Semis direct en Ukraine

par Patrick Dupuis

De gauche à droite : Camil Côté, de SOCODEVI; Vitaly Lanetsky, représentant d’une coopérative régionale ukrainienne; Alexander Ishenko, producteur agricole ukrainien; Jocelyn Michon, producteur de grandes cultures; et Pierre Perreault, expert-conseil à La Coop Comax.

En avril dernier, Jocelyn Michon, producteur de grandes cultures de La Présentation, revenait d’une sixième mission de formation en Ukraine. Il y a transmis son savoir à un groupe de céréaliculteurs avides d’apprendre de sa vaste expertise en matière de semis direct, de cultures de couverture et de conservation des sols.

Organisées par la Société de coopération pour le développement international (SOCODEVI), ses missions commencent à porter leurs fruits.

« Depuis 2015, je fais la promotion du no-till [semis direct, non-travail du sol] et de la couverture permanente du sol par des végétaux auprès des producteurs de deux régions d'Ukraine, Kropyvnytsky et Dnipro », indique Jocelyn Michon.

« L’Ukraine possède une incroyable quantité de belles terres noires, souples et riches, contenant de 2,5 à 3,5 % de matière organique », souligne Jocelyn Michon. Mais les producteurs les brassent à répétition en y faisant jusqu’à six ou sept passages (vibroculteur, peigne, charrue, etc.) entre la récolte, à l’automne, et le semis du printemps, puis pendant la saison de culture, dans l’espoir de maîtriser les mauvaises herbes et de fermer les fissures qui se créent lorsque le temps est sec. Résultat : le sol se durcit comme du béton. Les producteurs pourraient obtenir des rendements supérieurs en cessant ce travail excessif et en aidant le sol à conserver le peu de précipitations qui tombent (de 350 à 400 mm par année dans l’Est), grâce au semis direct et aux plantes de couverture.

Des coopératives de producteurs agricoles, dans l’Est comme dans l’Ouest, s’intéressent à ces pratiques.

« À Kropyvnytsky, les parcelles à l’essai montrent des résultats encourageants et les propriétaires pensent augmenter leurs superficies », dit Jocelyn.

Le producteur québécois y a visité des fermes bien équipées et organisées, avec tout le personnel qu’il faut, cultivant 7000, 10 000, voire 12 000 ha. De même que des entreprises gérées par des producteurs ne cultivant « que » 1000 ha ou moins.

« À Dnipro, c’est ardu, dit le céréaliculteur. Une seule des trois parcelles initiales est maintenue en semis direct. Les agriculteurs s’intéressent au semis direct, mais il y a un manque d’encouragement de la part d’intervenants du milieu. Pourtant, dans cette région, la ferme Agro-soyouz (10 000 ha et 1500 vaches laitières) pratique le semis direct à 100 % depuis 12 ans. Un exemple à suivre, mais la communication entre fermiers fait défaut. Les vieilles mentalités sont ancrées. Manque de compréhension de la technologie, résistance au changement et crainte d’échouer font partie des raisons invoquées. »

En outre, nombre de producteurs sont laissés à eux-mêmes. Pas de ministère de l’Agriculture, pas de clubs agroenvironnementaux, pas d’experts-conseils.

« La méfiance vient aussi du fait que les producteurs ne sont pas propriétaires de leurs terres, poursuit-il. Ils en sont locataires et, à n’importe quel moment, ils risquent de perdre leur droit de produire. Cette situation perdure depuis le démantèlement de l’URSS, lorsque les terres avaient été réparties en petits lots de 5 à 10 hectares parmi les habitants des villages. Il faut ajouter que nos pratiques nord-américaines ne font pas l’unanimité. Des producteurs de l’est de l’Ukraine, pro-Russes et favorables à l’ancien régime, considèrent que ce sont les techniques de l’ennemi. Enfin, ils sont peu enclins à investir dans un sol qu’ils ne possèdent pas. »

À l’Ouest, dans la région de Lviv, près de la frontière polonaise, les précipitations y sont plus abondantes. Le potentiel est excellent. « Les producteurs sont désireux d’essayer de nouvelles méthodes, dit Jocelyn. L’un d’eux possède 3000 hectares. »

Les producteurs ukrainiens font somme toute preuve d’ouverture quant à la conservation des sols, constate Jocelyn Michon. On y voit des avantages tangibles, dont la possibilité d’accroître la santé des sols et la rentabilité de la céréaliculture. Une expérience concluante a été réalisée en matière de culture du blé dans une ferme de 1200 ha. Après 10 ans d’essais en semis direct, notamment avec des cultures de couverture, le propriétaire de l’entreprise a constaté que ses coûts de production étaient plus bas et ses rendements aussi bons qu’avec la technologie standard, soit une moyenne de quatre tonnes de blé à l’hectare.

Portrait de Patrick Dupuis

QUI EST PATRICK DUPUIS
Patrick est rédacteur en chef adjoint au magazine Coopérateur. Agronome diplômé de l’Université McGill, il possède également une formation en publicité et en développement durable. Il travaille au Coopérateur depuis plus de vingt ans.

patrick.dupuis@lacoop.coop

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