truie de 250 kg pourrait devenir possible dans un avenir pas trop lointain.

Comment croire alors que la production, tous les 16 mois, d’un bouvillon de 700 kg par vache de 650 kg pourra soutenir la concurrence encore bien longtemps, si rien ne change? Pourtant, la production bovine possède de nombreux avantages : besoin limité d’infrastructures permanentes, santé robuste, valorisation d’ingrédients et d’aliments laissés pour compte. Et surtout, potentiel d’amélioration des résultats, les technologies pour y parvenir existant bel et bien.

Prenons l’exemple de la prise alimentaire résiduelle (residual feed intake). Puisqu’elle est un caractère transmissible de génération en génération, c’est donc dire qu’on peut améliorer, par sélection génétique, l’efficacité alimentaire réelle de chaque animal – l’un des plus gros handicaps de la production bovine. À titre comparatif, l’efficacité alimentaire des porcs s’est améliorée trois fois plus rapidement que celle des bovins au cours des 35 dernières années.

Or, si la prise alimentaire résiduelle pouvait être appliqué à grande échelle, des économies totales de plus de 200 $ en frais d’alimentation par bouvillon produit seraient envisageables, à moyen terme, pour le producteur vaches-veaux et l’engraisseur. Avec, en prime, une réduction importante de l’empreinte écologique – une valeur de plus en plus chère au consommateur.

Malheureusement, l’une des caractéristiques intrinsèques de la production bovine est qu’elle est lente, très lente. Entre la conception et la mise en marché d’un bouvillon, il s’écoule plus de 25 mois! Rien de bien évident pour ceux qui sont du genre « il faut avoir fini avant de commencer ».

Qu’à cela ne tienne, il faut croire qu’il y a un noyau de producteurs présentant l’attitude « si on veut finir, il faut commencer » dans les associations de races, puisque plusieurs d’entre elles effectuent maintenant les mesures nécessaires à l’évaluation de ce caractère héritable chez les animaux de race pure.

Maintenant, la question qui tue : êtes-vous davantage comme ma mère ou comme mon père face à ce beau projet collectif, totalement indépendant du marché?

Bonne réflexion!

Lire tous les « Effet boeuf »

Portrait de Bruno Langlois

QUI EST BRUNO LANGLOIS
Agronome et passionné de production bovine, Bruno détient une solide expérience de plus de trente-cinq ans en productions animales. Il est conseiller spécialisé en production bovine à La Coop fédérée.

bruno.langlois@lacoop.coop

0 Commentaires