Des travaux La Coop sur l'azote encensés par les scientifiques

par Patrick Dupuis

Originaire de Côte d’Ivoire, Lucie Kablan, a obtenu un baccalauréat en sciences de la terre avec une concentration en sciences du sol à l’Université d’Abidjan. Puis, grâce à une bourse d’études, elle a fait une maîtrise et un doctorat en sciences agronomiques à l’Université catholique de Louvain, en Belgique. Lucie Kablan a poursuivi les essais entrepris par Valérie Chabot en collaboration avec Alexandre Mailloux, Marie-Ève Bouchard, Daniel Fontaine (La Coop fédérée) et Tom Bruulsema (de l'lnternational Plant Nutrition Institute).

Une étude portant sur la dose économique optimale d’azote dans le maïs, menée par La Coop fédérée à ses installations de recherche en productions végétales de Saint-Hyacinthe, a été publiée dans le prestigieux Agronomy Journal, de l’American Society of Agronomy. Lucie Kablan, chercheuse en grandes cultures à La Coop fédérée, et son équipe en ont été les maîtres d’œuvre. Entretien.

Comment en êtes-vous venue à vous intéresser aux besoins en azote des sols en Montérégie?

J’ai observé des différences de rendement au champ, et des experts-conseils nous questionnaient abondamment sur le sujet. Les producteurs qu’ils visitaient cherchaient à savoir quelle dose d’azote appliquer dans leurs sols à haut potentiel de rendement. De plus, ma collègue Valérie Chabot, signataire de l’article, avait, à la Ferme de recherche, réalisé plusieurs années d’essais sur la fertilisation par l’azote dans le maïs, soit de 2002 à 2010. La base de données sur la fertilisation azotée que nous possédons est riche et pertinente. Je me suis donc mise à étudier ces données pour tenter de trouver des réponses aux questions des experts-conseils et des producteurs. De plus, il y avait un besoin de publier un article scientifique avec des données québécoises pour soutenir les recommandions aux agriculteurs d'ici.

Qu’avez-vous tiré des essais réalisés de 2002 à 2010?

Ces essais ont été effectués selon un protocole scientifique précis et rigoureux. Nous avons évalué différentes doses d’azote sous différentes conditions climatiques et selon différents paramètres : date de semis, texture du sol, pluviométrie, etc. La dose économique optimale est influencée par ces paramètres et avait été peu documentée dans l’une des plus importantes régions productrices de maïs de l’est du Canada. Cette information méritait d’être publiée dans une revue prestigieuse.

En quoi vos résultats changeront-ils la fertilisation et la rentabilité de la culture du maïs?

Dans un sol à haut potentiel de rendement – et j’insiste là-dessus –, lorsque le semis est réalisé sous des conditions optimales (avant la mi-mai), il est clairement indiqué que, comme observé par les gens de terrain, une fertilisation azotée de 170 kg par hectare est insuffisante. Tous paramètres confondus, la fourchette économique optimale, selon les conditions, est de 180 à 237 kg d’azote à l’hectare. C’est la dose économique optimale, une évaluation scientifique reconnue mondialement, qui permet au producteur d’atteindre le plein potentiel de sa culture de maïs, de maximiser le rendement de son investissement tout en protégeant l’environnement.


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Comment l’Agronomy Journal, revue américaine reconnue par toute la communauté scientifique, s’est-elle intéressée à vos travaux?

Ce qui a suscité le grand intérêt des éditeurs, c’est la vaste base de données dont nous disposions et son caractère unique. Ils ont décidé de mieux comprendre notre étude dès la première fois que nous l’avons soumise. Un réviseur de l’article a mentionné que notre étude est arrivée, pour la première fois, à lier la date de semis aux besoins en fertilisation azotée.

Qu’est-ce qui vous a incités à soumettre votre étude à l’Agronomy Journal?

C’est la première publication de la Ferme de recherche. Nous voulions contribuer au débat sur la fertilisation azotée dans le maïs et, pour cela, nos travaux devaient être reconnus par nos pairs. Nous savions que cette publication allait analyser notre travail de fond en comble pour s’assurer de la rigueur de notre démarche scientifique. Cela donne une grande crédibilité à la Ferme de recherche et aux travaux que nous y effectuons.

Le sceau d’approbation de l’Agronomy Journal vient confirmer la valeur de votre démarche et de vos données?

Oui. Cette publication n’a aucun parti pris. Elle cherche à déterminer ce qui est le mieux pour la plante, l’environnement et le producteur. Comme cette étude est validée par un comité d'experts scientifiques, sa valeur est très haute et les conseillers peuvent se fier aux conclusions.

Vos résultats peuvent-ils s’appliquer ailleurs dans le monde, dans des sols à haut potentiel de rendement?

Tout à fait. Nos données peuvent aider des chercheurs et des producteurs, dans des conditions semblables aux nôtres, à appliquer nos recommandations. Des chercheurs du Royaume-Uni nous ont contactés pour obtenir plus d’information sur nos bases de données, qu’ils estiment hautement pertinentes.

Que représentent ces résultats pour La Coop fédérée?

Ils confirment la crédibilité, la valeur scientifique de nos travaux de recherche et notre engagement à améliorer la rentabilité des cultures des agriculteurs de l’est du Canada. Nous voulions répondre aux besoins des gens du milieu, qui souhaitaient mieux comprendre la fertilisation azotée dans le maïs. Nous souhaitons que les producteurs soient informés de l’existence de ces travaux et qu’ils sachent que l’objectif de La Coop fédérée, c’est de leur apporter l’information qu’ils recherchent et qui contribuera au succès de leur entreprise.

L’article s'est retrouvé au palmarès des 10 articles les plus lus parmi la Crop Science Society of America, de la Soil Science Society of America et de l’American Society of Agronomy.

Portrait de Patrick Dupuis

QUI EST PATRICK DUPUIS
Patrick est rédacteur en chef adjoint au magazine Coopérateur. Agronome diplômé de l’Université McGill, il possède également une formation en publicité et en développement durable. Il travaille au Coopérateur depuis plus de vingt ans.

patrick.dupuis@lacoop.coop

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