D'hier à demain

par Ghislain Gervais - président

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C’était frisquet, mais plutôt idéal comme saison des semis dans ma région. On n’a bien entendu pas pris de risques, et des journées de 30 heures, il y en a eu. Cependant, tout s’est bien déroulé et dans un temps record.

Ces longues heures passées dans la cabine du tracteur nous laissent tous du temps pour réfléchir et penser à toute sorte de choses. Moi, chaque printemps, je ne peux m’empêcher de penser à mon ancêtre qui a défriché cette terre. C’est que je suis de la cinquième génération à mettre en valeur ce coin de pays et à investir dans le sol pour faire vivre ma famille, mais aussi pour contribuer à nourrir le monde.

Bien entendu, l’agriculture pratiquée par mon arrière-arrière-grand-père était très différente de celle qu’on connaît aujourd’hui. L’agriculture est toujours un mode de vie, mais nous nous sommes adaptés à l’évolution de la société. Nos fermes sont maintenant de plus grande dimension, il y a moins de monde dans nos rangs, et presque plus personne ne va à la messe.

Un récent portrait de l’agriculture au Québec, compilé par le MAPAQ à partir des recensements de 2006 et de 2011, montre que la consolidation des fermes dans la province s’est poursuivie de façon continue. En 2014, moins du quart des fermes québécoises ont généré les trois quarts des revenus bruts agricoles.

Bref, on est passé des bidons de lait aux robots de traite et de la charrue à traction animale aux tracteurs articulés avec autoguidage et GPS.

Nos coopératives ont elles aussi su s’adapter au passage du temps. La Coop fédérée, qui comptait près de 645 coopératives agricoles en 1950, n’en compte aujourd’hui qu’une cinquantaine.

Cela n’a certainement pas dû être toujours facile pour les administrateurs et gestionnaires de l’époque de renoncer à leur autonomie afin de participer à la consolidation du réseau La Coop. Il a fallu que des visions entrepreneuriales s’expriment et que des décisions courageuses se prennent pour que le réseau La Coop soit ce qu’il est aujourd’hui.

Malheureusement, l’évolution n’est pas toujours un long fleuve tranquille, et c’est souvent par à-coups que le monde évolue. Il y a notamment les progrès technologiques qui génèrent parfois des changements majeurs.

Aujourd’hui, la professionnalisation de l’agriculture et la facilité d’accès à l’information que permet Internet, jumelées à la diminution de la marge de manœuvre des fermes, se traduisent aussi par une diminution de la marge de manœuvre des coopératives.

Si on analyse les choses lucidement, on constate qu’aujourd’hui la situation financière de plusieurs coopératives est précaire et que le statu quo dans nos façons de faire n’est plus viable ni souhaitable.

Tel que je le soulignais dans mon premier éditorial, repenser nos façons de faire, c’est ce à quoi un groupe de présidents et de directeurs généraux de coopératives ainsi que les membres du conseil d’administration de La Coop fédérée se sont attelés depuis près d’un an.

Les conclusions de ce comité ad hoc seront présentées à vos coopératives dans les mois à venir. Mais quelles que soient les décisions qui en découleront, il m’apparaît évident que le réseau La Coop entreprendra dans les prochains mois ou les prochaines années, une autre étape d’évolution accélérée qui, souhaitons-le, perpétuera le lien privilégié qui nous unit tous.

Depuis près de 100 ans, La Coop fédérée et le réseau des coopératives qui y sont affiliées ont su s’adapter et demeurer pertinents pour nous. C’est cette capacité d’adaptation, accompagnée de la volonté de relever les défis solidairement et collectivement, qui caractérise l’agriculture québécoise et son mouvement coopératif.

Nos valeurs d’honnêteté, d’équité, de responsabilité et de solidarité ont été un gage de succès dans le passé, et ce sont ces mêmes valeurs qui assureront la pérennité de nos organisations d’aujourd’hui et de demain.

Bon été!

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