Ferme Lage Bijssel : en faire plus… avec plus!

par Patrick Dupuis

Photo : « Nous aimons les grandes fermes et produire plus », dit Wim Bonestroo, véritable ambassadeur de la production laitière aux Pays-Bas, qui accueille chaque année à sa ferme 15 000 visiteurs.

La production laitière aux Pays-Bas, vue par Win Bonestroo. Dans sa jeunesse, Wim pratiquait le patinage de vitesse, une discipline dans laquelle les Néerlandais excellent. Sa force : les parcours d'endurance de 200 km. À 54 ans, il n’a rien perdu de l’esprit de compétition qui l’a poussé toute sa vie à se dépasser. « Quand j’étais petit garçon, j’étais batailleur, dit-il. Dans les sports, je voulais être le premier, le meilleur. » L’entreprise laitière qu’il exploite avec sa conjointe, Wijmke, et qui est située à Doornspijk, dans la province de Gueldre, comble ses ambitions productivistes.

 

En faire plus et faire mieux

En 2011, le couple fait le grand saut et construit une toute nouvelle étable en stabulation libre avec carrousel de traite de marque SAC (44 places). L’élevage passe de 90 vaches en lactation (moyenne nationale à 97) à 250. Les 70 ha de terre, réservés aux fourrages, sont cultivés de façon intensive (jusqu’à sept coupes par année). La production de lait – tout aussi intensive (près de 12 000 kg par vache) – atteint 45 000 litres par hectare (trois fois la moyenne du pays). Le reste des intrants (ensilage de maïs et suppléments) est acheté auprès de fournisseurs. Tous les ingrédients sont entreposés dans des silos-fosses.

Le choix du carrousel de traite s’imposait de lui-même, de préférence aux robots : Wim estimait complexes et coûteux l’installation et l’entretien de cinq appareils (60 vaches par robot). Avec le carrousel, la traite et le nettoyage sont bouclés en deux heures. Simple et facile à comprendre, dit-il.

L’alimentation est aussi robotisée (voir vidéo). Après préparation dans la « cuisine », les neuf ingrédients de la ration (y compris des pelures d’agrumes, riches en vitamine C et permettant, selon Wim, de hausser le taux de gras de 0,15 %) sont servis six fois par jour en ration totale mélangée. Le robot varie la quantité distribuée selon le groupe (mise bas, haute, moyenne et basse productions, vaches taries, etc.). Un supplément offert dans le carrousel incite les animaux à s’y rendre de leur plein gré!

 

Trois traites

Après quatre ans à ce rythme, l’entreprise atteint un plateau d’efficacité. Mais Wim et Wijmke veulent aller plus loin. La solution? Trois traites par jour. « Ç’a été une décision rentable, assure le producteur, malgré l’embauche d’une dizaine d’employés à temps partiel affectés à la traite. »  (Il s’agit essentiellement d’étudiants, payés 11 à 12 euros l’heure [16,70 à 18,70 $].) Le bond de production confirme le bien-fondé de leur décision : + 20 % en lait et + 16 % en gras et protéine, alors que le seuil de rentabilité, toutes dépenses calculées, était de 12 %.

Dans le même temps, en 2015, les quotas européens sont abolis. Les institutions financières et organisations agricoles encouragent les éleveurs à augmenter leur production. À grossir. Ce que bien des producteurs entreprennent de faire, attirés par les occasions d’affaires qu’on leur fait miroiter. « Deux mois après la fin des quotas laitiers, le gouvernement néerlandais nous impose un quota sur le phosphore de 10 000 euros par vache, informe Wim, soit 200 euros pour chacun des 50 kg de phosphore qu’une vache produit en moyenne par année. »

Ce pavé dans la mare les pousse à revoir leurs façons de faire. En outre, le prix du lait, dans ce libre marché, a fléchi l’été dernier à 33 cents d’euro le litre (majoré de 3,9 cents par le transformateur en période hivernale). Efficace, la ferme Lage Bijssel s’en tire. Son seuil de rentabilité est de 32 cents. « Le prix est trop bas », déplore Wim, qui ne se gêne pas de critiquer un gouvernement qui incitait ses éleveurs à produire pour le marché mondial. « Ce n’est pas mieux qu’avant : 80 % de la production néerlandaise est exportée dans de nombreux marchés, ce qui multiplie les normes auxquelles on doit se conformer, toujours au prix mondial. »

En mai, juin et juillet 2016, le prix s’est même effondré à 20 cents le litre. Le couple perd 1000 euros par jour pendant trois mois. Les réserves financières de beaucoup de producteurs s’épuisent. Nombre d’entre eux n’ont pas pu remonter la pente et ont dû abandonner la production. D’autres ont mis fin à leurs jours…

 

Ambassadeurs

Wijmke et Wim accueillent 15 000 visiteurs par année afin de leur montrer le vrai visage de la production laitière et que les vaches sont bien traitées – ce dont de nombreux consommateurs doutent, désinformés par une poignée d’activistes mal intentionnés. « Ils finissent par réaliser que nous prenons grand soin de nos animaux », dit Wijmke, exaspérée que tout un chacun dicte aux éleveurs comment produire.

« Je ne m’oppose pas aux exigences des consommateurs, précise Wim. Nous sommes prêts à y répondre, s’ils acceptent de payer – ce que peu font, une fois à la caisse... Beaucoup de producteurs refusent d’entendre leurs demandes et abandonnent la production. Il y a trop de normes aux Pays-Bas. Chaque jour, trois exploitations mettent la clé sous la porte! »

La production laitière dans 25 ou 50 ans? Selon le couple, beaucoup d’éleveurs néerlandais iront s’établir ailleurs. Les transformateurs leur demandent de produire moins, comme il y a 30 ans, dans de petites fermes, tout à l’herbe. « Je ne me sens pas à l’aise avec ça », conclut Wim.

Lisez le dossier complet dans l'édition de mars du Coopérateur.

Portrait de Patrick Dupuis

QUI EST PATRICK DUPUIS
Patrick est rédacteur en chef adjoint au magazine Coopérateur. Agronome diplômé de l’Université McGill, il possède également une formation en publicité et en développement durable. Il travaille au Coopérateur depuis plus de vingt ans.

patrick.dupuis@lacoop.coop

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