Denis Beaudoin, ce Wayne Gretzky de la production porcine!

par Étienne Gosselin

Habitué des grands honneurs, Denis Beaudoin, de la Ferme du Beauporc, accrochera ses patins dans quelques années. Rencontre avec une sorte de Wayne Gretzky de l’élevage porcin, dont les records, au contraire de ceux du joueur-vedette, devraient être battus par ses émules.

En 2017, cette entreprise se classait au premier rang de l’Association provinciale de groupes d’éleveurs en production porcine (AGREPP), de même que du Regroupement porcin des Deux Rives et du Groupe Évolu-Porc (qui regroupe 140 fermes de naissage-finition).

Denis Beaudoin passe en revue annuellement chaque poste de dépenses avec l’agronome du Groupe Évolu-Porc, Denis Champagne. Même avec trois employés pour 800 truies, la ferme consacre 15 % de ses dépenses aux salaires, un pourcentage identique à la moyenne provinciale. Avec 32 porcelets sevrés par truie productive par année, elle réussit toutefois à produire quatre ou cinq porcelets de plus que les autres exploitations.

« Le succès de l’entreprise repose sur deux facteurs, estime Jean-François Blais, technologue au Regroupement porcin des Deux Rives auquel adhère la ferme : l’attention aux détails qui font une différence et la rapidité d’intervention. »

Denis Champagne abonde dans le même sens : « …En production porcine, tout se joue sur tout – mais particulièrement autour de la mise bas, les quelques heures avant et les quelques jours après où il faut passer du temps à “catinerˮ les truies et les rejetons, en ne laissant rien en suspens. »

 

Le plan de jeu

Depuis 2009, l’exploitation compte un cheptel de 800 truies. Les jeunes femelles arrivent à la ferme toutes les huit semaines, à un poids de 75-90 kg, et sont logées dès leur arrivée dans un bâtiment de quarantaine pour cochettes, situé en retrait de la porcherie. Après leur passage dans cette cochetterie, on transfère les demoiselles de 120-130 kg dans une section d’acclimatation du bâtiment de gestation, où on éveille leur sens à l’odeur du verrat. Les chaleurs sont notées, et les cochettes sont inséminées à cet endroit.

Si la constitution d’un système immunitaire vigoureux chez les animaux de remplacement est un facteur de succès, la biosécurité en est un autre. Les règles en la matière sont érigées en un système dont on ne déroge pas. Ce n’est pas pour rien que la ferme n’a jamais essuyé de crise sanitaire!

Assiduité et rigueur sont de mise en maternité. Par exemple, évaluer la qualité laitière des truies demande beaucoup d’observation. Également, quand les truies mettent bas, les après-midis peuvent déborder sur les soirées, car une bonne prise de colostrum a de l’importance pour la suite. Compter sur trois employés à temps plein et une employée à temps partiel explique aussi le succès de l’entreprise.

En 2017, les truies hyperprolifiques ont mis bas des portées moyennes de 14 porcelets nés vifs. Pour réussir à sevrer à 21 jours presque 13 de ceux-ci, Denis et son équipe équilibrent les portées en nombre et en poids, font adopter des porcelets surnuméraires par des truies de deuxième ou troisième parité et sèvrent hâtivement les petits de plus de quatre kilos, soit dans des cages de mise bas qui sont libres, soit dans des cages de sevrage hâtif, et ce dès 10 jours d’âge.

Sans relève, le producteur de 63 ans vient de vendre sa ferme à un autre producteur porcin. Le saut technologique qu’exige le logement collectif des truies gestantes l’obligerait à casser du béton, et Denis Beaudoin préfère laisser cette tâche aux plus jeunes. Après 40 ans de métier, l’homme quittera donc progressivement son lieu de travail, assurant une transition efficace de quelques années.

 

Des chiffres qui parlent (2017)

  • 31,84 porcelets sevrés par truie productive
  • 2,47 portées par truie productive par année
  • 15,25 porcelets nés totaux par portée
  • 14,03 porcelets nés vifs par portée
  • 12,88 porcelets sevrés par portée
  • 93,2 % : taux de fertilité des truies
  • 0,6 % de truies non productives (dont l’intervalle sevrage-saillie fécondante dépasse les 50 jours)

 

Portrait de Étienne Gosselin

QUI EST ÉTIENNE GOSSELIN
Étienne collabore au Coopérateur depuis 2007. Agronome et détenteur d’une maîtrise en économie rurale, il œuvre comme pigiste dans la presse écrite et électronique. Il habite Stanbridge East, dans les Cantons-de-l’Est.

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