Sonny Perdue idolâtre le président Trump

par Nicolas Mesly

Crédit photo : USDA

« Le président Trump est rude, c’est un dur négociateur au nom du peuple américain », a lancé Sonny Perdue, secrétaire à l’Agriculture, lors de son allocution à la 94e édition de la Conférence sur les perspectives agricoles du Département américain de l’agriculture (USDA) tenue les 23 et 24 février et dont le thème était « Les racines de la prospérité ».

Sonny Perdue a à peine effleuré les négociations de l’ALÉNA, qui en étaient à leur 7e ronde, du 25 février au 5 mars à Mexico, se contentant de mentionner que « le commerce agricole est critique pour les États-Unis ». Son administration, a-t-il mentionné, vise à nourrir les classes moyennes de la Chine (370 millions d’habitants, plus que la population américaine), de l’Inde, en plus de miser sur celle du Royaume-Uni qui quitte l’Union européenne, son principal fournisseur de denrées.

Un discours qui n’a convaincu personne. Les enjeux commerciaux commencent à ébranler les agriculteurs qui ont largement porté le candidat Donald Trump au pouvoir. C’est qu’un tiers des revenus des producteurs américains provient des exportations et que deux de leurs trois principaux clients, le Canada et le Mexique, se retrouvent au sein de l’ALÉNA. De plus, les relations avec le troisième client, la Chine, deuxième économie mondiale, sont loin d’être au beau fixe.


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Un soupçon d’angoisse

Les chiffres révélés par l’économiste en chef du Département américain de l’agriculture, Robert Johansson, provoquent un soupçon d’angoisse. Le revenu net des agriculteurs américains est le plus bas depuis neuf ans et, en 2018, il est prévu que les exportations plafonnent à 140 G$, ceci au moment où les taux d’intérêt montent. Par ailleurs, les prix du maïs, du soya et, dans une moindre mesure, ceux du blé, à moins d’une catastrophe naturelle, ne sont pas près de s’envoler, car le grenier mondial est plein à craquer.

Jusqu’ici le négociateur en chef, Donald Trump, a plutôt irrité ses principaux partenaires commerciaux. Le Canada a indiqué fermement qu’il ne toucherait pas à son système de gestion de l’offre, qui permet déjà un accès substantiel aux denrées américaines. Quant au Mexique, ce dernier cherche maintenant à s’approvisionner en maïs et en soya auprès de deux autres amigos que sont le Brésil et l’Argentine.

Immigration

« Dans le débat sur l’immigration, l’agriculture est prise entre des feux croisés », a indiqué Sonny Perdue. Plus d’un million de travailleurs agricoles, dont la moitié sont sans-papiers, font tourner les entreprises américaines, surtout laitières et maraîchères. Le président Trump refuse de donner une amnistie à ces travailleurs sans-papiers. Sonny Perdue a promis de travailler pour que de « la main-d’œuvre légale » soit accessible aux entreprises américaines, en instaurant un visa de travailleur agricole. « Ces travailleurs ne sont pas des criminels ni des voleurs de jobs. Ils font un travail que les Américains ne veulent plus faire », a-t-il dit.

Réglementation, Farm Bill et infrastructure

Sonny Perdue a aussi rappelé à son auditoire que le président Trump avait tenu sa promesse de réduire la lourdeur administrative de Washington à l’égard du secteur agricole, surtout en environnement, « avec l’abolition de réglementations d’un ratio de 20 pour un.» Au regard de la politique agricole américaine ou Farm Bill 2018, des coupures de 56 G$ US sont prévues sur 10 ans. Il a aussi promis que les producteurs laitiers et de coton bénéficieraient de nouveaux programmes « sans distorsion du marché », pour protéger leurs revenus nets. Sans compter l’assurance à l’ensemble des producteurs d’une meilleure couverture des pertes liées aux catastrophes naturelles (ouragans, sécheresses, etc.) qui surviennent à répétition.

Enfin, Sonny Perdue a indiqué que le budget du président Trump, présenté le 12 février dernier, prévoit un investissement de 200 G$ US dans les infrastructures (routes, ponts, voies fluviales, bandes internet, etc.), dont 50 G$ US dans les infrastructures rurales.

Les producteurs américains jugeront les performances de leur « rude négociateur » en votant aux élections de mi-mandat prévues en novembre prochain.

Portrait de Nicolas Mesly

QUI EST NICOLAS MESLY
Agronome de formation, il a débuté sa carrière en journalisme agricole avant de devenir attaché de presse et assistant spécial du ministre de l’Agriculture du Canada. Nicolas est retourné au journalisme après avoir été secrétaire commercial à l'ambassade canadienne au Venezuela. Globe-trotter, sa spécialité est de cerner les grands enjeux agroalimentaires et écologiques. 

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