Les règles de l’art

par Ghislain Gervais - président

Comment se portent vos semis? Malgré l’hiver qui n’en finissait plus de nous aimer, ça commence à travailler fort dans les rangs et c’est un réel bonheur d’assister et de participer à ce renouveau saisonnier. Votre enthousiasme à mener à bien vos projets me laisse espérer, en effet, que les récoltes seront abondantes. Je nous le souhaite!

L’abondance des récoltes et la qualité de celles-ci ne sont pas le fruit du hasard. Elles résultent d’années de travail, de décisions de gestion réfléchies, de l’adoption de technologies éprouvées et de pratiques agricoles effectuées selon les règles de l’art.

Parmi ces technologies, on doit inclure les produits de protection des cultures. Ces produits fonctionnent bien, mais comme nous le savons tous, ils sont coûteux et non sans risques pour l’environnement ainsi que pour nous qui en faisons usage. Nul producteur ne souhaite d’ailleurs en pulvériser sur ses champs simplement « au cas où ».

Pour des raisons évidentes, leur utilisation doit être strictement encadrée. C’est dans ce but que le ministère du Développement durable, de l’Environnement et de la Lutte contre les changements climatiques a mis en œuvre, le 19 février dernier, la Stratégie québécoise sur les pesticides.

Le gouvernement du Québec a notamment décidé de confier aux agronomes la responsabilité de prescrire l’utilisation des cinq pesticides les plus à risque et d’inclure dans la catégorie des « pesticides » les semences qui en sont enrobées.

Toutefois, bien que progressive, l’entrée en vigueur rapide du nouveau règlement (y compris les règles d’utilisation de l’atrazine) obligera les producteurs agricoles et leurs agronomes à revoir leurs programmes de phytoprotection.

En plus des conséquences liées à ce fait, les producteurs se verront imposer davantage de procédures administratives, notamment la tenue d’un registre des interventions phytosanitaires. En soit, ces mesures ont du sens, mais elles s’ajoutent à une foule d’autres mesures et règles qui créent, pour les entrepreneurs agricoles du Québec, un fardeau administratif sans égal ailleurs en Amérique du Nord.

C’est pourquoi La Coop fédérée fait des démarches auprès du gouvernement pour que, dans le cadre de la mise en application de la nouvelle Politique bioalimentaire, un comité spécial soit formé afin d’examiner la question du fardeau administratif et financier découlant de l’ensemble des règlementations qui régissent notre profession.

La mise en œuvre de cette nouvelle règlementation en matière de phytoprotection a aussi fait resurgir le questionnement de certains sur l’apparence de conflit d’intérêts qui semble se dessiner en raison du fait qu’on permet aux agronomes d’entreprises de prescrire l’usage de pesticides.

Comme l’a judicieusement rappelé l’Ordre des agronomes, tous les agronomes, qu’ils soient consultants ou employés, sont exposés au risque de conflit d’intérêts et doivent travailler selon les règles de l’art de leur profession.

Un code de déontologie, l’éthique et des valeurs dictent leur pratique quotidienne. L’Ordre des agronomes a d’ailleurs mis en place des outils d’encadrement pour s’assurer de la compétence, de l’intégrité et de l’indépendance professionnelles de l’ensemble de ses membres.

De son côté, le réseau La Coop a amorcé, à l’intention des agronomes qui travaillent pour lui, des activités d’information et de sensibilisation sur leurs nouvelles responsabilités, notamment au chapitre de la tenue des registres et des conditions qui leur permettront de prescrire les pesticides visés par la restriction gouvernementale. Nous serons prêts à vous épauler dans vos décisions.

Comme organisation, nous sommes sensibles aux préoccupations du public quant à l’utilisation des pesticides et nous respecterons, bien entendu, la règlementation visant une utilisation responsable des pesticides et des semences traitées.

Tous les intervenants du secteur, y compris ceux de l’industrie, doivent être mis à contribution pour répondre à ces nouvelles attentes de la société. La Coop fédérée réitère d’ailleurs que, malgré les apparences trompeuses laissées par la récente campagne médiatique orchestrée par différents groupes d’intérêts, l’orientation du gouvernement consistant à ne pas faire de distinction entre agronomes s’avère la meilleure option pour atteindre les objectifs de réduction de la pollution diffuse des pesticides les plus à risque dans les cours d’eau du Québec.

Sur ce, je vous souhaite une bonne saison agricole!

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