La voie ensoleillée de la coopération

par Ghislain Gervais - président

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C’est peut-être cette journée pluvieuse, qui me tient loin des travaux des champs, qui m’incite à emprunter l’expression « la voie ensoleillée » à notre premier ministre Justin Trudeau, qui l’avait lui-même empruntée au premier ministre Wilfrid Laurier, qui l’avait quant à lui tirée d’une fable d’un philosophe grec de l’Antiquité.

Mais c’est essentiellement le message que nous ont livré plusieurs des grands conférenciers invités au dernier Sommet international des coopératives, qui s’est tenu à Québec du 11 au 13 octobre.

Bien ancrées dans l’efficience de l’économie de marché, mais portant en elles les valeurs et les aspirations des collectivités dans lesquelles elles sont implantées, les coopératives doivent jouer un plus grand rôle pour relever les défis de notre société.

Si nous voulons véritablement servir de modèle de rechange dans un monde dominé par le paradigme capitaliste et financier, nous nous devons de nous donner les moyens de nos ambitions et d’être à l’avant-garde pour ce qui est de l’efficacité de nos activités

C’est par la croissance de nos activités et l’amélioration continue des avantages tangibles pour nos membres que nous pourrons participer pleinement à l’émergence d’une société plus juste et plus équitable.

Nous assistons depuis quelques années à une vague de concentration sans précédent des grandes entreprises du secteur agroalimentaire, tant en amont qu’en aval de la ferme. La récente acquisition de Monsanto par Bayer n’en est que l’exemple le plus frappant.

Au Canada, Agrium et PotashCorp constituent maintenant un quasi-monopole qui contrôle plus de 60 % du marché nord-américain de la potasse. De même, la fusion de Dow et de DuPont et l’acquisition de Syngenta par ChemChina font que le secteur des approvisionnements en semences et produits de protection des cultures doit maintenant faire face à une situation de quasi-monopoles.

Sans penser rattraper ces géants financiers, nos grandes coopératives doivent se positionner à l’échelle nationale et internationale pour que le modèle d’affaires coopératif, contrôlé par et pour les producteurs agricoles, demeure une solution de rechange crédible et pertinente partout sur la planète.

Notre modèle est résilient, mais pour atteindre son plein potentiel, il doit s’ouvrir davantage au sixième principe coopératif : plus de collaboration et d’intercoopération, pour relever le défi de la compétitivité et de la mondialisation.

Étant donné que l’accès au capital demeure une préoccupation pour l’ensemble des coopératives, notre capacité à relever les enjeux de demain – que ce soit ceux liés à l’innovation et au développement, à l’environnement ou à l’accès aux marchés en développement – se pose de façon pressante. La consolidation des coopératives, l’intercoopération et les partenariats offrent des réponses intéressantes à ces enjeux.

La vieille sagesse agricole veut que les entrepreneurs agricoles ne mettent pas tous leurs œufs dans le même panier. On dit aussi que la grande force de la coopération agricole, c’est son capital patient et sa capacité de développement à long terme.

Pour que prenne tout son sens le vieil adage « Seul on va plus vite, ensemble on va plus loin », il nous faut réinventer la coopération à l’ère du numérique et de la mondialisation.

La Coop fédérée y contribue à sa mesure par la mise en place de différents partenariats avec d’autres grandes coopératives, que ce soit pour la fabrication d’engrais, la mise au point d’outils numériques, la recherche et développement, l’approvisionnement en produits de la ferme ou leur commercialisation.

Elle doit aussi poursuivre son développement pancanadien, afin de s’assurer d’avoir la masse critique nécessaire pour être un intervenant incontournable face aux multinationales financières et être à l’affût des occasions qui lui permettraient d’étendre sa chaîne de valeur au profit de ses coopératives membres et des entrepreneurs agricoles du Québec.

Nous sommes tous aux prises avec cet arbitrage constant entre notre désir de répondre aux attentes de rendement de nos propriétaires et la nécessité de poursuivre le développement et le positionnement à long terme du mouvement coopératif agricole.

Mais c’est ça, la voie ensoleillée de la coopération!

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