La rentabilité : d’abord à la ferme

par Pascal Labranche

On parle depuis déjà un certain temps de l’ouverture des marchés du lait (accord avec l’Europe, Partenariat transpacifique), et même de certains sous-produits pouvant entrer sur notre marché, ce qui aura pour effet d’éroder une partie des revenus des producteurs. Collectivement, des mesures peuvent être prises; mais individuellement, comme producteur, pouvez-vous faire quelque chose?

Bien sûr que oui. Comme dans n’importe quelle industrie, il est essentiel de prendre un peu de recul sur sa situation. Vous avez des actifs considérables, et la dette des entreprises est en hausse depuis plusieurs années. Comme toile de fond, on constate que le creux historique des taux d’intérêt est passé et qu’une légère hausse est à prévoir. Rien pour aider.

Dans pareil cas, la clé consiste souvent à revenir à la base. Fondamentalement, ce qu’on cherche comme entrepreneur, c’est le rendement du capital investi. Alors, pourquoi ne pas comparer son capital investi avec d’autres types d’investissement? Le marché obligataire offre des rendements de 2 à 3 %; un portefeuille équilibré, de 6 à 8 %. Peut-on faire mieux?

La beauté de la chose en agriculture, c’est que dans l’ensemble, nos entreprises sont rentables. Mais il y a beaucoup de variabilité dans leur rentabilité. Puisque le prix du lait est le même pour tous, certains producteurs font les choses différemment, car ils réussissent mieux.

Mais voilà, quels sont les investissements les plus rentables? On pense souvent aux investissements plus structurants (nouvelle étable, robot de traite, achat de la terre du voisin, etc.). Bien que ce soit du cas par cas, ceux-ci procurent rarement les meilleurs rendements. Souvent, il faut plus de 20 ans pour les rentabiliser. Mais à l’autre bout du spectre, il y a plusieurs investissements possibles qui offrent des rendements rapides et intéressants.

La clé réside habituellement dans trois points : 1) ne pas avoir peur de se mettre au défi pour trouver les facteurs limitatifs dans son entreprise, 2) prendre le temps de calculer en fonction du capital investi, et 3) mettre au défi ses propres actifs.

Par exemple, vous savez que le potentiel génétique de vos vaches est excellent, mais vous ne le laissez pas s’exprimer pleinement. Alors, pourquoi ne pas chercher à déterminer les éléments limitatifs de la production? Vous seriez surpris de voir le rendement du capital investi dans des chaînes plus longues, de meilleurs abreuvoirs, plus de luminosité, des tapis ou même le système d’entreposage des fourrages. Soyez ouvert d’esprit et laissez votre expert-conseil vous mettre au défi.

Ensuite, pourquoi ne pas estimer le coût des travaux et calculer le rendement du capital investi? Là encore, votre expert-conseil a à sa disposition des outils pour effectuer presque n’importe quelle simulation économique.

Enfin, le plus dur est de sortir de votre paradigme de production et de vous demander combien rapporte chaque actif de votre entreprise.

Peut-être que certaines opérations culturales peuvent être réalisées à forfait et que vous n’avez pas vraiment besoin du gros tracteur, de la batteuse ou du réservoir à lisier…

Faites le calcul du rendement du capital investi pour chaque actif, et vous ferez un saut. Moi, j’en fais un chaque fois. Être imaginatif devient habituellement très payant, et on peut vous y aider.

On ne maîtrise pas toujours l’environnement macroéconomique dans lequel on évolue, mais on est toujours maître de ses décisions. Et le réseau La Coop a les outils pour vous aider.

Portrait de Pascal Labranche

QUI EST PASCAL LABRANCHE
Diplômé en agroéconomie et membre de l'Ordre des agronomes, Pascal est coordonnateur agroéconomie et développement numérique agricole à La Coop fédérée.

pascal.labranche@lacoop.coop

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