Trump ne rallie pas tous les producteurs américains

par Nicolas Mesly

Photo :  Rob Larew, vice-président des affaires corporatives et des communications, National Farmers Union (crédit NFU).

Arlington, Virginie. Bien que selon les derniers sondages, la popularité du président Trump oscille entre 76 % et 80 % chez les agriculteurs, certaines voix sont discordantes.


Entrevue avec Rob Larew, vice-président des affaires corporatives et des communications, National Farmers Union (NFU), deuxième plus grande organisation de producteurs aux États-Unis. Son siège social se trouve en plein cœur de Washington et elle regroupe 200 000 membres.

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Coopérateur : Le discours triomphant de M. Trump vantant ses victoires commerciales avec le récent Accord Canada États-Unis Mexique (ACEUM), sa bataille commerciale avec la Chine et les autres principaux partenaires ne semble pas vous émouvoir?

Le fait est que la guerre commerciale menée par le président Trump a un impact direct sur la fermeture de nos marchés, provoque un surplus d’inventaires de denrées invendues, comme notre soya avec la Chine, ce qui plombe les prix et contribue à un climat économique qui se dégrade depuis deux ans.


RL : Comment expliquez-vous la popularité du président Trump auprès des agriculteurs?

Un grand nombre de producteurs appuie le président dans son désir de discipliner les joueurs comme la Chine pour que ce pays obéisse aux lois du commerce international. Mais au lieu de rassembler ses principaux partenaires commerciaux comme le Canada, le Mexique ou l’Europe qui partagent l’opinion que la Chine est un mauvais joueur, son administration a imposé des tarifs à tout le monde. Le résultat est que tous ces pays ont porté plainte contre les États-Unis à l’Organisation mondiale du commerce.

 

L’accord Canada, États-Unis, Mexique (ACEUM) sauve-t-il un peu les meubles?

Cet accord reste à être entériné par le Congrès américain qui est divisé. De plus, nous aimerions y voir quelques changements.

 

Lesquels?

L’étiquetage du pays d’origine, par exemple, pour la viande de bœuf, porcine et la volaille.

 

D’autres éléments à soulever?

Oui. Il y a eu beaucoup de discussions ici sur l’accès de nos produits laitiers au Canada. Mais on voudrait voir un changement draconien de notre politique laitière. On voudrait s’inspirer du modèle de gestion de l’offre canadien. Nous voulons que cesse la diabolisation du système de quotas. On croit que de contrôler d’une certaine façon l’offre permettrait d’offrir « un prix de subsistance » à nos éleveurs. Nous avons de tels surplus de lait aux États-Unis que le prix est famélique. Au Wisconsin, qui produit autant de lait que le Canada, on perd deux fermes par jour. C’est dramatique.

 

Quelles sont les chances que vos propositions de changements soient entendues et entérinées?

Au congrès, les démocrates contrôlent aujourd’hui la Chambre des représentants et le sénat est contrôlé par les républicains. Nous croyons qu’il y a place pour discussions et des changements potentiels.

 

Le président Trump a fait de l’immigration et la construction d’un mur à la frontière du Mexique son principal cheval de bataille, comment le secteur agricole est-il touché?

L’accès à de la main-d’œuvre légale est un énorme défi pour l’agriculture américaine. Le sujet est noyé dans des enjeux de sécurité à la frontière. Ce président a rallié une bonne partie de sa base autour de cet enjeu. Si nous pouvions avoir une loi spécifique aux travailleurs agricoles, ce serait idéal. Mais le contexte est de plus en plus difficile.


Un mot sur l’aide de 12 G $ octroyée en 2018 et 2019 par le président Trump aux producteurs agricoles américains pour les compenser des pertes engendrées par sa guerre commerciale?

Ce n’est certes pas un petit montant d’argent! Mais il y a eu des oubliés comme les producteurs laitiers et l’aide aux producteurs de maïs ne reflète pas les vrais impacts. Mais cet argent a été dépensé, alors quel est le futur plan de match? Ce président fonctionne avec une vue à court terme. Ce n’est pas avec quelques achats de soya supplémentaires par la Chine que nous allons régler la situation. Nous avons besoin d’une stratégie à long terme.


Justement le président a signé la nouvelle politique agricole américaine, le Farm Bill (2019-2023), juste avant Noel, qu’en pensez-vous?

Avec toute cette guerre commerciale et les prix des denrées à raz les paquerettes, le Farm Bill rallume un peu d’espoir avec des mesures de protection des revenus. Mais il y a matière à amélioration.

Portrait de Nicolas Mesly

QUI EST NICOLAS MESLY
Agronome de formation, il a débuté sa carrière en journalisme agricole avant de devenir attaché de presse et assistant spécial du ministre de l’Agriculture du Canada. Nicolas est retourné au journalisme après avoir été secrétaire commercial à l'ambassade canadienne au Venezuela. Globe-trotter, sa spécialité est de cerner les grands enjeux agroalimentaires et écologiques. 

1 Commentaires

  1. Bonjour Juste un mot pour vous féliciter sur la pertinence et l'intérêt de vos articles (particulièrement ceux de M. Mesly) sur les enjeux agricoles nationaux et internationaux. En vous lisant, j'en apprend plus que ce qui est véhiculé dans tous les autres médias réunis. Comme l'agriculture est d'une importance capitale pour une nation, je vous encourage à poursuivre votre excellente travail de vulgarisation et d'information. Merci