Chanceux? Oui. Capables de saisir une occasion? Peut-être…

par Bruno Langlois

Je reviens tout juste d’un voyage familial qui m’a inspiré ce billet. Destination? La partie ouest de l’île de Honshu, au Japon. Dépaysement? Total! Bien évidemment, par la langue. Ensuite, par les habitudes alimentaires : du poisson froid et de la soupe miso à 7 h le matin, ça surprend. Et aussi, par les toilettes japonaises; mais ça, c’est une autre histoire.

Cependant, ce qui frappe le plus, c’est la démographie. Quand on sait qu’il y a souvent plus de 4000 habitants/km2 – contre 1000 dans la région de Montréal –, on ne se surprend pas des ravages de l’urbanisation sur les superficies consacrées aux cultures. Lors d’un déplacement en train rapide Shinkansen de Tokyo à Hiroshima (plus de 800 km), on constate, dans une succession ininterrompue de villes et banlieues à grande densité de population, que l’agriculture n’est plus qu’à échelle réduite (principalement du riz, un peu d’orge et du thé). Les champs de plus d’un hectare sont rarissimes et les tracteurs d’au plus 30 HP sont la norme.

En fait, l’agriculture japonaise se situe à la croisée des chemins. Très fortement subventionnée et bien protégée par de hauts tarifs douaniers, elle peine pourtant à combler 45 % des besoins alimentaires du pays. Sa contribution réelle à l’économie nationale est très faible, et moins de 15 % des entreprises agricoles fonctionnent à temps plein.

Les deux principales raisons seraient un taux d’impôt foncier presque nul et le fait que les terres agricoles peuvent aussi servir à d’autres types d’activités. Plutôt que de louer ou de vendre leurs terres, bien des agriculteurs abandonnent la production et attendent les offres des promoteurs immobiliers. À titre d’exemple, dans la préfecture de Mie, la valeur moyenne des transactions de terres agricoles a atteint 228 000 $/ha entre 2013 et 2017. Au pays du Soleil levant, le capital « terre » peut être très patient!

C’est justement là que je nous trouve chanceux. Bien qu’imparfaites, les différentes lois canadiennes concernant l’agriculture ont permis (et permettent encore) à vos entreprises de s’établir, de croître et même de profiter d’économies d’échelle – trois concepts présentement inexistants dans l’agriculture japonaise. Même si, au cours des dernières années, le prix des terres québécoises a augmenté, cela n’a rien à voir avec la réalité japonaise.

Et le bœuf dans tout ça? Au Japon, un peu moins de 60 000 entreprises élèvent environ quatre millions de bovins de boucherie*. Les 126 millions de Japonais apprécient particulièrement le goût et la texture de la viande bovine, mais aussi son excellente valeur alimentaire. Leur consommation annuelle en est de 6 kg/habitant, le principal frein étant son prix élevé. Le cheptel national ne leur en fournit qu’environ 40 %, le reste devant être importé (plus de 500 000 tonnes par année), ce qui fait du Japon le troisième pays importateur de bœuf au monde.  

Et c’est bien ici que réside l’occasion favorable. Présentement, les États-Unis et l’Australie se partagent la part du lion de ce lucratif marché. Mais avec les taux de change actuels, il n’est pas insensé de rêver de retrouver, voire d’augmenter, la part du marché japonais que le Canada détenait avant la crise de l’ESB. La clé demeure de pouvoir fournir le produit recherché, c’est-à-dire une viande très persillée, à un prix concurrentiel.

Un autre beau défi réalisable, si tous les maillons de la chaîne travaillent ensemble. Ce qui est bien notre intention à La Coop.

Kanpai (à votre santé)!

 

* 10 millions de bovins de boucherie au Canada (Statistique Canada, janvier 2017).

Portrait de Bruno Langlois

QUI EST BRUNO LANGLOIS
Agronome et passionné de production bovine, Bruno détient une solide expérience de plus de trente-cinq ans en productions animales. Il est conseiller spécialisé en production bovine à La Coop fédérée.

bruno.langlois@lacoop.coop

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