Ferme AGR «On n’a qu’une vie à vivre!»

par Patrick Dupuis

Un élevage vaches-veaux de 240 têtes. Une productivité élevée. Une rentabilité et une efficacité supérieures. Comment Annick Fortier et Guy Rhéaume s’y prennent-ils?

Ils ne sont que deux. Pas de doute, Annick et Guy forment une équipe efficace et performante.

Les chiffres en témoignent. La Ferme AGR figure dans les niveaux supérieurs des comparatifs d’entreprises de bovins de boucherie au Québec. « On est positifs dans tous nos postes budgétaires et on dégage du profit sur chaque veau vendu », indique Guy. L’absence de salaire à verser à un employé contribue à maintenir l’entreprise à flot. Côté performance, même constat. Les chiffres sont éloquents.

Il faut dire que le travail n’effraie pas le couple. Le printemps, par exemple, est une saison aux multiples tâches et haute en couleur : production de sirop, réparation des clôtures, sortie des animaux, semis, travaux à forfait, première récolte de foin…

« Mon père nous donne un coup de main à l’occasion », tient à souligner l’éleveur de 39 ans, copropriétaire avec Annick de la Ferme AGR, décorée de la médaille de bronze de l’Ordre national du mérite agricole en 2017. Une reconnaissance qui confirme leurs dires et leurs actes.

Le couple améliore l’entreprise de l’intérieur. Pour le moment, pas question de grossir le troupeau. Plus de vaches rime avec plus de terres, plus de travail et plus de coûts. On met l’accent sur la qualité du cheptel et des terres.

C’est la raison pour laquelle Annick et Guy n’investissent que dans des actifs productifs qui diminuent la charge de travail et ne prennent que des décisions de gestion réfléchies. Bâtiments fonctionnels et sécuritaires. Terres drainées pour améliorer la qualité des fourrages et des grains. Autosuffisance alimentaire. Travail réduit du sol (maïs). Planification des cultures et rotation des parcelles.

« Une vache peut survivre dans un mauvais pacage, concède Stéphanie Jalbert, stagiaire experte-conseil Opti Bœuf. Mais ses performances seront médiocres. »

Guy et Annick ne se lancent jamais tête baissée. Les questions sont mises sur la table. Les projets analysés sous toutes leurs coutures. L’investissement améliorera-t-il les méthodes de travail? L’entreprise a-t-elle les liquidités nécessaires? Pourquoi maintenant?

La fougue de la jeunesse

Pour Guy – débordant d’énergie, presque hyperactif –, tout commence à l’âge de 10 ans. Déjà, la production bovine est une passion. Son père, René (alors producteur laitier), lui fait don d’une génisse de boucherie en échange de son aide à la ferme. C’est le début d’un petit élevage qui deviendra grand. 

À 17 ans, Guy possède une douzaine de vaches et est un producteur agricole attitré. Cinq ans plus tard, en 1999, un tragique accident de la route met à l’arrêt ses projets d’avenir. Il passe 13 jours à l’hôpital. Six mois en fauteuil roulant, accompagné d’une longue réadaptation. Il doit réapprendre à marcher. Guy s’en remettra sans séquelles graves et pourra redonner vie à ses ambitions. En 2002, son troupeau compte 140 têtes. La même année, il épouse Annick.

René vend son quota de lait en 2004 et se concentre sur la production de bovins de boucherie, qu’il pratiquait déjà. Père et fils travailleront ensemble, mais chacun dans son exploitation respective, à Sainte-Marie de Beauce. En 2012, Guy et Annick rachètent la ferme paternelle, et AGR voit le jour.

Le troupeau est composé de trois races croisées : Charolais, Simmental, Limousin. Biosécurité oblige, l’entreprise n’achète aucun sujet de l’extérieur, outre les taureaux (huit) nécessaires aux croisements.

« On élève nos génisses et nos taures, soit une quarantaine de sujets par année pour remplacer les vaches du troupeau, dont l’âge moyen est de six ans », explique Guy. Le reste des sujets sont expédiés, à 700 lb, à l’encan de Saint-Isidore de Beauce.

« On sélectionne nos veaux en fonction du tempérament, du caractère laitier et de la qualité des pattes », ajoute Annick, qui s’est jointe à la ferme à temps plein il y a trois ans, quittant un emploi à l’extérieur. Une décision économique importante. La perte du revenu d’Annick s’est fait ressentir, mais sa présence apporte un souffle nouveau à l’entreprise.

Les deux filles du couple, âgées de 13 et 14 ans, apportent aussi, à leur façon, une aide précieuse. La plus jeune aime choisir avec son père les taureaux issus de stations d’épreuves en fonction des caractéristiques recherchées.

Vous pouvez lire la version complète de ce reportage dans l'édition imprimée du Coopérateur, édition de mai-juin 2018

Portrait de Patrick Dupuis

QUI EST PATRICK DUPUIS
Patrick est rédacteur en chef adjoint au magazine Coopérateur. Agronome diplômé de l’Université McGill, il possède également une formation en publicité et en développement durable. Il travaille au Coopérateur depuis plus de vingt ans.

patrick.dupuis@lacoop.coop

0 Commentaires