La propreté des locaux conditionne les performances

par Pierre Lessard

Crédit photo : 123rf

Un des sujets de l’heure en productions animales est la réduction de l’utilisation des antibiotiques. On vise une réduction globale, mais surtout de cesser rapidement l’usage des antibiotiques de classe 1, nécessaires pour traiter les humains (antibiorésistance). On parle même de produire sans antibiotiques. Le consommateur le demande.

Comment y arriver? Tous s’entendent que la salubrité des milieux d’élevage est un élément important. Réduire la pression d‘infection dans l’environnement permet aux porcs à haut potentiel d’exprimer leur génétique.

D’ailleurs on estime que les troubles de santé empêchent en moyenne 20 à 30 % du potentiel génétique de s’exprimer. Quelle perte!

Un bon processus de lavage/désinfection et de vide sanitaire entre les lots vise l’élimination des pathogènes (bactéries, virus) qui étaient présents chez les porcs sortants.


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La non-transmission de ces pathogènes aux arrivants est importante. Lorsqu’un porc est infecté par des bactéries ou des virus, une série de réactions s’enclenchent pour combattre l’assaillant. Elles impliquent l’activation du système immunitaire et ont pour but de sauver l’hôte de la mort.

Lorsque le système immunitaire est activé, des nutriments sont dérivés vers les nouvelles priorités de l’organisme. Des acides aminés et de l’énergie sont utilisés pour hausser la température du corps (fièvre) et produire des anticorps. La prise alimentaire est réduite. La croissance maximale n’est plus la priorité. Il faut combattre l’ennemi. C’est alors que le gain moyen quotidien est réduit, la conversion alimentaire détériorée et la carcasse affectée (moins de muscle et plus de gras).

Ces signes sont facilement perceptibles dans les cas les plus graves (diarrhée apparente, toux, mortalité). Dans les cas les moins sévères, lorsqu’on ne voit rien, et qu’on n’entend rien, on peut penser que les animaux ne seront pas pénalisés. Détrompez-vous, les performances et la rentabilité sont touchés.

Une recherche menée par CRF (Cooperative Research Farm) illustre l’impact subtil de la propreté (dans ce cas-ci, l’absence de propreté) des locaux sur les performances techniques et économiques d’un élevage (tableau).

Le but était de voir comment l’absence de lavage entre deux groupes allait affecter les porcelets. Cette méthode simple est utilisée à l’occasion pour augmenter la charge microbienne dans l’environnement des nouveaux arrivants, et stimuler leur système immunitaire.

En comparaison avec les porcelets placés dans la chambre propre, ceux placés dans la chambre non nettoyée ont vu leur gain moyen quotidien et leur conversion alimentaire détériorés pour la période se terminant à 21 jours.

Au final, à 42 jours, le poids de ces porcelets n’a été que très légèrement réduit. Par contre, leur conversion alimentaire s’est détérioré de 5 % et leur coût d’aliment a augmenté de 0,30 $ par porcelet. La mortalité et la morbidité n’ont pas été influencées par le traitement.

La qualité du nettoyage des locaux est importante et peut affecter les performances (techniques et financières) d’un groupe de porc, même si, en apparence, les animaux ne sont pas malades. Dans un contexte de travail avec moins d'antibiotiques (ou sans antibiotiques), voilà une belle solution peu coûteuse.

   

Chambre
propre

Chambre non nettoyée

Différence

Poids départ, kg

5,0

5,0

 

Poids à 42 jours

21,0

20,7

 

Morbidité+Mortalité, %

1,11

0,83

 

GMQ (g/j)

 

 

 

 0 – 6 jours

110a

86b

-22 %

 7 – 21 jours

312a

290b

-7 %

 Final

380

372

-2 %

Conversion alimentaire

 

 

 

 0 – 6 jours

1,10a

1,24b

13 %

 7 – 21 jours

1,09a

1,14b

5 %

 Final

1,30a

1,36b

5 %

Une lettre différente correspond à un résultat statistiquement différent.

Portrait de Pierre Lessard

QUI EST PIERRE LESSARD
Pierre Lessard est agronome et nutritionniste en production porcine chez Olymel.

pierrelesssard@olymel.com 

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