Les trois amigos célèbrent l’ACEUM

par Nicolas Mesly

Photo : Lawrence MacAulay, ministre de l'Agriculture et de l’Agroalimentaire du Canada; Sonny Perdue, secrétaire à l'Agriculture des États-Unis et Victor M. Villalobos, secrétaire à l'Agriculture et au Développement rural du Mexique (crédit USDA/Lance Cheung).

Arlington, Washington. Installés sur une scène devant une salle bondée, les trois responsables de l’agriculture, MM L. MacAulay (Canada), S. Perdue (États-Unis), M. Villalobos (Mexique) ont vanté les mérites du nouvel ALENA 2.0 ou Accord Canada-États-Unis-Mexique (ACEUM), le plus grand accord commercial de la planète, durant un panel organisé lors du Forum sur les perspectives agricoles, tenu le 21 février dernier.

Mais ils se sont bien gardés d’aborder les sujets controversés comme l’aide de 12 G $ US du président américain Donald Trump pour dédommager ses agriculteurs des pertes de marchés dues à sa guerre commerciale, du mécontentement des producteurs laitiers canadiens à l’égard de l’ACEUM, et de la construction d’un mur à la frontière du Mexique au coût de 5,7 G $ pour stopper l’immigration. Projet phare du président Trump, ce mur sert de plate-forme à sa possible réélection en 2020.

Quant aux tarifs multimilliardaires sur l’acier et l’aluminium imposés par le président Trump, ils sont toujours en vigueur malgré la signature de l’ACEUM, juste avant les élections américaines de mi-mandat, le 30 novembre dernier. Ces tarifs pénalisent les agriculteurs des trois pays et les industries canadiennes et mexicaines d’acier et d’aluminium. Ce n’est qu’en conférence de presse après le panel que le secrétaire à l’Agriculture des États-Unis, Sonny Perdue, a commenté.

« J’ai exprimé au président la préoccupation du monde agricole à l’égard de ses tarifs qui font en sorte que la machinerie coûte plus cher dans un contexte de bas prix des denrées. Mais le président a  une préoccupation globale de l’économie américaine. Il veut enrayer les pertes d’emplois dans les secteurs de l’acier et de l’aluminium au pays », a-t-il dit.

 

Apologie des biotechnologies

Durant son intervention publique, Sonny Perdue a plutôt ciblé un mouvement obscur sur internet « Fear your food » (Craignez votre nourriture), contre la biotechnologie comme les plantes et les animaux génétiquement modifiés ou encore l’utilisation de pesticides. « Nos agences réglementaires se basent sur la science pour approuver ces technologies qui sont sécuritaires tant pour les consommateurs que pour l’environnement ». Du coup, il relevait une certaine hypocrisie « L’Europe interdit à ses producteurs de faire pousser des plantes GM, mais en même temps elle importe notre soya GM et notre maïs GM pour nourrir son cheptel », a-t-il indiqué. 

« Au Canada, nos processus d’homologations des biotechnologies sont appuyés par la science et si nous ne le faisons pas à l’échelle mondiale, nous ne serons pas capables de nourrir le monde d’ici 30 ans », a renchéri le ministre de Agriculture et Agroalimentaire Canada, Lawrence MacAulay.

L’enjeu pour les trois amigos de l’ACEUM est de continuer de faire un bloc réglementaire commun pour faciliter le commerce inter zone, mais aussi pour conquérir les marchés mondiaux.

Par ailleurs, le secrétaire à l’Agriculture et au Développement rural du Mexique, Victor Manuel Villalobos, a indiqué que 51 % de la population mexicaine vivait sous le seuil de la pauvreté. Et que son gouvernement, élu il y a à peine trois mois, adoptait une batterie de mesures pour favoriser une agriculture exportatrice, mais aussi pour favoriser l’intégration des paysans les plus démunis dans l’économie. Le défi est de taille, car nombreux sont ceux qui quittent la campagne pour traverser illégalement la frontière et tenter leur chance aux États-Unis.

 

Front commun contre la fièvre porcine africaine

« L’ACEUM nous a permis de construire un système de défense phytosanitaire commun très efficace contre les maladies exotiques. Mais les risques sont de plus en plus importants à cause du commerce mondial », a poursuivit M. Villalobos au moment où la peste porcine africaine (PPA), présente en Chine et au Vietnam, frappe aux portes de l’Europe.

L’introduction de cette maladie au Canada fermerait illico les marchés et aurait des effets désastreux puisque 70 % de la production est exportée. « On parle ici de pertes potentielles de milliards de dollars. Nous prévoyons développer une stratégie de confinement de la PPA au Canada, en avril prochain, à Ottawa », a indiqué Lawrence MacAulay. Pour être efficace cependant, cette stratégie devra englober les trois amigos et s’inspirer « d’une surveillance de voisinage ».

 

L’ACEUM en vigueur quand?

Les trois dignitaires ont commenté le processus d’approbation de l’ACEUM, signé le 30 novembre dernier, mais qui reste à être ratifié par leurs parlements respectifs. « Nous avons notifié la Chambre des communes avant Noël. Celle-ci a 21 jours de séances pour ratifier l’accord et la procédure parlementaire se poursuit pour qu’il prenne force de loi et soit mis en vigueur », a expliqué M. MacAulay. La mise en œuvre de l’accord suit un parcours semblable au Mexique, a expliqué M. Villalobos.

Quant à Sonny Perdue, ce dernier a indiqué: « Je suis optimiste et je pense que l’ACEUM sera ratifié d’ici l’été prochain. » Cela reste à voir. Le Congrès américain est à ce point divisé entre républicains et démocrates sur la présidence houleuse du président Trump que l’ACEUM pourrait en faire les frais.

Pour voir la diffusion complète du panel, cliquez ici.

Portrait de Nicolas Mesly

QUI EST NICOLAS MESLY
Agronome de formation, il a débuté sa carrière en journalisme agricole avant de devenir attaché de presse et assistant spécial du ministre de l’Agriculture du Canada. Nicolas est retourné au journalisme après avoir été secrétaire commercial à l'ambassade canadienne au Venezuela. Globe-trotter, sa spécialité est de cerner les grands enjeux agroalimentaires et écologiques. 

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