Des insectes au menu : tripant en bébitte!

par Patrick Dupuis

Photo : Fondé il y a deux ans, le Groupe Neoxis, propriété de Jérôme Fortin-Légaré et Miguel Pérusse, a le vent dans les voiles, tiré vers le haut par l’engouement que suscite la consommation d’insectes.

Miguel Pérusse et Jérôme Fortin-Légaré s’adonnent avec passion et succès à la culture d’insectes comestibles.

Pour arriver à leurs installations de production, on emprunte, à partir de Laurier-Station, le rang Saint-Joseph, qui débouche sur la rue Principale du joli village de Saint-Flavien, puis la rue du Bois-de-l’Ail et, enfin, le rang de la Pointe-du-Jour. Poétique.

Une fine odeur de cuisson de muffins et de grain règne dans le lumineux petit bâtiment qui abrite des centaines de milliers de ténébrions meuniers. C’est l’aliment de source exclusivement végétale qu’ils consomment qui embaume les lieux de ces effluves. Les petites bêtes à six pattes, logées dans quelque 3000 bacs de plastique blanc, s’y reproduisent et pondent sans interruption pendant deux mois – l’espérance de vie de ce prolifique coléoptère, connu sous le nom scientifique de Tenebrio molitor.

Les œufs se métamorphoseront en larves après quelques semaines. Ces larves seront ensuite déshydratées, puis transformées en poudre à haute teneur en protéines, vitamines et minéraux. Une petite quantité de larves est conservée pour la reproduction. Ces dernières deviendront des nymphes, puis des adultes reproducteurs. Et le processus recommence.

Le jeu de mots (facile) est trop tentant : qu’est-ce qui a mis la puce à l’oreille de ces producteurs? Quelle mouche les a piqués? Bref, pourquoi élever des insectes?

Tout commence en 2013, lors de la publication d’un rapport de l’Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO) : Insectes comestibles : Perspectives pour la sécurité alimentaire et l’alimentation animale. Miguel, comptable de formation, en prend connaissance. Ce document de 224 pages, truffé d’information, fait germer dans son esprit l’idée d’explorer et de découvrir le monde fascinant des insectes. Ce sera l’impulsion de départ. Ce rapport sera également le coup d’envoi de beaucoup de projets de production d’insectes, dont le nombre a explosé un peu partout dans le monde ces cinq dernières années. Les perspectives évoquées par la FAO dans son rapport charment les deux entrepreneurs.

« Malgré tout, le phénomène n’est pas nouveau », dit d’une voix posée Jérôme Fortin-Légaré, gestionnaire aguerri, président de la Fédération des producteurs d’insectes comestibles du Québec et cofondateur du Groupe Neoxis, l’entreprise d’élevage d’insectes qu’il a mise sur pied avec Miguel, responsable de la production. « En Asie, en Afrique et au Mexique, on mange depuis longtemps des insectes entiers. En Europe, la transformation d’insectes en farine est déjà bien implantée. Dans le monde, de façon générale, la production d’insectes est en croissance. »

Les données de la FAO sont éloquentes : « On estime que les insectes font partie des repas traditionnels d’au moins deux milliards de personnes. Plus de 1900 espèces sont mentionnées comme aliments humains. » En Thaïlande, on compte 20 000 fermes d’insectes. Ce pays est d’ailleurs le premier producteur mondial. « Chez nous, Loblaws s’approvisionne déjà en farine de grillons auprès d’une ferme canadienne », fait savoir Miguel.

Ajoutons que, depuis quelques années, l’Insectarium de Montréal propose un grillon-burger à ses visiteurs… Pas de doute, les insectes ont de plus en plus la cote.

On les élève pour l’alimentation, certes, mais également pour la fabrication d’huiles diverses, de produits à base de chitine et d’autres bioproduits. L’Europe et la Chine sont les meneurs à ce chapitre.

Miguel et Jérôme ne démonisent pas la viande, ne militent pas pour qu’on cesse d’en consommer et ne cherchent pas non plus à convertir qui que ce soit. Ils veulent simplement bonifier l’offre alimentaire aux consommateurs.

Ils sont d’avis que les insectes sont une voie prometteuse pour nourrir les populations. Mais aussi pour se lancer dans les affaires. Pour ces deux jeunes entrepreneurs, l’entomophagie est vouée à un bel avenir. « On est déjà dans le futur! » lance Miguel.

Portrait de Patrick Dupuis

QUI EST PATRICK DUPUIS
Patrick est rédacteur en chef adjoint au magazine Coopérateur. Agronome diplômé de l’Université McGill, il possède également une formation en publicité et en développement durable. Il travaille au Coopérateur depuis plus de vingt ans.

patrick.dupuis@lacoop.coop

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