La classe moyenne agricole est-elle en train de disparaître?

par Patrick Dupuis

Sur les 29 000 fermes que compte le Québec, 2400 génèrent la moitié des recettes agricoles annuelles, évaluées à 8 milliards $. L’agriculture québécoise est-elle en train de se polariser en petites et grandes entreprises?

Parmi ces grandes entreprises, on retrouve une forte proportion de producteurs de porc, de volaille et de grandes cultures (maïs-grain, soya, avoine).

On constate aussi beaucoup moins de disparité au sein des productions sous gestion de l’offre (lait, œufs, volaille, érable) : les exploitations y étant assujetties sont à l’origine de près de 42 % des revenus agricoles bruts au Québec. On voit donc encore dans ces productions une classe moyenne prospère.

En revanche, les entreprises de moyenne dimension peuvent éprouver certaines difficultés à investir suffisamment pour moderniser leurs installations, ce qui est bien souvent nécessaire à l’accueil d’une relève montante.

La masse critique requise pour acquérir de nouvelles technologies n’est souvent pas à la portée de ces entreprises. Ne disposant pas de suffisamment de liquidités, elles ne peuvent croître, acquérir de nouvelles technologies et, donc, réduire leurs frais fixes d’exploitation.


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Des questions se posent. D’un côté, de grandes entreprises produiront-elles essentiellement toutes les denrées de base, à bas prix? À l’autre l’extrémité du spectre, de petites entreprises, à faible coût de production et exemptes de dettes, s’en tireront-elles en développant des marchés de créneau?

La polarisation est-elle vraiment la perspective qui pointe à l’horizon? C’est ce que croit Patrick Mundler, professeur à l’Université Laval. Déjà, on a assisté à une concentration du nombre d’entreprises dans trois secteurs d’activité : les grandes cultures, le porc et le lait.

Ainsi, non seulement le nombre d’entreprises agricoles diminue, mais leur dimension augmente. C’est ce que révèle notamment le rapport sur le Recensement de l’agriculture de 2016. « En raison de la concurrence et de l’apport de la technologie, le nombre d’exploitations agricoles canadiennes diminue, et celles qui restent sont plus grandes et à plus fortes intensités de capital », indique-t-il.

Même si on compte moins d’exploitations agricoles et d’exploitants, les entreprises s’agrandissent et utilisent une plus grande superficie de terres pour produire des cultures, toujours selon le rapport. La superficie des terres en culture a augmenté de 6,9 % par rapport à 2011, atteignant 93,4 millions d’acres en 2016 – un record. La taille moyenne des exploitations a presque doublé depuis 1971.

Qu’en est-il au Québec?

Le nombre d’exploitations agricoles est légèrement en baisse (1,8 %) par rapport à 2011. Le Québec recense 28 919 exploitations agricoles, un recul plus faible que la moyenne nationale (5,9 %), indique le rapport. Les questions qui se posent sont : combien d’entreprises le Québec comptera-t-il en 2020, 2030, 2050, et comment se répartiront-elles?

Vous pouvez lire le dossier complet ainsi que l'entrevue avec Patrick Mundler dans l'édition de novembre-décembre du Coopérateur.

Portrait de Patrick Dupuis

QUI EST PATRICK DUPUIS
Patrick est rédacteur en chef adjoint au magazine Coopérateur. Agronome diplômé de l’Université McGill, il possède également une formation en publicité et en développement durable. Il travaille au Coopérateur depuis plus de vingt ans.

patrick.dupuis@lacoop.coop

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