Négociations de l’ALENA : suite, fin et déception

par Ghislain Gervais - président

Tout, ou presque, a été dit depuis l’annonce du gouvernement Trudeau, le 1er octobre dernier.

Sous la pression des États-Unis, l’ALENA, l’Accord de libre-échange nord-américain, a rendu l’âme. L’AEUMC, l’Accord États-Unis–Mexique–Canada, vient de voir le jour et le remplacera.

La gestion de l’offre, nous le savions tous, était dans le collimateur. Notre gouvernement a consenti à céder aux États-Unis de nouvelles concessions dans notre système de production du lait, des œufs et de la volaille.

Les producteurs sont en colère. Ils perdent au change, comme dans chacune des négociations antérieures (Partenariat transpacifique, en 2017; Accord économique et commercial global avec l’Union européenne, en 2016). Ils sont excédés de faire les frais des ententes.

La Coop fédérée a fait part de sa déception par voie de communiqué. Même si elle reconnaît qu’il est important pour le Canada de tisser des liens commerciaux solides avec ses partenaires d’Amérique du Nord et que la libéralisation des échanges favorise généralement la croissance économique, elle aurait souhaité que l’on conclue l’AEUMC en protégeant intégralement la gestion de l’offre, un système qui continue de démontrer son efficacité et sa pertinence.

Nous croyons que notre gouvernement ne reconnaît pas assez l’apport de l’agriculture et de l’agroalimentaire au développement économique et social du Canada et de ses régions. Il est tout à fait légitime qu’un pays protège ses secteurs sensibles et que les producteurs veuillent protéger le patrimoine, le savoir-faire agricole et la sécurité alimentaire des Canadiens par le maintien du système de gestion de l’offre.

Ce dont on parle ici, c’est de l’avenir de milliers de familles agricoles canadiennes et de leurs fermes. Mais il s’agit aussi d’une question de respect des valeurs des consommateurs québécois et canadiens, qui aiment la spécificité, la diversité et la qualité des produits d’ici.

L’entente a été conclue. On ne peut revenir en arrière. Nous attendons maintenant les textes finaux de l’accord. Le gouvernement a les moyens d’atténuer l’impact de sa décision et a promis des compensations aux producteurs. De quel ordre seront-elles? On l’ignore pour le moment. Le gouvernement a récemment annoncé que nous pourrions connaître la forme qu’elles prendront d’ici la fin de l’année.

Nous entendons demeurer attentifs aux discussions à venir entre les représentants des producteurs et le gouvernement fédéral, afin de déterminer si nos membres affectés par ces nouvelles concessions seront équitablement compensés.

Il faut tout de même se réjouir d’un aspect positif de cette entente. Nous avons confiance qu’elle contribuera au maintien et à l’augmentation de nos exportations de viandes porcines et autres denrées agricoles vers les États-Unis et le Mexique. L’exportation est en effet un pilier important de notre stratégie de croissance globale.

Dans un autre ordre d’idées, je tiens à féliciter François Legault pour son élection à titre de premier ministre du Québec, de même qu’à souligner la nomination d’André Lamontagne aux fonctions de ministre de l’Agriculture, des Pêcheries et de l’Alimentation du Québec. C’est avec grand enthousiasme que nous collaborerons avec eux dans tous les dossiers qui nous touchent.

Bien sûr, nous nous efforcerons de les sensibiliser à l’importance de la coopération agricole québécoise – un modèle d’affaires solide, résilient et proche des gens – ainsi qu’à l’importance de l’agriculture et de l’agroalimentaire dans l’économie du Québec.

Maintenant que l’incertitude liée à la renégociation de l’ALENA est derrière nous et qu’un nouveau gouvernement se met en place, nous nous dirigeons avec optimisme vers une nouvelle année emplie de promesses.

Bonnes récoltes!

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