Produire sous pression… de sélection!

par Étienne Gosselin

Photo : Tony Marcoux, Bruno Dubé et Gilles Roy exploitent la maternité, la pouponnière et la quarantaine des Fermes de Lourdes ainsi que la maternité de multiplication Hybrilia, à Notre-Dame-de-Lourdes. L’entreprise a remporté un Groin d’argent lors de la septième assemblée générale annuelle de la Filière porcine coopérative, en mars dernier.

Obtenir d’excellents résultats en maternité quand on produit dans un nucléus où le taux de réforme atteint… 85 %? Quelle est la recette des Fermes de Lourdes pour livrer annuellement 30,83 porcelets sevrés par truie productive?

Deux cents Duroc, 190 Landrace et 160 Yorkshire à faire produire, mais aussi des étiquettes d’oreille à gérer, des pesées à effectuer pour savoir quels mâles castrer, des poids au sevrage à recueillir, des anomalies à vérifier et à compiler, des tétines à compter et à protéger de ruban gommé chez les porcelets… La vie normale dans une ferme porcine? Oui, mais non!

Les producteurs porcins savent que les meilleures portées s’obtiennent avec des parités nos 3, 4 et 5. À l’exploitation de Notre-Dame-de-Lourdes, dans les Bois-Francs, les taux de réforme annuels varient entre 80 et 90 % chez les races maternelles blanches comme le Yorkshire et la Landrace, alors que chez la race terminale paternelle Duroc, le pourcentage atteint 105 %! Cela est possible par un taux de renouvellement plus élevé que 100 %. Bon nombre de truies ne font qu’une seule portée dans leur vie, alors que la moyenne normale est de plus de cinq portées.

La pression de sélection est donc importante; elle est calculée selon un indice composite dont le réseau ALPHAGENE a le secret. La rotation des animaux est rapide, et une très faible proportion des truies atteignent une troisième parité.

Or, les producteurs savent aussi que les cochettes sont non seulement moins productives, mais parfois moins laitières et moins maternelles. Heureusement, « les bébés sont en général meilleurs que les parents », rappelle Bruno Dubé. Conclusion : l’exploitation compte sur des géniteurs de pointe, mais ceux-ci ne font pas de très longues carrières!

Né dans une ferme laitière et agronome de formation, Bruno aime la génétique, les pedigrees, les données. Ce contremaître des Fermes de Lourdes et de la ferme de reproduction Hybrilia affectionne le défi d’être au sommet de la pyramide de production, de gérer avec une équipe de cinq personnes deux troupeaux de 550 truies de races pures, tout en ayant des performances zootechniques au zénith. Bruno et son équipe doivent produire les meilleurs sujets, ceux qui feront carrière au sein des fermes de multiplication du réseau ALPHAGENE.

En maternité, la prolificité, la fertilité et le nombre de mamelles constituent une partie des critères de sélection. En engraissement, le gras dorsal, le gain moyen quotidien et la conversion alimentaire sont calculés et analysés pour connaître la valeur génétique des parents.

On utilise aussi la génomique et la tomographie assistée par ordinateur pour sélectionner plus rapidement et plus efficacement les meilleurs parents, triés et identifiés par les généticiennes d’ALPHAGENE, Nicole Dion, Mélanie Larochelle et Sophie Blanchette. « Impossible de passer à côté des meilleurs sujets », assure Bruno Dubé.

« Haute génétique ou pas, il faut réaliser une bonne détection des chaleurs, réformer soigneusement et effectuer de bons soins lors des mises bas, même le soir lors des périodes de cochonnage, poursuit-il. On travaille en équipe, car dans l’atteinte de bons résultats, le laveur est aussi important que celui qui accomplit les adoptions. »

Comme les porcelets portent une étiquette d’oreille dès leur naissance, on peut procéder à des transferts pour équilibrer les portées comme en situation commerciale, car on assure la traçabilité des rejetons.

Lors des retours en chaleur, seules les cochettes et les truies ayant les meilleures valeurs génétiques ont une deuxième chance, et aucune truie n’a de troisième chance. Les performances de mise bas ne prédominent pas sur les valeurs génétiques lors du choix des réformes.

Si une truie sèvre 13 ou 14 beaux porcelets, mais qu’elle figure au bas de la liste pour ses valeurs génétiques, elle est réformée. « On peut exercer un certain jugement nous-mêmes, explique Bruno Dubé.

Si une truie compte beaucoup plus de tétines que les 14 tétines fonctionnelles minimales pour la sélection, elle peut être intéressante pour l’avenir de la race. »

Dans cette exploitation du Centre-du-Québec, les dernières technologies servent à valoriser le plein potentiel génétique des mâles et des femelles en place : niches intelligentes pour porcelets de marque Ro-Main, systèmes d’alimentation automatisés avec surveillance de la prise alimentaire en mise bas, cage de détection Contact-O-Max pour plus de sécurité pour les travailleurs et un meilleur contact verrat-truie.

La technologie n’est pas tout. Bruno Dubé énonce les trois ingrédients de sa recette du succès : rigueur, rigueur et… rigueur!

Portrait de Étienne Gosselin

QUI EST ÉTIENNE GOSSELIN
Étienne collabore au Coopérateur depuis 2007. Agronome et détenteur d’une maîtrise en économie rurale, il œuvre comme pigiste dans la presse écrite et électronique. Il habite Stanbridge East, dans les Cantons-de-l’Est.

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