Tendances végétales

par Patrick Dupuis

Comment se pratiquera l’agriculture dans l’avenir? Cinq tendances à suivre de près dans la culture du maïs, qui donnera le ton aux productions végétales de demain. Entretien avec Fred Below, de l’Université de l’Illinois.

 

1. Changements climatiques

Joint au téléphone, Fred Below, professeur de physiologie végétale à l’Université de l’Illinois et sommité dans son milieu, admet candidement n’avoir aucune idée de ce que sera l’agriculture dans 50 ans. « Je me contenterai de spéculer », répond-il avec son accent caractéristique du Midwest.

« Le réchauffement climatique fera de la région de Montréal et de celles les plus au sud du Canada la nouvelle “Corn Belt” », lance-t-il, en écorchant au passage un président américain climatosceptique. « Vous serez l’Illinois et l’Iowa d’aujourd’hui. Votre saison de croissance estivale sera plus longue et plus chaude, et vos rendements de maïs seront en forte augmentation, ce qui vous procurera un avantage concurrentiel. »

Le Pr Below estime que la saison de croissance des hybrides d’ici passera de 100 à 115 ou 116 jours, ce qui permettra de produire quelque 20 tonnes à l’hectare (300 boisseaux à l’acre), soit 6,7 tonnes de plus qu’aujourd’hui, à raison de 135 kg à l’hectare (2 boisseaux à l’acre) par an pour les 50 prochaines années.

 

2. Rendements en croissance

Puisque la population mondiale augmente, il faudra produire plus d’aliments sur une superficie réduite. Les meilleures terres, réservées à la production agricole, permettront de hausser les rendements, pense Below, enthousiaste et d’un naturel optimiste.

Ces rendements élevés nécessiteront un espacement étroit entre les rangs et une densité de population accrue, soit près de 150 000 plants à l’hectare (60 000 plants à l’acre.) L’hybride de maïs du futur s’y accommodera en étant de courte stature et doté de feuilles disposées à la verticale.

Les rendements records en maïs avoisinent déjà 33 à 40 tonnes à l’hectare. Le potentiel dans 50 ans atteindra 53 à 60 tonnes, se risque à prédire le Pr Below.

Il faut savoir que le rendement moyen en maïs chez nos voisins du Sud est passé de moins de 2 tonnes à l’hectare en 1866 à quelque 10 tonnes en 2014, selon le département de l’Agriculture des États-Unis (USDA) et l’Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO).

 

3. Équipements adaptés

Dans cinq décennies, il sera monnaie courante de voir des essaims de petits robots autonomes, propulsés à l’énergie solaire et dirigés par imagerie satellitaire, sillonner les rangs. Ils procèderont, 24 heures sur 24 au besoin, à des applications de précision d’herbicides et de fertilisants, et ce, sans endommager la culture ni provoquer de compaction. D’autres robots se chargeront des semis. D’autres encore, munis de caméras, détecteront les mauvaises herbes et les élimineront mécaniquement.

Below ne croit pas que le maïs de demain fixera, à l’aide de nodules, une part de l’azote qui lui est nécessaire, comme peuvent le faire les légumineuses. En revanche, grâce aux biotechnologies, des bactéries fixatrices de cet élément essentiel seront appliquées sur les semences ou directement dans le sillon lors du semis et fourniront au maïs une portion de ses besoins. Il faut savoir que les nodules du soya ne lui procurent que 50 % de son azote. Il doit puiser le reste dans le sol, précise le spécialiste.

Les hybrides de maïs de demain produiront d’ailleurs beaucoup plus par unité d’azote, estime le chercheur. Aujourd’hui, chaque boisseau exige 360 g (0,8 lb) d’azote, contre 540 g il y a 25 ans. Dans l’avenir, 270 g suffiront sans doute, mais au détriment de la concentration en protéine du grain, qui passera d’environ 8 % à 6,5 ou 7 % dans 50 ans. En effet, la hausse du rendement se traduit essentiellement par plus d’amidon. Toutefois, la quantité de protéine par hectare augmentera.

 

4. Meilleure gestion des terres

La gestion poussée des terres sera au cœur des pratiques des entreprises. Produire davantage à l’hectare, sans être à la merci de la pluviométrie, se fera à l’aide de systèmes souterrains d’irrigation et de fertigation goutte à goutte à haute efficacité. C’est le bon vieux principe des quatre « B » qui reviendra en force : le bon produit, à la bonne dose, au bon endroit, au bon moment. À 150 000 plants à l’hectare et avec des rendements de 20 tonnes, il sera payant d’investir dans ces technologies.

« La technologie permettra aussi de prédire les modèles météorologiques, afin d'adapter les pratiques culturales et la sélection des variétés », indique Dany Gagnon, directeur principal du Secteur des productions végétales de Sollio Agriculture.

 

5. Génétique de demain et environnement

La génétique procurera une meilleure protection aux plantes : tolérance aux herbicides, résistance aux insectes et aux maladies.

De nouvelles cultures nourriront-elles le monde? Fred Below ne voit pas à l’horizon une autre culture qui pourrait déloger le maïs, le soya, le blé ou le canola. Ces cultures, sources très importantes de protéine, d’huile et d’amidon, ont tout simplement trop d’avance. Sans elles, on ne peut s’offrir le luxe de créer de nouvelles variétés. Cela dit, en augmentant leur rendement de façon à couvrir les besoins de base, on pourrait réserver certaines superficies à des cultures de spécialité dotées d’attributs particuliers (nutritifs, antioxydants, etc.).

Toujours dans l’optique d’accroître les rendements sur les superficies propices à l’agriculture, il faudrait penser à réserver les terres marginales à la création d’espaces verts protégés au profit du public (parcs, réserves fauniques, etc.).

Dans cette mouvance, qu’adviendra-t-il des coopératives d’approvisionnement et des détaillants? « Je l’ignore, dit Below en toute honnêteté. Ils devront s’adapter. Les producteurs auront toujours besoin d’intrants et de services. »

Portrait de Patrick Dupuis

QUI EST PATRICK DUPUIS
Patrick est rédacteur en chef adjoint au magazine Coopérateur. Agronome diplômé de l’Université McGill, il possède également une formation en publicité et en développement durable. Il travaille au Coopérateur depuis plus de vingt ans.

patrick.dupuis@lacoop.coop

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